Les mycotoxines démystifiées : La prévention aux champs pour la production de grain

La prévention des mycotoxines dans la production des céréales et de maïs à des fins de grains et d’ensilages.

Comme dirait l’adage, il vaut mieux prévenir que guérir, et c’est pour cette raison qu’au cours des trois prochains articles, nous allons discuter des moyens qui peuvent être mis en place pour réduire la contamination des aliments par les mycotoxines. Tout d’abord, commençons par la prévention des mycotoxines dans la production des céréales et de maïs à des fins de grains et/ou d’ensilages. Dans le cas qui nous concerne, nous souhaitons réduire la prévalence du Fusarium graminearum dans les cultures puisque c’est l’espèce de champignon produisant des toxines la plus fréquente au Québec. Voici une liste de bonnes pratiques aidant à réduire la prolifération de ce champignon au champ :

  • Utilisez, en tout temps, des semences saines avec un niveau de F. graminearum non détectable. Pour les producteurs biologiques, il est recommandé d’effectuer des analyses aléatoires dans vos lots de semences.
  • Utilisez des semences traitées avec un fongicide spécifiquement contre le F. graminearum lorsque vos champs et vos conditions de croissance sont à risque. Surtout, ne pas oublier de demander l’assistance d’un agronome pour s’assurer d’utiliser la meilleure stratégie pour votre entreprise. Il est important de savoir qu’une mauvaise utilisation des fongicides pourrait créer des problèmes de résistance dans le futur.
  • Choisissez des cultivars de céréales plus résistants à la fusariose. Le guide du RGCQ (Réseaux grandes cultures du Québec) publie le degré de sensibilité à la fusariose des cultivars de blé et d’orge qui ont été évalués dans le réseau;
  • Choisissez des hybrides de maïs possédant une résistance à la fusariose. Le choix d’hybrides plus résistants aux insectes réduit aussi les risques d’infection par le F. graminearum en limitant les portes d’entrée causées par les dommages d’insectes sur le plant et sur l’épi.
  • Évitez d’implanter des cultures hôtes (sensibles) du F. graminearum de façon continue dans un champ donné. Il est recommandé d’attendre au moins 2 ans entre deux cultures sensibles (Ex : blé, orge ou maïs). Le soya, le pois, le canola, le lin sont des espèces non-hôtes qui peuvent s’insérer dans la rotation entre les cultures hôtes.  
  • Les spores infectieuses de F. graminearum sont produites sur les résidus végétaux situés à la surface du sol. S’il n’est pas possible pour un champ de faire une rotation avec une espèce non hôte, enfouissez les résidus de la culture sensible précédente par un labour. Pour un travail du sol réduit ou en semis direct, il est nécessaire de faire une rotation : une culture non hôte précédant la céréale.
  • Utilisez les outils d’Agro-Météo pour connaître le risque de contamination de votre culture de céréale par F. graminearum, soit entre la fin-épiaison jusqu’à la mi-floraison pour le blé ou au début de la pleine épiaison pour l’orge. Si les risques sont importants, utilisez des fongicides homologués et prescrits par votre agronome. Il n’y a pas encore de modèle prévisionnel du risque de fusariose pour le maïs.
  • Inscrivez-vous au Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) pour se tenir au courant de la situation dans votre région.
  • Demandez à votre agronome d’effectuer un dépistage des insectes ravageurs et de traiter la culture si cela s’avère un problème.
  • Lors de la récolte, si la culture est contaminée par F. graminearum, ajustez le ventilateur de la moissonneuse-batteuse pour rejeter les grains contaminés qui sont plus petits et légers. Soyez conscient cependant que la fusariose risque d’être plus présente dans ce champ l’année suivante si une culture hôte y est établie;
  • Effectuez une répartition uniforme des résidus hachés lors de la récolte pour faciliter la décomposition et ainsi diminuer la réserve de F. graminearum dans le champ;
  • Nettoyez tous les équipements avant de quitter un champ contaminé pour éviter la propagation aux autres champs;
  • Réprimez les mauvaises herbes de type graminée et les émergences de céréale dans les champs à risque;

Nous espérons que ces conseils pourront vous aider.

Merci à Madame Sylvie Rioux pour sa collaboration.

à propos de l'auteur

Collaborateurs

Maxime Leduc – Ph.D. et agr. et Dr Younès Chrofi

Ayant complété son doctorat en sciences animales et étant copropriétaire de la ferme sur laquelle il a grandi, Maxime Leduc est pleinement conscient de la réalité des agriculteurs, en particulier des difficultés qu’ils rencontrent. Il souhaite fournir aux producteurs des outils adaptés et efficaces qui favoriseront la croissance de leur entreprise.

Dr Younes Chorfi a obtenu son doctorat vétérinaire en 1994, complété une maîtrise en 1999 et un PhD en 2005 en sciences vétérinaires à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal où il est maintenant professeur agrégé en nutrition, alimentation et productions animales. Dr Chorfi est responsable de deux laboratoires ; profils métaboliques et chromatographie où il mène ses recherches sur les mycotoxines.

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