Quoi retenir de 2016, la suite

Pour la suite de cette revue des marchés 2016, il sera question d’exportations, d’éthanol et de cheptels porcin et bovin:

4 – Les exportations américaines de grains à leur meilleur, pour le moment…

L’année 2016 aura débuté sur une note négative du côté des exportations américaines. En effet, suivant d’excellentes récoltes en Amérique du Sud à l’hiver et au printemps 2015, les exportations et ventes à l’exportation de maïs et soya américain ont composé avec un retard important jusqu’au printemps 2016. Heureusement, le vent a tourné par la suite.

Traditionnellement, les exportations sud-américaines emboîtent le pas à celles américaines en début d’hiver. Mais, 2016 aura vu la saison se terminer en queue de poisson en Argentine (précipitations excessives et inondations) et au Brésil (conditions excessivement sèches pour la seconde culture en maïs (Safrinha)).

Résultat, cette fois-ci, les exportateurs américains auront pu profiter de la mauvaise fin de saison en Amérique du Sud pour gagner beaucoup plus de terrain qu’à la normale sur les marchés d’exportations de grains.

Ainsi, le USDA prévoit pour l’année récolte 2016-17 des exportations record de maïs et de soya américain. Et, pour le moment, tout indique bel et bien que les prévisions du USDA seront atteintes.  Il reste à voir ce que sera cependant au début de 2017 l’importance des récoltes sud-américaines. Si elles sont à la hauteur de ce que prévoient les analystes, la balance pourrait à nouveau pencher du côté sud-américain avec des perspectives d’exportations américaines moins sûr par la suite à partir du printemps et de l’été 2017.

5 – La production d’éthanol aux États-Unis bat toujours des records

On sait depuis déjà un bon moment que la « vague d’éthanol » qui a fait bondir la demande en maïs à partir de la mi-2000 jusqu’au début des années 2010 s’est échouée.

De fait, après le choc des prix record du maïs de 2012 qui aura vu plusieurs usines d’éthanol fermé, la production annuelle d’éthanol aux États-Unis s’est stabilisée, utilisant depuis autour de 130 à 132 millions de tonnes de maïs par année.

Plusieurs facteurs sont à l’origine de ce « plafonnement » de la production d’éthanol, à commencer par le fameux « blend wall », l’incapacité des fabricants d’essence américains à incorporer plus d’éthanol dans l’essence qu’il ne se consomme de carburant aux États-Unis, et que le parc automobile américain peu se permettre d’absorber considérant l’incapacité de certains véhicules à utiliser une essence trop riche en éthanol.

Mais, en novembre dernier, l’EPA (Environmental Protection Agency) aux États-Unis a finalement proposé des quotas de biocarburants plus élevés pour 2017. Au total, les raffineries américaines devront ainsi mélanger à l’essence 19,28 milliards de gallons de carburant renouvelable, dont 15 milliards d’éthanols fabriqués à partir de maïs. Il s’agit d’une hausse de +0,5 milliard de gallons par rapport à 2016.

Actuellement, le USDA prévoit une utilisation de 5,3 milliards de boisseaux de maïs pour l’éthanol. Le nouvel objectif de l’EPA suggère cependant une utilisation de 5,36 milliards de boisseaux de maïs (136 millions de tonnes) à un taux de conversion de 2,8 gallons d’éthanol pour 1 boisseau de maïs. Si ce chiffre se confirme, ce serait donc de 2-4 millions de tonnes de plus de maïs qui seront utilisés en 2017 pour fabriquer de l’éthanol.

6 – Fin de l’expansion des cheptels porcins et bovins américains?

L’année 2016 n’a pas été des plus faciles pour les marchés du porc et du bœuf. Bien qu’il y ait plusieurs facteurs derrière la faiblesse de leurs prix respectifs, c’est sans contredit les rythmes des abattages et de production aux États-Unis qui ont tous deux atteint de multiples niveaux record à l’automne qui auront le plus frappé l’imaginaire des marchés.

Ainsi, l’année 2016 s’achève avec un nouveau record de production annuelle de porcs américains de 123,5 millions de porcs. Après avoir atteint un creux historique de seulement 33,5 millions de bœufs en 2014, ce qui n’aura pas été sans faire d’ailleurs bondir le prix moyen au détail de la viande de bœuf aux États-Unis à un sommet 6,4 $US/lb à l’été 2015, la production de bœuf a de son côté poursuivi à la hausse en 2016 pour atteindre 34,7 millions de bœufs. Historiquement, ce niveau demeure cependant très faible. Par comparaison, le record de production de bœuf aux États-Unis de tous les temps est de 50,87 millions de bœufs en 1974.

Pour 2017, les projections actuelles du USDA proposent maintenant de nouveaux sommets, le porc à 125,6 millions de têtes de produit, et le bœuf à 35,1 millions de têtes.

Du côté du porc, le dernier rapport négatif des inventaires trimestriels américains (Hogs & Pigs) publié le 23 décembre dernier tend à appuyer la projection de production record du USDA pour 2017, avec une hausse de la production anticipée de l’ordre de 4%. Ce gain n’est pas étranger à l’efficacité des producteurs de porc, alors que le nombre de porcelets par portée continue de croître avec une moyenne de 10,63 porcelets par portée au cours de la période de septembre à novembre dernier. Les intentions de mise bas ne sont pas non plus aussi faibles qu’anticipées en raison des faibles prix observés au cours de la seconde moitié de 2016. Résultat, si la tendance saisonnière suggère un recul de production pour amorcer 2017, les producteurs de porc devront encore s’armer de patience avant de pouvoir envisager un « plafonnement » plus concret de l’expansion du cheptel porcin américain.

Du côté du marché du bœuf, le rapport mensuel des inventaires américains dans les parcs d’engraissement (Cattle on feed) publié également le 23 décembre dernier tend aussi à appuyer la projection d’une hausse de production de bœuf du USDA pour 2017.

Après quelques mois de recul du côté des placements et de plus fortes ventes de boeuf, les inventaires américains ont affiché un recul de plus de 1% au 1er décembre 2016 comparativement à l’an dernier. Par contre, le rebond de plus de 15% des placements en novembre fait en sorte qu’on s’attend maintenant à une nouvelle hausse de l’offre et des abattages dans les prochains mois. À l’image des producteurs de porc, les producteurs de bœuf devront donc se montrer prudents et s’armer de patience en 2017, puisque rien ne permet encore d’envisager avec assurance un ralentissement concret de l’expansion du cheptel américain.

Bien entendu, pour les producteurs de grains, cette problématique d’expansion qui se poursuit dans le porc et le bœuf se veut par contre une bonne chose, proposant toujours une hausse de la demande du côté des grains fourragers.

Pour lire les trois premiers facteurs notables de 2016, cliquez ici.

La suite et fin de cette revue 2016 dans la prochaine infolettre. Au menu, rendements record, les caprices de Chicago, les prix des grains au Québec et les tribulations du huard!

 

NB: Ne manquez pas l’occasion de venir assister aux conférences du Bulletin des Agriculteurs au Salon de l’Agriculture le 18 janvier prochain. Pour l’occasion, du côté des perspectives des marchés, je jetterai un coup d’œil sur ce qu’il faut surveiller en 2017. Nous regarderons aussi ce à quoi nous pouvons nous attendre comme 1ers objectifs de prix et comment bien se préparer pour tirer le maximum de ses ventes dans les prochains mois.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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