Revue des marchés 2016, suite et fin

Comme promis, voici la dernière partie de la revue de l’année 2016, du point de vue des marchés des grains et des denrées agricoles. Au menu, rendements record, les caprices de Chicago, les prix des grains au Québec et les tribulations du huard. En prime, un aperçu sur ce qui nous attends en 2017:

7 – Record de rendements et production de grains aux États-Unis

Pour une 3e année consécutive, les États-Unis ont profité de conditions météo favorables aux cultures. Oui, certaines régions du Midwest auront dû composer avec des conditions trop sèches. Mais, au net, le résultat parle de par lui-même avec des records de rendement sur tous les fronts : maïs à 175,3 boisseaux/acre (11,0 tonnes/ha), soya à 52,5 boisseaux/acre (3,53 tonnes/ha) et blé à 52,6 boisseaux/acre (3,53 tonnes/ha).

Ce qu’on retient de 2016, c’est que les producteurs sont ainsi de mieux en mieux outillés et de plus en plus perfectionnés dans leur méthode de travail pour affronter les sauts d’humeur de Dame Nature.

S’il est vrai que des menaces météo peuvent encore et toujours mettre en péril les prochaines récoltes, on ne peut non plus s’attarder et se fier uniquement à des problématiques régionales pour tirer des conclusions prématurées. Ce fût le cas avec les précipitations et inondations au printemps 2015 dans le sud des États-Unis, et de nouveau en 2016 avec les régions asséchées à l’est du Midwest américain au cours de l’été dernier.

Ce n’est donc pas nécessairement demain la veille que nous nous retrouverons avec une sècheresse historique comme celle de 2012 aux conséquences beaucoup plus dévastatrices. Il faut en tenir compte dans ses stratégies commerciales lorsque des rallyes printaniers prennent forme…

8 – Les prix à Chicago toujours à des creux…

En raison surtout des productions record enregistrées aux États-Unis, et des inventaires américains et mondiaux qui continuent de grimper davantage, les prix des grains à Chicago ont visité de nouveaux creux au cours de 2016.

  • Maïs – 3,12 $US/boisseau (123 $US/tonne) atteint le 12 août alors que les marchés ont déjà à ce moment anticipé une production exceptionnelle de maïs américain à l’automne. Le creux précédent du maïs était de 3,1825 $US/boisseau (125 $US/tonne) atteint le 1er octobre 2014. Il faut ensuite remonter à l’été 2009 pour observer des prix du maïs comparable.
  • Soya – Le marché du soya à Chicago aura fait bande à part, atteignant son creux 2016 en début d’année à 8,52 $US/boisseau (313 $US/tonne), très près de son creux historique de l’automne précédent (2015) de 8,4425 $US/boisseau (310 $US/tonne). La dernière fois qu’il s’était transigé ensuite à un niveau aussi faible était à l’hiver 2009. Cette fermeté du marché du soya à Chicago par comparaison de ceux du maïs et blé au cours de 2016 n’est pas étrangère à la fermeté de la demande qui persiste, mais aussi de la mauvaise fin de saison observée au printemps en Argentine et au Brésil.
  • Blé – Le blé à Chicago aura connu une année 2016 très difficile. Malgré une mauvaise récolte en Europe, et un manque à gagner du côté de l’Inde, les surplus s’accumulent toujours. Cette situation aura forcé le marché du blé à Chicago à retourner à la fin de l’été sous 4,00 $US/boisseau à un creux de 3,8675 $US/boisseau (142 $US/tonne). Il s’agit d’un creux important, puisque la dernière fois que le prix du blé à Chicago avait été aussi faible remonte à plus de 10 ans ; la mi-août 2006.

De cette faiblesse générale des prix à Chicago, il faut noter toutefois que des bases de plus en plus solides ont pris forme.

En effet, si les creux atteints dans les dernières années ne sont certainement pas des niveaux acceptables selon les standards d’aujourd’hui, historiquement, ils s’établissent toujours dans la tranche supérieure des sommets qui étaient en vigueur depuis plusieurs décennies précédent la forte progression des prix de la mi-2000 au début des années 2010.  C’est dire qu’une nouvelle « structure » des marchés des grains se confirme de plus en plus avec, tôt ou tard, de nouveaux imprévus qui pourraient alors emporter les prix vers de nouveaux records. Il ne manque que l’étincelle…

9 – De nouveaux sommets pour les bases du soya au Québec, celle du maïs plafonne

Suite aux excellentes récoltes de 2015, la base du maïs au Québec aura eu beaucoup plus de difficulté à s’apprécier au cours de 2016, évoluant dans une fourchette de -0,20 à +0,60 $US/boisseau. C’est autour de -0,20 à -0,30 $US/boisseau de moins qu’en 2015.

Contrairement à 2015, le prix du maïs lui-même aura ainsi éprouvé beaucoup plus de difficultés à tenter sa chance à plus de 210-215 $/tonne. Le « rallye » de fin de saison avant les récoltes 2016 aura aussi proposé des prix beaucoup plus modestes qu’en 2015 où certains producteurs avaient alors pu profiter de prix frisant même 250-255 $/tonne dans certains cas.

Dans cette même lignée, pour le moment, il est très difficile d’envisager des bases de maïs plus fortes au cours de 2017. Dans les faits, pour une 2e année, la récolte québécoise de maïs aura été très importante, atteignant un sommet de plus de 3,7 millions de tonnes, un 2e sommet suivant le record de tous les temps de 4,1 millions de tonnes atteints en 2006. Les prochains mois seront donc à l’abondance et, à moins que le marché de Chicago ne s’effondre ou que les exportateurs québécois se montrent plus agressifs, il sera difficile d’envisager de fortes bases.

