Restez attentif, les marchés peuvent encore surprendre!

On va se le dire, depuis 2-3 semaines, les prix des grains sont beaucoup moins excitants qu’ils ne l’étaient à la fin juin. Pourquoi? Essentiellement parce qu’il n’y a plus grand-chose à se mettre sous la dent pour alimenter davantage de fermeté des prix.

On continue de surveiller la météo aux États-Unis, mais force est d’admettre qu’elle se montre plus favorable aux cultures depuis la mi-juillet. Tout n’est pas parfait bien entendu. L’état des cultures est aussi nettement moins intéressant qu’au cours des dernières années à ce moment-ci, le plus faible depuis 2012…

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Mais entre les lignes, on comprendre que si certains États américains demeurent en difficultés, comme en Illinois, dans d’autres les perspectives de récolte sont mieux que prévu. Sur Twitter, un producteur américain de l’Indiana mentionnait d’ailleurs qu’il s’attendait pour sa part à un rendement record cette année de 200 boisseaux/acre (12,5 tonnes/ha).

Je discutais plus tôt cette semaine avec Moe Agostino de Farms.com qui a réalisé sa tournée du Midwest américain. Il me disait aussi que dans l’ensemble, les cultures de maïs et soya sont étonnamment belles. Par contre, tout comme au Québec, il relève aussi beaucoup de variabilité dans leur développement. Et à son avis, tout se jouera beaucoup maintenant sur des gels hâtifs qui, selon lui, pourraient affecter le nord du Midwest aussi tôt qu’au début septembre prochain. Évidemment, si c’est le cas et que les cultures n’ont pas atteint leur maturité, ce sera alors un coup dur pour le rendement américain.

Lundi prochain est aussi une date à marquer d’un X rouge à votre agenda pour surveiller les marchés. Le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) a réalisé un nouveau sondage en juillet sur les superficies ensemencées aux États-Unis cette année. Nous aurons les résultats lundi, en même temps que la mise à jour mensuelle d’offre et demande du USDA.

Avec la saison que nous avons eue jusqu’ici, dire qu’il est possible d’anticiper ce qui sera présenté par le USDA lundi prochain m’apparait un peu futile comme exercice. Surtout qu’en juin dernier, le USDA a déjà remarquablement bien rappelé aux marchés qu’il avait le dernier mot, qu’il pouvait encore présenter des surprises importantes qu’aucune firme d’analyse n’avait prévues.

Je trouve néanmoins intéressant le sondage qu’a réalisé auprès des producteurs américains et présentés lundi dernier l’équipe de Farm Futures. Selon ce sondage, les ensemencements américains de maïs réaliseraient tout qu’un plongeon, passant de 91,7 millions d’acres à seulement 83,5 millions d’acres. Si c’est le cas, et que le rendement américain déçoit un peu plus que prévu à 164 bo./acre, nous nous retrouverions alors avec une récolte américaine en chute libre de 14,2 milliards de boisseaux l’an dernier à 12,3 milliards de boisseaux cette année. En tonnes, c’est un recul impressionnant de plus de 48 millions de tonnes, 12-13 fois la production annuelle du Québec.

À moins que les prix grimpent et freine de nouveau la demande, les stocks américains de maïs fondraient alors à seulement autour de 500 millions de boisseaux, pour un ratio inventaire/consommation de 12 jours contre un confortable 60 jours cette année. On imagine ensuite un gel hâtif en septembre prochain, et nous aurions alors certainement un beau feu d’artifice dans les marchés à Chicago.

Pour le soya, le résultat du sondage de Farm Futures propose aussi quelque chose d’intéressant, mais de moins dramatique, avec une réduction des ensemencements américains à 79,6 millions d’acres contre 80 millions d’acres de prévus le mois dernier par le USDA. Si le rendement se veut un peu plus faible à 48,0 boisseaux/acre que ce que prévoit actuellement le USDA (48,5 bo./acre), nous aurions alors une récolte américaine en baisse de 4,5 milliards de boisseaux l’an dernier à 3,8 milliards de boisseaux cette année.

Par contre, et c’est toute la nuance entre les contextes du marché du maïs et celui du soya, les stocks américains reculeraient à 737 millions de boisseaux pour un ratio inventaire/consommation de 65 jours. Historiquement, un tel ratio demeure élevé et très confortable. Pour vous donner une perspective, la moyenne de jours de réserve dans le soya depuis 2000 est de 32 jours, et l’année de la fameuse sécheresse de 2012 aux États-Unis, nous étions à 10… Nous sommes donc encore loin d’un scénario catastrophique, même avec une récolte américaine en forte baisse.

Dans tous les cas, que ce soit pour le maïs comme le soya, je crois que nous avons donc encore des surprises qui nous attendent d’ici les récoltes. Le maïs m’apparait cependant une meilleure carte à jouer. Le soya peut aussi surprendre, mais ce n’est certainement pas un marché sur lequel je miserai encore beaucoup pour frapper un coup de circuit.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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