Le Bulletin des agriculteurs fête ses 100 ans, chapeau!

CENT ANS! Ce n’est pas rien, surtout en agriculture! On oublie trop souvent qu’on arrive de loin en agriculture, et qu’en très peu de temps, beaucoup de choses ont changé profondément!

Il y a 100 ans…

Le maïs ” hybride ” n’était pas cultivé (introduction commerciale en 1933…), mais la production de maïs était déjà largement répandue chez nos voisins du sud. Aux États-Unis, en 1918, les superficies ensemencées étaient de 102,2 millions d’acres. Par comparaison, l’an dernier, 90,2 millions d’acres de maïs ont été semés. Ce qui frappe l’imaginaire ce sont cependant les maigres 1,5 tonne/ha de rendement obtenu pour une récolte de seulement 62 millions de tonnes. Aujourd’hui, on obtient le double de ce rendement… avec le soya!

Il n’y a pas à dire, on arrive de loin! Se mettre dans les bottes des producteurs de 1918, s’est s’imaginer vivre sans bien des technologies qui, aujourd’hui, font partie du quotidien.

Le premier tracteur à roues est né en 1909, celui à chenille quelques années plus tard en 1914. Il faut par contre attendre la fin de la 1re Guerre mondiale (1918) pour voir le milieu agricole ” commencer ” un processus de motorisation de ses activités.

La guerre étant malheureusement un bon tremplin à l’innovation technologique, c’est l’héritage des grandes guerres qui aura ensuite propulsé en avant l’agriculture : développement de la chimie organique et des premiers pesticides de synthèse, nouvelle technique de production massive d’azote et d’engrais, découverte des premiers antibiotiques, etc.. Combiné à la mécanisation de l’agriculture, les années d’après-guerres auront vu la productivité bondir d’un cran.

À la fin des années 40, le rendement du maïs américain avait grimpé autour de 2,5 tonnes/ha. Les producteurs produisant plus, c’est d’ailleurs à partir de ce moment que ” l’agribusiness ” aura pris son envol dans nombre de pays.

Il aura fallu ensuite attendre la Révolution verte qui, forte d’une dizaine d’années d’expérience à jongler avec les innovations issues des grandes guerres, aura su combiner les croisements génétiques et la création d’hybrides pour voir la productivité agricole amorcer un bond fulgurant.

À partir de ce moment, le maïs aura vu son rendement grimper sans répit à 3,45 tonnes/ha en 1960, 4,4 tonnes/ha en 1970, puis 5,71 tonnes au début des années 80.

C’est d’ailleurs au cours de cette période, dans les années 70, que des chercheurs canadiens basés au Manitoba ont développé une nouvelle culture aujourd’hui bien connue dans le monde, le canola (Canada Ola)

Par la suite, à partir des années 80, avec l’arrivée de nombreuses autres innovations technologiques, spécialement du côté de l’informatique et de la biotechnologie, de l’internet dans les années 90, puis aujourd’hui toutes les technologies de communication (cellulaire, GPS, géomatique, etc.), le rendement du maïs continue de fracasser des records.

Cette année, aux États-Unis, le rendement moyen aura été de 11,08 tonnes/ha, soit 7 fois plus qu’il y a 100 ans. Les producteurs sèment moins de maïs, mais la récolte américaine est passée de 62 millions de tonnes en 1918 à 370,96 millions de tonnes en 2017.

Il en aura coulé de l’eau sous les ponts depuis l’époque où, par une froide journée de la fin janvier 1918, la 1re édition du magazine le Bulletin des Agriculteurs passait aux mains de producteurs québécois. Avide d’innovations, on rêvait alors d’acheter la nouvelle technologie de l’heure, un tracteur, pour essayer pour la 1re fois de cultiver une culture marginale au Québec, le maïs.

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Cette chronique étant publiée dans la section marché des grains, certains se demanderont avec raison combien valait 1 tonne de maïs en 1918. Si on se fit aux données du USDA, le prix était de 57 $US/tonne aux États-Unis, ce qui représente en valeur d’aujourd’hui 931 $US/tonne…

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