Les mycotoxines: L’échantillonnage et l’analyse des aliments

Il est important pour le producteur d’effectuer des analyses de mycotoxines lorsque cela est nécessaire

Comme vous avez pu le lire dans le précédent article sur les sources de contaminations des aliments par des mycotoxines, il est possible de retrouver plus d’une mycotoxine dans un même aliment, et ce dans divers types d’aliments de la ferme. Pour cette raison, il est important pour le producteur d’effectuer des analyses de mycotoxines lorsque cela est nécessaire, avec la bonne technique d’échantillonnage et la bonne procédure d’analyse. Voici quelques questions-réponses sur le sujet.

Quand dois-je faire analyser mes aliments?

Étant donné que les mycotoxines et certaines moisissures ne sont pas visibles à l’œil nu, il est important d’effectuer des analyses lors des situations suivantes :

  • Si les animaux reçoivent des aliments moisis pour l’ensemble ou en grande proportion de la ration;
  • Si vous observez d’importants changements dans la production et la santé d’animaux ingérant les mêmes aliments;
  • Si la productivité et la santé des animaux sont affectées, qu’aucune autre explication ne semble plausible et que l’on constate les symptômes typiques (présentés dans le prochain article) des effets des mycotoxines;

Par où commencer l’échantillonnage?

  • Ferme utilisant une ration totale mélangée (RTM)
    • Analyser d’abord la ration pour détecter les mycotoxines;
    • Si les résultats de l’analyse de la RTM sont positifs, prélever des échantillons des ingrédients suspects, individuellement.
  • Ferme utilisant une ration composée de grain et de fourrage distribués séparément
    • Analyser individuellement les ingrédients qui vous semblent les plus suspects.

Comment échantillonner?

Aliments avec moins de 12 % d’humidité (grains secs, suppléments protéiques, foin sec, autres concentrés)

  1. Prélever des échantillons de 3 à 5 repas composés de 8 à 12 sous-échantillons, au moment où les aliments sont retirés de l’entreposage;
  2. Pour chaque repas, bien mélanger les sous-échantillons prélevés pour créer un échantillon composite de 500 g et le conserver dans un lieu sec et frais;
  3. Combiner au moins 3 à 5 échantillons composites de l’étape 2 en un seul et unique échantillon composite de 500 g pour envoyer au laboratoire; 
  4. Utiliser des sacs en papier propres à double épaisseur pour conserver les échantillons;
  5. Conserver un échantillon supplémentaire de 500 g pour des fins de contre-validations futures dans un endroit sec et frais.

Aliments avec plus de 12 % d’humidité (Ration totale mélangée, ensilage de maïs, ensilage d’herbe, grains à forte teneur en humidité)

  1. Prélever des échantillons de 3 à 5 repas composés de 8 à 12 sous-échantillons lors de la reprise ou avant de servir la ration aux animaux;
  2. Pour chaque repas, bien mélanger les sous-échantillons prélevés pour créer un échantillon composite de 750 g; 
  3. Conserver l’échantillon composite dans un sac en plastique épais, expulser autant d’air que possible, fermer hermétiquement le sac et le mettre au congélateur;
  4. Bien mélanger les 3 à 5 échantillons composites de l’étape 2 pour créer 3 échantillons composites finaux de 1 kg dans un sac de plastique hermétique pour :
      • Analyser les mycotoxines?en laboratoire; 
      • Analyser la matière sèche?en laboratoire;
      • Conserver au congélateur en vue d’une éventuelle confirmation ou d’autres analyses;
  1. Toujours conserver les échantillons d’aliments humides au congélateur jusqu’à l’expédition au laboratoire;
  2. Les échantillons d’aliments humides doivent toujours être expédiés congelés, dans un sac isotherme garni de poches de réfrigérant. Dans la mesure du possible, livrer les échantillons personnellement au laboratoire dès que l’on a procédé à la préparation et à la congélation de l’échantillon composite final.

Quelles méthodes d’analyse choisir?

Maintenant que vous aviez pris la décision de faire analyser vos aliments pour détecter la présence des mycotoxines, il reste à sélectionner la bonne méthode d’analyse. Le tableau 1 présente un court résumé des différentes méthodes d’analyses des mycotoxines, leurs avantages, leurs désavantages et leur prix.

La méthode la plus rapide et la moins dispendieuse est la méthode d’analyse par dosage d’immunoabsorption par enzyme liée (ELISA) qui est très bien adaptée pour permettre d’identifier la présence de mycotoxines telles que la désoxynivalénol (vomitoxine) et la zéaralénone dans les grains. Par contre, cette méthode n’est pas une méthode de référence pour connaître la concentration exacte en mycotoxines. Aussi, il n’est pas recommandé d’utiliser cette méthode d’analyse pour les ensilages, à cause des acides organiques qu’ils contiennent et de l’hétérogénéité de leur matrice. Malgré le fait qu’elle est plus dispendieuse, l’analyse par chromatographie en phase liquide à haute performance (HPLC) permet d’avoir une mesure quantitative des mycotoxines, cependant le nombre de mycotoxines analysé se limite à une dizaine. Au-delà de ces 10 mycotoxines, l’analyse par chromatographie en phase liquide couplée à la spectrométrie de masse (LC/MS/MS) devient plus avantageuse. La méthode par LC/MS/MS permet d’analyser entre 10 et 50 mycotoxines pour un prix variant entre 140-250 $. Ainsi, il est possible pour le producteur de couvrir en une seule analyse l’ensemble des risques, mais il est important de se rappeler l’expression anglaise suivante : «Garbage In-Garbage out». En d’autres mots, la qualité et la validité de votre analyse dépendront de votre technique d’échantillonnage. Maintenant que vous connaissez les bonnes pratiques d’échantillonnage et d’analyse, nous vous invitons à lire notre prochain article qui portera sur les concentrations critiques de mycotoxines pour chaque catégorie d’animaux ainsi que sur les symptômes visibles sur les animaux.

 

à propos de l'auteur

Collaborateurs

Maxime Leduc – Ph.D. et agr. et Dr Younès Chrofi

Ayant complété son doctorat en sciences animales et étant copropriétaire de la ferme sur laquelle il a grandi, Maxime Leduc est pleinement conscient de la réalité des agriculteurs, en particulier des difficultés qu’ils rencontrent. Il souhaite fournir aux producteurs des outils adaptés et efficaces qui favoriseront la croissance de leur entreprise.

Dr Younes Chorfi a obtenu son doctorat vétérinaire en 1994, complété une maîtrise en 1999 et un PhD en 2005 en sciences vétérinaires à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal où il est maintenant professeur agrégé en nutrition, alimentation et productions animales. Dr Chorfi est responsable de deux laboratoires ; profils métaboliques et chromatographie où il mène ses recherches sur les mycotoxines.

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