Le temps gris de novembre

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@grainwiz.com

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

La fin des récoltes approche rapidement. Aux États-Unis, en date de dimanche dernier, il ne restait plus que 7% du maïs et 3% du soya à récolter.

Au Québec, les températures moins « clémentes » ont aiguisé la patience des producteurs depuis le début des récoltes avec des averses régulières en alternance avec quelques fenêtres de beau temps.  Au 21 octobre dernier, sur l’ensemble du territoire québécois, 91% du soya était récolté et 15% du maïs. On peut facilement estimé maintenant qu’à la mi-novembre, la récolte de soya est terminée et que celle de maïs a passé le cap du 50-60% de complétée.

Et que conclure de ces récoltes? Tout tient en un seul mot : record!

Dans son rapport mensuel d’offre et demande de grains publié la semaine dernière, le USDA a de nouveau surpris les marchés avec une révision à la hausse du rendement américain de cet automne en maïs qui passe de 173,4 à 175,3 boisseaux/acre (10,9 à 11,0 tonnes/ha). Par comparaison, le dernier record de rendement américain en maïs remontait à 2014, avec un rendement moyen de 171 boisseaux/acre (10,7 tonnes/ha).

Dans ce même ordre d’idée, le USDA a aussi révisé à la hausse son estimation de rendement dans le soya de 51,4 à 52,5 boisseaux/acre (3,45 à 3,53 tonnes/ha).  C’est donc coup sur coup deux années successives de rendements record pour les États-Unis. Rappelons que l’an dernier, le rendement moyen américain de soya avait été déjà record à 48 boisseaux/acre (3,23 tonnes/ha).

Les producteurs du Québec n’ont rien à envier pour autant aux producteurs américains. Dans le cœur de la Montérégie, on ne compte plus le nombre de producteurs qui ont rapporté des rendements dépassant sans difficulté 13-14 tonnes/ha dans le maïs, et joué autour de 5 tonnes/ha dans le soya. Bien entendu, ce ne fût pas le cas pour tout le monde et dans toutes les régions. Mais, dans l’ensemble, si 2016 n’est pas un record de rendement en maïs et en soya au Québec, il n’en sera pas nécessairement très loin pour autant.

Côté marché des grains, la valse de pression saisonnière à la baisse se fait très bien sentir maintenant. Faut-il s’en étonner? Avec des rendements record signalés aux quatre coins du Midwest américain et du Québec, pas vraiment…

À Chicago, en cette année de record de rendement et de production américaine de maïs et soya, on ne peut que s’étonner en fait qu’on ait pas observé plus tôt ce recul des prix. En effet, après des creux atteints au début septembre dernier, les prix ont plutôt progressé dans les dernières semaines. Pourquoi?

Disons qu’il s’agit essentiellement d’un mélange entre une plus forte consommation de maïs et soya que prévu et une bonne anticipation des marchés qui avaient déjà encaissé à la fin de l’été l’idée de récoltes record américaines avec de faibles prix à Chicago.

Au Québec, la situation est un peu différente. Oui, dans le cas du maïs, on parle maintenant de prix comparable au creux de l’an dernier autour de 180 $ la tonne. Par contre, le soya a de quoi surprendre avec un prix qui est certainement plus intéressant que l’an dernier à plus de 450-475$ la tonne (selon les régions). Est-ce une question de fermeté de la demande à l’exportation pour le soya québécois? Possible…

On ne peut passer sous silence par contre le fait que, par comparaison de l’an dernier, à Chicago le prix du soya est de plus de 1,0$US/boisseau plus élevé qu’en novembre 2015 à 9,80 $US/boisseau et que le dollar canadien est de -0,02 moins élevé à 0,7400. La combinaison est certainement gagnante pour un meilleur prix du soya cet automne.

Dans tous les cas, que ce soit à Chicago ou encore au Québec, le mois de novembre et la fin des récoltes ne riment par contre généralement pas avec « bons prix ». D’ailleurs, ce phénomène est d’autant plus vrai qu’avec les années, ceci aura permis d’établir une tendance baissière bien distincte sur les prix autour de la mi-novembre.  Ce n’est pas toujours le cas, mais assez pour inviter à la prudence ceux qui espèrent vendre leurs surplus récoltes dans les prochaines semaines à un meilleur prix que présentement.

Pour ceux qui ont cependant assez de capacité d’entreposage, si 2016 se veut comme 2015, les reculs de Chicago et du dollar canadien pourraient très bien offrir de bonnes opportunités du côté de ventes de base $CAN livraison hiver 2017 dans les prochaines semaines.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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