La situation se veut bien différente pour le marché québécois du soya où les bases se sont montrées beaucoup plus « volatiles », passant de creux importants au printemps (-0,80 $US/bo.) à des sommets à 0,20 $US/boisseau. Ainsi, malgré une récolte record de 1 million de tonnes à l’automne 2015 au Québec, le travail des exportateurs québécois ainsi que la demande de l’usine de trituration de Bécancour auront proposé de belles opportunités.

Contrairement à 2015, 2016 aura de la sorte vu le prix du soya au Québec grimper à plusieurs reprises à plus de 450 et même 500 $/tonne. Il s’agit d’une progression intéressante considérant qu’en 2015, le prix aura longuement gravité autour de 400-425 $/tonne.

À cette image, malgré l’excellente récolte de cet automne, on peut ainsi espérer à nouveau de belles opportunités au cours de 2017. Ceux qui sont plus familiers avec leur commercialisation pourront alors miser sur de bonnes stratégies du côté de la base pour capturer encore d’excellents prix.

10 – Le $CAN donne un coup de pouce aux producteurs du Québec

Comme chaque année, beaucoup d’encre aura coulé concernant les soubresauts du dollar canadien. Difficile d’ailleurs de ne pas souligner le creux qu’il a atteint au début 2016 autour de 0,67 $US/$CAN, ce qui n’est pas sans lien avec la faiblesse elle-même du prix du pétrole qui a aussi fondu sous 30 $US/baril en début d’année.

Le vent semble vouloir cependant tourner. La fin de 2016 a vu entre autres les pays de l’OPEP, mais aussi ceux non membres de l’OPEP, s’entendre « enfin » sur un contrôle de la production de pétrole. De ce changement de politique de production, on peut entrevoir des assises plus solides pour le marché du pétrole qui a déjà repris du poil de la bête dans les derniers mois. Depuis son creux de février dernier près de 26 $US/baril (WTI), sa valeur a ainsi plus que doublé, dépassant brièvement 54 $US/baril à la mi-décembre.

Bien entendu, le Canada étant le 7e plus important producteur de l’or noir dans le monde en 2016, la reprise du prix du pétrole offre par ricochet plus de fermeté au dollar canadien lui-même. Sur cette base, on peut entrevoir plus difficilement un retour sous la barre de 0,70.

Par contre, l’effet de pression négative qu’exerce la fermeté actuelle du dollar américain sur le dollar canadien reste aussi à surveiller. Et, heureux celui qui parviendra avec justesse à entrevoir les retombés des prochaines politiques économiques du nouveau président américain élu, M. Donald Trump.

Dans l’immédiat, ce qu’on retient cependant c’est que la bonne santé économique américaine, et celle plus fragile de l’économie canadienne ne laissent pas entrevoir un retour à la hausse marquée du dollar canadien. Pour les producteurs de grains canadiens, c’est une bonne nouvelle.

Rappelons qu’actuellement, un recul de l’ordre de -0,01 du dollar canadien à autour de 0,73-0,7350 permettrait aux prix des grains de gagner autour de 2 à 4 $CAN/tonne dans le maïs, et de 6 à 7 $CAN/tonne dans le soya.

Il faudra cependant être très attentif en 2017 à un changement cap toujours bien possible du dollar canadien. En 2016 il a d’ailleurs brièvement passé au-dessus de 0,80, avec des conséquences alors moins intéressantes pour les prix des grains au Québec.

Pour lire la première partie du blogue sur la revue de 2016, cliquez ici. Pour la seconde partie, cliquez sur ce lien.

Et que nous réserve 2017 ?

Il reste toujours difficile, à l’aube d’une nouvelle année, de jouer à la roulette sur ce que seront les prix des grains dans les prochains mois. Les variables qui peuvent les affecter rapidement de manière positive comme négative sont trop nombreuses. Et, sans contredit, la météo demeure LE grand inconnu qui rend toute prévision très aventureuse.

Cependant, ce qui détonne le plus de la fin de 2016 comparativement celle de 2015 est la fermeté de la demande de grains.

Les cheptels porcins et bovins aux États-Unis ont connu une bonne croissance en 2016, la demande du côté de l’éthanol est très soutenue, la trituration de soya garde le cap et les exportations américaines de maïs et soya dépassent pour le moment la moyenne des dernières années.

La mèche est ainsi de plus en plus courte et il ne manque qu’une étincelle « météo », et les prix devraient alors bondir avec beaucoup plus de fermeté, possiblement à de nouveau record. Est-ce que 2017 sera l’année de ce changement important ? Disons simplement qu’après quatre années successives de très bonnes récoltes américaines, les probabilités de récoltes plus décevantes ont encore grimpé d’un cran pour 2017.

À tous, une excellente année 2017 !

Ne manquez pas l’occasion de venir assister aux conférences du Bulletin des Agriculteurs au Salon de l’Agriculture le 18 janvier prochain. Pour l’occasion, du côté des perspectives des marchés, je jetterai un coup d’œil sur ce qu’il faut surveiller en 2017. Nous regarderons aussi ce à quoi nous pouvons nous attendre comme 1ers objectifs de prix et comment bien se préparer pour tirer le maximum de ses ventes dans les prochains mois.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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