Et je fais quoi maintenant avec mon maïs?

Jean-Philippe Boucher

Superbe de journée au salon de l’Agriculture ce jeudi ! Je tiens d’ailleurs à remercier le Bulletin de m’avoir à nouveau invité comme conférencier pour parler du marché des grains. C’est chaque année un méchant défi de parvenir à présenter un survol à la fois complet, mais simple aussi. Par contre, l’expérience en vaut la chandelle car c’est vraiment toujours un grand plaisir de pouvoir présenter à des producteurs qui sont toujours un excellent public. C’est seulement dommage de manquer de temps pour une vraie période de questions comme c’est le cas lorsque je présente à de plus petits groupes. Surtout que cette année, il avait une question qui aurait mérité d’être discutée plus en détail. Plusieurs m’auront d’ailleurs apostrophé pendant le reste de la journée pour me la poser :

« Qu’est-ce que tu ferais avec ton maïs maintenant que les prix baissent autant à la bourse? »**

Et généralement, à la surprise de quelques-uns, ma première réaction à cette question est assez simple :

« Euhh ?! Je n’en ai aucune idée… ? »

Pourquoi? Parce que trop souvent les gens qui me posent cette question pensent que comme personne qui suit quotidiennement de très près le comportement des marchés, je suis en mesure d’avoir une vision sur la direction des prix. Mais la réalité, c’est qu’il y a premièrement trop d’éléments imprévisibles pour parvenir vraiment être en mesure de faire des prévisions qui se tiennent.

Personnellement, je peux vous dire que je suis les commentaires quotidiens de nombreux analystes assez costaux et qui possèdent une expertise basée sur des dizaines d’années. Et honnêtement, après les avoir suivi depuis maintenant pratiquement 10 ans, mon constat reste le même : c’est impossible de prévoir le comportement des prix et tôt ou tard, même les meilleurs analystes se trompent … et parfois de manière assez importante.

Alors, même si je crois qu’il reste un bon exercice de tenter de prévoir le comportement des prix, la réalité est que comme producteur le vrai travail est plutôt de s’élaborer des stratégies de mise en marché et de les suivre. Ensuite, si on a un bon plan, alors la question ne se pose pas à savoir vraiment où vont les prix, mais plutôt si nos objectifs sont atteints ou non.

Autrement dit, ce que je suis en train de vous dire en fait c’est que s’il est vraiment très difficile de savoir où vont les prix, il est par contre « beaucoup » plus facile de savoir si vous avez atteint vos objectifs ou non et, à partir de là, de prendre une bonne décision peu importante la situation.

Si on revient maintenant à notre question de départ qui était à savoir qu’est-ce que je ferais avec du maïs présentement? Et bien ma vraie réponse est :

« C’est quoi ton plan, tes objectifs? Avec la baisse du prix du maïs d’aujourd’hui, est-ce que tu peux te permettre vraiment de prendre le risque de le voir reculer davantage ou non? Oui… good ! Non… alors vends!  Mais comment le sais-tu? »

Comme je le répète souvent lorsque je rencontre pour la 1re fois des clients, comment veux-tu savoir finalement si tu es rendu à destination si tu n’as pas de plan du trajet pour t’y rendre? Peut-être bien que tu vas quand même y arriver, mais entre-temps combien de fois te seras-tu égaré, auras-tu perdu ton temps et de l’argent?

Et est-ce qu’on peut vraiment se permettre d’en perdre du temps et de l’argent? Je ne sais pas pour vous, mais personnellement non je ne peux me le permettre alors j’aime mieux avoir un plan.

** Cette année, la tenue de ma conférence au Salon aura correspondu aussi à la présentation du rapport mensuel du USDA de janvier qui se sera révélé très négatif. Je n’ai pu vraiment corriger le tir dans la présentation de ma conférence, car je venais tout juste de voir les résultats 5 min. avant de prendre le micro. Mais comme je l’ai mentionné d’entrée de jeu, c’était certain que le prix du maïs allait entre autres mal réagir et baisser de manière assez importante.

à propos de l'auteur

Éditeur et rédacteur en chef

Yvon Therien

Yvon Thérien est agronome et éditeur et rédacteur en chef au Bulletin des agriculteurs.

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