Le printemps s’en vient, patience!

Il y a quand même matière à être un peu découragé dans les marchés boursiers des grains présentement. En fait, historiquement, il faut remonter à 2015 pour observer un début d’année aussi indécis, voire difficile.

C’est spécialement vrai pour le maïs qui, en temps normal, devrait déjà être dans sa longue marche vers des sommets du printemps. Sauf que cette année, suivant un bon rebond à l’automne, il est depuis sur le neutre, affichant même un recul inquiétant cette semaine.

Articles connexes

Par contre, et c’est important, on retient qu’avant sa baisse des derniers jours, le marché du maïs à Chicago se sera transigé depuis un bon moment de +0,10 à +0,30 $US/boisseau (+4 à +12 $US/tonne) de plus que dans les dernières années. Un recul à ce stade-ci n’est donc pas nécessairement aussi dramatique qu’il n’y parait, même si ce n’est rien de positif en soi.

Je reste également confiant qu’on devrait retourner à la hausse au cours des prochaines semaines. En chiffre, depuis 15 ans, il n’y aura eu en fait que 2010 qui aura proposé aucune chance de salut sur toute la ligne pour le maïs à Chicago, de janvier à juin. Par contre, statistiquement, les mois clés à ne pas dépasser sont mai et juin. Ensuite, ce n’est qu’une question de coup de dé à savoir si Dame Nature posera vraiment ou non un lapin aux producteurs à l’été.

Dans tout ceci, la bonne nouvelle est que le prix du maïs au Québec demeure par contre très intéressant, toujours selon les régions autour de 210-215 $ la tonne et même plus. Bien sûr, on veut aller chercher davantage. Mais avec du recul, on retient qu’à ce niveau, nous sommes déjà certainement dans le tiers supérieur des meilleurs prix proposés depuis 3 ans.

Est-ce que ceci veut dire que je suis « vendeur » de maïs? La réponse est oui, mais surtout dans une perspective de gestion de risque, et non nécessairement parce que je ne crois pas qu’il pourrait s’apprécier davantage. La clé est donc de ventiler son risque selon ce que vous avez à vendre, et vos objectifs.

Le cas du soya est un peu plus ambigu et difficile. D’ailleurs, certains producteurs me demandaient dernièrement quoi faire de leur soya qu’ils ont dans leur silo. C’est une très bonne question, pas nécessairement simple à répondre.

Contrairement au marché du maïs, même s’il hésite depuis 2-3 semaines, le marché du soya s’est quand même assez bien comporté depuis la récolte. Bien sûr, on comprend qu’avec un creux autour de seulement 8,10 $US/bo. à Chicago, disons que c’était difficile de faire pire ensuite. Par contre, par comparaison de l’an dernier où nous avons passé un bon moment à plus de 10,00 $US/bo. à partir du mois de février, dire qu’à 9,00-9,10 $US/bo. présentement il y a de quoi se réjouir est par contre boiteux comme idée.

Mais, là où les choses m’apparaissent plus ambiguës est à savoir si, comme pour le maïs, nous pourrons faire mieux d’ici le début de l’été.

En principe, oui, si on se fit à la tendance des dernières années, mais de combien? La moyenne des trois dernières années propose autour d’une cinquantaine de cents le boisseau, et l’an dernier autour de cinquante cents aussi environ. On parle donc de 9,50-9,60 $US/bo. Nous sommes toujours loin des 10,00 $US/bo. et plus que nous avons connu dans les dernières années.

Bien entendu, d’un côté, on attend avec impatience qu’une entente « favorable » ait lieu entre la Chine et les États-Unis. Si c’est le cas, on pourrait voir le marché du soya bondir, et même qui sait, peut-être plus que prévu.

Par contre, cet engouement pourrait être plus éphémère qu’on ne le croit, surtout avec les stocks importants de cette année, mais aussi des ensemencements ce printemps qui ne baisseraient pas autant que ce qu’on prévoit présentement.

D’un autre côté, je note aussi qu’au Québec, les acheteurs ne semblent pas particulièrement « avides » de soya. Ça peut encore une fois changer rapidement. Sauf que quand je vois du soya qui se transige autour de 420-430 $ la tonne, et peut-être un peu plus selon les régions, on parle d’un niveau pratiquement comparable à celui de la récolte.

Donc, je m’interroge? Ceux-ci voudront-ils vraiment proposer des prix qui, dans les dernières années, auront assez facilement grimpé en certaines occasions à plus de 460-470 $ la tonne, et même parfois, plus de 500 $ la tonne?? Est-ce qu’un rallye à Chicago pourra vraiment propulser les prix cette année à de tels niveaux?

Ceci dit, point de vue stratégie de vente, quand la base et le contrat à terme sont tous deux faibles, il n’y a aucune raison de s’activer. On reste patient, sachant que tôt ou tard, un rebond des prix sera alors certainement une bonne occasion de passer à l’action; pas nécessairement en espérant trop vite à ce moment que nous pourrions de nouveau franchir le cap du 480-490 $ la tonne et plus. C’est possible, mais disons qu’à ce stade-ci, nos chances apparaissent encore bien minces.

 

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

Jean-Philippe Boucher's recent articles

Commentaires