Trop pour moi!

Je ne suis pas chimiste, je suis agriculteur et j’utilise le mieux possible les produits que VOUS avez homologués

Cette semaine, je suis tombé sur un article qui parlait d’une recherche sur les teneurs en phosphore du glyphosate. Hein, quoi? Après une lecture rapide je constate que l’intéressé prétend qu’en appliquant du glyphosate on contribuait sans le savoir à la hausse des taux de phosphore dans nos sols. J’ai beau être innocent (selon certains), je ne vois pas comment appliquer 1700 ml de glyphosate sur 10 000 mètres carrés peut faire monter mes niveaux de phosphore. « Tsé quand on dit couper les cheveux en quatre. » Comment on peut perdre du temps et de l’argent pour sortir des énoncés aussi bidons. Hey, on parle de traces…si ça fait pas, mets une unité par hectare dans mon Paef et tout va être réglé.

Normalement, j’aurais pris ça avec un grain de sel en me disant « bon, un autre qui cherche un sujet accrocheur en culpabilisant le glyphosate. » Ça me chicote qu’à ma connaissance aucun agronome ou scientifique n’ait pris le temps de mettre les pendules à l’heure.  En fait, ce ne sera pas long, on va sûrement associer le coronavirus au glyphosate. Il n’en fallait pas plus pour « scrapper » la bonne nouvelle au sujet de la progression de mon dos qui me fait souffrir depuis déjà trop longtemps. Et me voilà qui redescend rapidement de Montréal pour arriver à temps à ma rencontre de bassin versant. C’était l’heure de notre bulletin 2019 sur la qualité de notre eau. En fait on a plusieurs petits bonhommes sourire ici et là qui soulignent de bonnes observations, mais sur notre bulletin on mérite un D. Hey, je n’ai jamais apprécié des notes D quand j’allais à l’école. Comment on peut faire pour progresser sur l’ensemble de notre bassin? C’est grand un bassin, j’ai l’impression que c’est comme si on me donnait la note normale de toute l’école au complet même si en fait j’aurais un B+.

On doit mieux mesurer nos progressions pour s’encourager mutuellement si on veut rassembler les agriculteurs autour d’un objectif commun d’amélioration. Et voilà qu’on se remet à parler du glyphosate…encore lui le coupable. Pourtant sur le tableau qu’on nous présente c’est le moins problématique pour la vie aquatique. Et voilà qu’on me parle de recherches contradictoires au sujet de ce produit…et de risques probables… Hey!!! Là, c’est trop pour moi! J’en ai mon voyage! C’est à vous de faire votre job! Je ne suis pas chimiste, je suis agriculteur et j’utilise le mieux possible les produits que VOUS avez homologués. C’est drôle la marihuana est un dossier controversé avec des risques probables, depuis que c’est légale est-ce qu’on accuse les utilisateurs?

Je pose des questions, je m’enflamme un peu, je me défoule, je fais perdre du temps au comité. Je reste poli même si mon discours et mon raisonnement sonnent fort. On prétend que c’est dangereux pour notre santé. Ça tourne dans ma tête, mais je n’ose pas dire qu’en fait les gens en général s’en foutent de notre santé d’agriculteur. Ça paraît pas présentement, mais le dos me brûle, j’ai les jambes engourdies, c’est irritant ce qui me rend irritable. Que je travaille 110 heures par semaine avec un dos en compote, qu’on soit la profession avec un des plus haut taux de détresse psychologique ou l’une des professions avec le plus haut taux d’accidents, les gens, en général, s’en balancent. Combien ça coûte! Je me suis excusé auprès de mon groupe et des personnes que j’ai quelque peu bombardées de questions. Je réalise qu’à force de se faire bombarder d’accusations mensongères, ici et là, ça fini par user. User psychologiquement, en plus de nous donner l’impression qu’il va nous manquer d’énergie pour bien réussir nos défis.

J’ai terminé mon défoulement en soirée pendant que ma conjointe me disait de baisser le ton et de faire attention aux mots employés pour ne pas réveiller petit Léo. Ouf! Je suis ok ce matin. Désolé d’avoir allongé la réunion et d’avoir allongé mon texte ce matin. Fallait que ça sorte. J’imagine que ça fait partie de notre profession d’agriculteur! :-)

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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