Les mycotoxines démystifiées : Les produits «anti-mycotoxines»

Qu’il s’agisse de produits anti-mycotoxines ou d’agents de remplissage, il est souvent difficile de s’y retrouver lorsque vient le temps de choisir le bon produit

Lorsque votre entreprise est aux prises avec des problèmes de mycotoxines, il est souvent question de l’utilisation de produits «anti-mycotoxines» pour régler le problème. Malgré une utilisation courante sur les fermes, il est important de savoir que la mention légale «anti-mycotoxines» est actuellement interdite d’utilisation au Canada. À la place, la mention «agent de remplissage» est plutôt utilisée. 

Qu’il s’agisse de produits «anti-mycotoxines» ou d’agents de remplissage, il est souvent difficile pour le producteur de s’y retrouver lorsque vient le temps de choisir le bon produit pour sa ferme. En effet, il existe une panoplie de produits sur le marché. Même pour les experts de la communauté scientifique, il est difficile d’arriver à une conclusion claire puisque la majorité des produits présentés ont été validés par un nombre variable d’études in vitro, et ce sur un nombre limité de mycotoxines. De plus, un très faible nombre d’essais in vivo a été fait chez les ruminants par rapport aux monogastriques. En l’absence d’un plus grand nombre d’expériences in vivo, il est difficile d’effectuer une recommandation claire sur l’efficacité d’un produit sur des mycotoxines données. 

Malgré tout, voici quelques informations qui pourront vous aider à faire un choix de produit pour votre élevage. Tout d’abord, ce choix dépendra grandement des mycotoxines présentes dans votre élevage?; de là l’importance d’effectuer une bonne analyse de vos aliments, tel que présenté dans notre précédent article sur l’analyse des aliments. Les produits actuellement trouvés sur le marché sont séparés en deux grandes catégories :

1) les produits adsorbant les mycotoxines, qui permettent de capturer les mycotoxines dans le système digestif de l’animal et par la suite de les excréter dans les fèces?;

2) les produits de biotransformation qui transforment les mycotoxines pour les rendre inactives. Étant donné que les agents adsorbants sont les plus communs et les plus étudiés, nous vous les présentons ici.

Aluminosilicates

  • Hydrate de sodium calcium aluminosilicate (HSCAS) : forme d’argile qui a démontré une bonne capacité à lier les aflatoxines, mais ayant peu d’effets sur les mycotoxines produites par les moisissures du genre Fusarium.
  • Bentonites (montmorillonites) : forme d’argile naturelle qui a démontré une excellente capacité d’adsorption des aflatoxines et, dans certaines études, de la zéaralénone et les fumonisines.
  • Zéolite : forme d’argile qui peut se retrouver sous forme naturelle ou modifiée. Les deux formes ont la capacité de lier les aflatoxines, mais la forme modifiée est la meilleure pour absorber les fumonisines
  • Organoaluminosilicates ou Argile modifiées : produit synthétique permettant d’améliorer l’adsorption de zéaralénone et les fumonisines qui est problématique pour les argiles naturelles.

Adsorbants organiques

  • Les membranes cellulaires de levure provenant majoritairement de la souche Saccharomyces cerevisiae, mais incluant aussi les sous-produits suivants : B-D-Glucanes, mannanes, et glucomannanes. Cette catégorie d’agents adsorbants a démontré une efficacité d’adsorption de la zéaralénone, les fumonisines, le désoxynivalénol (DON) et la T-2.
  • Les bactéries lactiques, plus précisément la souche Lactobacillus rhamnosus, ont démontré une capacité d’adsorption aux aflatoxines et à la zéaralénone.
  • Les fibres micronisées et biosorbantes sont obtenues de diverses céréales (blé, avoine ou orge), légumes (luzerne et écailles de pois) et fruits (marc de pomme et de raisin). En fonction de leur provenance, ils ont la capacité d’absorber aux aflatoxines, à la zéaralénone, aux fumonisines et au DON.
  • Le charbon activé provient de la pyrolyse de composés organiques. Il s’agit de la catégorie d’adsorbant qui a démontré le plus large spectre d’affinité pour diverses mycotoxines incluant le DON, la T-2/HT-2, la zéaralénone et les fumonisines. Le côté négatif du charbon activé est que sa capacité d’adsorption des mycotoxines est dépendante du matériel avec lequel il a été créé. De plus, le charbon activé peut aussi lier les vitamines et minéraux.

Comme vous pouvez le constater, il existe plusieurs types de molécules que vous pouvez utiliser pour gérer les problèmes de mycotoxines sur votre entreprise. Étant donné l’aspect sélectif de certaines molécules, l’une des stratégies utilisées par le manufacturier est de combiner plusieurs molécules pour obtenir un produit à large spectre.

Nous espérons que cet article vous soit utile dans la gestion de votre entreprise. N’hésitez pas à consulter votre agronome ou votre vétérinaire pour le choix du produit qui vous sera le plus approprié.

à propos de l'auteur

Collaborateurs

Maxime Leduc – Ph.D. et agr. et Dr Younès Chrofi

Ayant complété son doctorat en sciences animales et étant copropriétaire de la ferme sur laquelle il a grandi, Maxime Leduc est pleinement conscient de la réalité des agriculteurs, en particulier des difficultés qu’ils rencontrent. Il souhaite fournir aux producteurs des outils adaptés et efficaces qui favoriseront la croissance de leur entreprise.

Dr Younes Chorfi a obtenu son doctorat vétérinaire en 1994, complété une maîtrise en 1999 et un PhD en 2005 en sciences vétérinaires à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal où il est maintenant professeur agrégé en nutrition, alimentation et productions animales. Dr Chorfi est responsable de deux laboratoires ; profils métaboliques et chromatographie où il mène ses recherches sur les mycotoxines.

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