Les prix des grains peuvent-ils encore grimper?

Depuis la sortie du rapport sur les ensemencements américains, les prix des grains à la bourse n'ont pas monté

Depuis la sortie à la fin juin dernier du rapport sur les ensemencements américains du USDA, les prix des grains à la bourse ne seront pas parvenus à gagner davantage de traction. Nous aurons bien eu quelque stress météo dans le Midwest américain, mais rien de suffisant pour faire grimper davantage les prix? Est-ce dire que des sommets définitifs ont finalement été atteints dans les dernières semaines?

Pour ma part, je crois que nous pouvons avoir encore quelques surprises intéressantes d’ici les récoltes.

Articles connexes

Comme je l’ai écrit dans ce blogue au cours des dernières semaines, 2019 n’est certainement pas une année comme les autres. Les ensemencements américains ont été très difficiles et tardifs, et je doute que le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) ait été vraiment en mesure de donner une lecture juste de la situation en juin dernier.

On se rappelle que le 28 juin, le rapport d’ensemencements américains avait surpris en proposant un bon recul de ceux de soya à 80 millions d’acres, mais aussi nettement plus de maïs que prévu à 91,7 millions d’acres.

Ceci dit, ce rapport est produit à partir d’un sondage réalisé au début juin auprès des producteurs. Considérant qu’à ce moment, les conditions étaient encore très difficiles dans le Midwest américain, il m’apparait plausible que nous aurons une lecture bien différente au cours des prochaines semaines. D’ailleurs, le USDA a reconnu lui-même l’ambiguïté de son rapport d’ensemencement de la fin juin en proposant un nouveau sondage en juillet pour ajuster le tir. Les résultats de ce sondage seront connus le 12 août prochain.

À ceci s’ajoute évidemment le grand inconnu des superficies qui seront « abandonnées » en raison des mauvaises conditions. Normalement, les ensemencements américains sont conclus essentiellement au début juin. Cette année, ils se sont poursuivis pratiquement jusqu’à la fin juin pour le maïs, et le début juillet pour le soya. Non seulement on peut douter du rendement qui découlera de ces ensemencements tardifs, mais on peut présumer que beaucoup de producteurs auront aussi simplement lâché prise.

C’est donc dire que non seulement nous pourrions avoir des surprises sur le rendement réel américain, mais aussi concernant les superficies qui seront vraiment récoltées; que ce soit pour le maïs, comme pour le soya.

Personnellement, je ne suis pas un grand amateur de rumeurs et d’analyses très élaborées qui devrait nous aider à avoir une meilleure idée de ce que le USDA présentera comme chiffres. Cependant, considérant les éléments ci-haut mentionnés, sans mettre de projections sur la table, j’ai encore de la difficulté à croire que 2019 a dit son dernier mot.

Ce dont je me méfie maintenant sont surtout des paramètres assez « typiques » du comportement des marchés.

  • La tendance saisonnière ne ment généralement pas, même lors de saisons plus difficiles. Les sommets sont atteints à la bourse à la fin du printemps en mai, juin, sinon parfois aussi au début juillet. Ceci veut dire que oui, en principe, nous avons maintenant plus de chances d’avoir atteint des sommets définitifs.
  • J’aime bien l’expression de mon collègue Simon Brière de RJO’Brien « Les marchés marchent par anticipation ». Les marchés seront toujours très dynamiques par anticipation de problèmes, mais se dégonflent par la suite une fois devant les faits, qu’ils soient positifs ou non. Cette année, nous avons été très nerveux en raison de la météo, mais les prévisions se montrent maintenant plus favorables. Suivant notre logique de marché, que la récolte américaine soit mauvaise ou non, nous venons donc de perdre l’un des principaux atouts pour alimenter plus de rumeurs, et de hausse des prix… Et à défaut d’autres imprévus météo ou de surprises du USDA, disons qu’il n’y a maintenant plus grand-chose qui devrait alimenter un nouveau rallye des prix.

Et comme producteur, qu’est-ce qu’on peut conclure de toutes ces informations?

Depuis le début du rallye qui a eu lieu à partir de la fin mai, j’ai été vendeur prudent de grains, maïs comme soya. Pas nécessairement parce que je ne croyais pas que les prix pouvaient grimper davantage, mais par principe qu’il s’agissait d’une opportunité de vendre progressivement à la hausse à bon prix, et de réduire ainsi son risque.

Il faut garder aussi en tête qu’avec du recul, un prix du maïs à la bourse à plus de 4,00-4,40 $US/bo. ou encore au Québec à 260-270 $ la tonne pour livraison d’ici les récoltes, 220$ à plus de 240 $ la tonne après la récolte, ça faisait un bon moment qu’on avait vu ça.

Le soya est différent. À la bourse comme au Québec, même avec le rallye de cette année, nous avons observé des prix décevants. Et, il y a une raison pour que ce soit le cas. On peut jongler avec beaucoup de scénarios différents pour tenter d’établir si les prix grimperont davantage dans le soya. Mais, le fait est que pratiquement tous se concluent avec des stocks de soya américains et mondiaux qui resteront très confortables pour la prochaine année, que la récolte américaine soit très mauvaise ou non. Dire ensuite qu’on pourrait rapidement retrouver un prix du soya beaucoup plus intéressant m’apparait donc assez risqué; pas impossible, mais risqué…

Maintenant, est-ce que les prix des grains peuvent encore surprendre au cours des prochaines semaines? Certainement qu’ils le peuvent et oui, d’autres sommets sont possibles! 2019 n’est pas une année comme les autres et nous avons encore des inconnus intéressants pour y parvenir! À savoir ensuite s’il vaut mieux encore attendre pour vendre du grain est cependant une autre histoire… Si vous avez déjà placé vos pions et profité du rallye de cette année, pourquoi pas! Mais si vous n’avez encore rien fait en attendant toujours de meilleurs prix, disons que le compteur tourne et que chaque semaine, le risque que d’autres rallyes intéressants aient lieu s’amincit de plus en plus.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

Commentaires