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La dépression après récolte

J’ai déjà vécu cette période d’après récolte comme un animal qui s’en va à l’abattoir.

Encore une journée chargée aujourd’hui. Les récoltes terminées, je me sens toujours vidé et épuisé. Je suis sensible aux journées courtes sans lumière. Je dis souvent à la blague que c’est ma période dépressive. Je suis fatigué, pas jasant, pas sorteux et un peu renfermé. J’ai l’impression de ne pas faire grand-chose dans ces journées de travail que j’essaie de raccourcir. Démarrer une saison sur les chapeaux de roue tôt en avril et tenir le beat jusqu’aux récoltes sans ressentir de fatigue et, tout d’un coup, quand la pression des récoltes baisse, mon énergie tombe.

L’impression de ne pas en avoir assez fait. D’avoir raté tel ou tel objectif. Une drôle de période où se mêle le bilan de la saison tout en planifiant déjà les plans et objectifs de la prochaine année, voire même des prochaines années. J’ai déjà vécu cette période comme un animal qui s’en va à l’abattoir.

Quand t’a pas réalisé tes objectifs et tu sais que tu devras expliquer le pourquoi et le comment de tes gestes. Surtout de convaincre ton financier que tout ira bien dans la ou les prochaines années. Je me rappelle de nos objectifs à long terme qu’on mettait sur papier. Les mettre en ordre sur papier est une chose, les réaliser en est une autre. Quand ta situation financière est serrée, disons que les objectifs personnels sont difficiles à vendre. On a choisi un chemin différent en établissant nos propres objectifs. Au début, il faut démontrer qu’ils ont du sens. Mettre l’énergie et la détermination nécessaires pour les réaliser tranquillement pas vite, un bloc à la fois. Se remettre en question, douter de l’intérieur, mais vendre l’idée à tout l’entourage pour garder confiance et avancer.

Ce matin, une belle neige tombe. Je fais ma randonnée matinale avec Maki sans stress. Je me connecte à la beauté du petit boisé tout enneigé. C’est magnifique! L’air est pur et le silence est parfait. Maki demande son biscuit. On respire et on se ressource. Je suis fier d’avoir pris le temps de mettre le pied à terre et de tenir à nos objectifs personnels. On récolte enfin le fruit de nos efforts et de notre détermination. Notre modèle de ferme va-t-il survivre? Si on fait les bons choix, je crois que oui. L’avenir nous le dira, mais en attendant, on a au moins un présent. Profession agriculteur.

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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