Entente États-Unis et Chine phase 1, c’est ça qui est ça…

Les Américains et les Chinois ont signé la première phase d'une entente commerciale mercredi à Washington, ce qui a permis d'en savoir plus sur les détails en jeu

J’étais au Salon de l’agriculture mercredi. En début d’après-midi, coup d’œil sur mon application pour surveiller les prix: le soya Chicago, -12 cents. Ce matin, on baisse encore: – 5 cents. Je regarde mon graphique de tendance pour le soya à Chicago; BOOM, on lâche le morceau sous un bon support qui était en place depuis la mi-décembre autour de 9,34-9,37 $US/bo..

Mais que se passe-t-il? Voyons, après 18 mois de guerre commerciale, les États-Unis et la Chine signent ****enfin**** un accord, et nada, niet, nothing, háo bù! Ne me demander pas de prononcer le dernier, c’est du mandarin, et ça veut dire la même chose… « rien ».

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De retour du Salon, dans la soirée, tour de piste de mes différents fils de nouvelles. Hé oui, c’est bien ça, « rien »!

Les États-Unis et la Chine ont signé leur accord, mais pour le moment, il apparait bien vide pour celui qui espérait que les importations chinoises de soya (… et porc) prennent leur envol rapidement.

Pour l’essentiel de ce qui nous intéresse, cet accord comporte l’achat pour 2 ans de 200 milliards de produits américains par la Chine, dont 32 milliards d’achats de produits agricoles américains.

Le hic maintenant. Il y en a en fait plusieurs…

  1. Au moment de la signature de cet accord hier, le vice-premier ministre chinois, M. Liu He, n’a pas manqué d’indiquer que la Chine s’engageait à acheter des volumes substantiels de produits agricoles américains… selon les conditions de marché. C’est toute une nuance. Ça veut dire qu’en réalité, si par exemple les exportateurs américains de soya ne sont pas compétitifs dans leurs offres, la Chine peut très bien bouder encore pendant des mois l’achat de volumes importants de soya américain; acheter par exemple plutôt du soya brésilien.
  2. Avec la guerre commerciale États-Unis et Chine qui s’est étirée sur 1 ½ an, la Chine n’a pas attendu la résolution du conflit pour renforcer ses relations avec d’autres fournisseurs. On mentionne entre autres que la Chine a déjà contracté l’achat de volumes importants de soya brésilien. Même avec un accord États-Unis et Chine, dire ensuite qu’elle commencera à acheter rapidement des volumes importants de soya américain, ou même de blé et de maïs, rien de moins sûr.
  3. En deux ans, le cheptel porcin chinois est passé de 54% du cheptel porcin mondial à seulement 40% pour 2020. Ça, ça fait beaucoup moins de cochon pour consommer du tourteau de soya. Les Chinois ont-ils donc vraiment besoin de beaucoup plus de soya?
  4. Une autre grande déception, et c’est important, c’est que pour le moment, les tarifs progressivement mis en place tout au long de la guerre commerciale restent effectifs. Ceci veut dire qu’autant les importateurs américains que chinois n’y gagnent pas nécessairement grand-chose au change pour l’instant. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’au moins, il n’y aura plus d’escalade des tarifs en vigueur, et que de nouveaux tarifs ne seront pas mis en place.

À lire les différents éléments de cet accord, je m’interroge aussi sur ce qui peut bien profiter aux Chinois. En dehors de la « fin » de la guerre, et d’aucune hausse supplémentaire de tarifs, je ne vois pas grand-chose. Comme le dirait M. Trump, c’est une grande victoire (« it’s a big win ») pour les Américains. Mais pour les Chinois, je cherche encore…

S’il y a quelque chose qu’on apprend dans un cours 101 de négociation, c’est que pour que la conclusion d’un accord soit du solide, on doit en arriver à un « win – win »; que chaque partie en ressorte vraiment gagnante. Sinon, ensuite, les relations peuvent de nouveau rapidement se détériorer.

A priori, cet accord phase 1 entre les États-Unis et la Chine m’apparait donc bien léger et fragile, en plus de ne proposer somme toute bien peu d’éléments concret pour le marché des grains.  On attend donc avec impatience que les négociations de la phase 2 débutent.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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