Mauvais début de saison, les prix des grains bondissent

Depuis la semaine dernière, nous avons assisté à tout qu’un renversement dans les marchés des grains à Chicago. Enfin une bouffée d’air frais!

Tout ceci tient bien sûr pour beaucoup du très mauvais début de saison aux États-Unis. Après les inondations de la fin mars dernier, voilà que depuis avril, ce sont les précipitations à répétitions, semaine après semaine, qui empêchent les producteurs américains de semer leur maïs, mais aussi leur soya et leur blé de printemps. Par exemple, pour le maïs à la fin de la semaine dernière (19 mai), seulement 49% des superficies étaient semées. Normalement, depuis 5 ans, c’est plutôt 80%.

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Certains commencent donc de plus en plus à comparer cette année à 2013 ou pire, 1993, année où des inondations historiques avaient frappé le Midwest américain. En 1993, dans le maïs, les superficies avaient fondu de 10 millions d’acres à seulement 63 millions d’acres de récoltés. Le rendement avait également fortement reculé de 130 bo./acre à 100 bo./acre.

Bien que nous n’en soyons pas à mon avis à une situation tout à fait comparable, on peut effectivement se questionner: à quel point le début de saison très difficile devrait affecter les récoltes américaines de cet automne?

Pour le maïs, selon les régions aux États-Unis, les différentes études suggèrent une baisse « potentielle » de rendement de l’ordre de 10-15% lorsque les ensemencements sont complétés après la mi-mai.

Basé sur cette information, sachant qu’en date du 19 mai dernier, nous n’étions seulement qu’à 49%, on peut dire que c’est essentiellement 50% du rendement américain qui devrait être affecté pour cet automne. En chiffre, ceci permet d’établir que le rendement moyen américain en maïs risque de passer de 176 bo./acre actuellement anticipé par le USDA à autour de 163 à 168 bo./acre. La récolte reculerait alors de plus de 15 milliards de boisseaux selon l’estimation actuelle du USDA à autour de 14,0 à 14,3 milliards de boisseaux. C’est moins que les 14,4 milliards de l’an dernier.

Ce calcul ne tient pas compte cependant des superficies qui ne seront pas semées, ou encore changées du maïs au soya. En moyenne, depuis 5 ans, on observe un écart de 9% entre les superficies ensemencées et celles récoltées. En 1993 avec les inondations, le recul avait été par contre beaucoup plus important, 16%.

À partir de cette information, sachant que les superficies ensemencées en maïs étaient anticipées à 92,8 millions d’acres, avec un recul de l’ordre d’au moins 9% à 10% de superficies récoltées et de moins bons rendements à l’automne, la récolte américaine pourrait alors reculer à aussi peu que 13,5-13,6 milliards de boisseaux.

Si c’est le cas, les stocks américains de maïs fondraient alors de près de la moitié de ce qu’ils ont été dans les dernières années, à leur plus bas depuis 2013, année où les prix à Chicago ont évolué autour de 4,00 à plus de 5,00 $US/bo. comparativement à 3,12-4,44 $US/bo. dans les dernières années.

Concrètement, pour le marché du maïs au Québec, si tout ceci se confirme, c’est dire qu’il serait alors étonnant de voir le prix retourner à moins de 200$ la tonne et qu’à la hausse, nous pourrions avoir de belles opportunités au cours de la prochaine année.

Pour le soya, ce printemps difficile propose par contre une tout autre histoire. D’une part, contrairement au maïs, la fenêtre pour compléter les ensemencements aux États-Unis s’étire jusqu’en juin. Même avec du retard, nous ne sommes donc pas pour l’instant dans une situation très problématique. D’autre part, bien entendu, si les producteurs ne parviennent pas à semer leur maïs dans les temps, on peut avec raison présumer que davantage de soya sera semé. Sans faire ici une analyse aussi exhaustive que pour le maïs, on retient qu’il apparait de plus en plus plausible que la prochaine récolte américaine de soya soit plus importante dans un contexte où l’offre et les stocks sont déjà beaucoup trop élevés.

À moins que la météo demeure spécialement mauvaise encore en juin, contrairement au maïs, il apparait donc très difficile d’envisager que le marché du soya puisse pour l’instant franchir de nouveau la barre du 9,00-9,50 $US/bo. à Chicago au cours des prochains mois. Et, c’est sans compter bien entendu toutes les histoires concernant la guerre commerciale États-Unis et Chine.

Au Québec, le marché du soya risque ainsi encore de décevoir un bon moment. Seule éventualité qui pourrait jouer en notre faveur, que comme à l’automne dernier, la Chine décide d’acheter d’importants volumes de soya. Par contre, au moment d’écrire ces lignes, M. Trudeau a annoncé qu’il durcissait le ton envers la Chine. Déjà que la Chine a décidé de ne plus acheté de canola canadien, on peut maintenant se questionner à savoir si une détérioration des relations sinon-canadiennes ne viendra pas aussi refermer la porte aux achats chinois de soya canadien.

La mauvaise météo de ce printemps aux États-Unis est donc une bonne nouvelle pour le marché du maïs, mais offre encore très peu pour le marché du soya. Dans les deux cas, espérons seulement que la météo se montrera maintenant plus clémente au Québec qu’aux États-Unis pour que les rendements soient au rendez-vous cet automne.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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