Un brin d’optimisme…

Plusieurs facteurs pointent vers des prix plus intéressants pour le marché

Suivant la publication du rapport mensuel du USDA de septembre, il y a plus d’une semaine, les marchés à Chicago auront eu le mérite de se montrer « un peu » plus fermes.

Ce rapport n’a en lui-même pas proposé de grandes surprises. Moins de rendements pour le maïs et le soya aux États-Unis, mais aussi moins de demande pour le maïs. Avec un peu plus de demande, les stocks américains de soya auront été par contre réduits plus que prévu, ce qui a été bien accueilli des marchés.

Articles connexes

automne, recolte de mais

La diffusion de ce rapport aura aussi concordé avec la reprise de discussions préliminaires entre les États-Unis et la Chine, ainsi que l’achat de volumes intéressants de soya américain par la Chine. Ceci aura contribué à dynamiser un peu plus le marché du soya à Chicago.

De tout ceci, je trouve pour ma part intéressant de croire que les chiffres des récoltes américaines puissent encore changer.

Bien sûr, on surveille de jour en jour le risque de gel, au Québec comme aux États-Unis. De ce côté, pas d’inquiétudes encore pour le moment. Nous n’avons certainement pas eu un mois de septembre très chaud, comme ce fût le cas à quelques reprises au cours des dernières années. Par contre, pas de gel hâtif non plus et rien encore à l’horizon pour menacer les cultures qui affichent toujours beaucoup de retard, au Québec comme aux États-Unis. Mais qui sait, les cultures pourront peut-être finalement s’en sortir et arriver à leur pleine maturité avant un premier gel. On se croise les doigts.

Le fait est cependant qu’avec cette très difficile saison 2019, il m’apparait toujours plausible de penser que les superficies récoltées ou les rendements déçoivent un peu plus aux États-Unis. Nous avons certainement déjà assisté à de bons ajustements à la baisse, donc on ne doit pas s’attendre à d’autres révisions importantes. Toutefois, la balle est dans le camp de récoltes américaines qui devraient s’amincir encore un peu. Nous devrions d’ailleurs avoir une meilleure lecture à ce sujet sous peu, en octobre, lorsque les batteuses rentreront dans le champ pour de bon.

Sauf qu’en attendant, considérant cette situation, les prix des grains auront eu le mérite de se montrer un peu plus intéressants. Normalement, nous atteignons nos creux saisonniers à la bourse à la fin octobre pour le maïs, et à la fin septembre pour le soya. Mais cette année, je commence à croire qu’ils pourraient déjà être atteints.

Je reste encore très prudent par contre concernant le marché du maïs. On sait déjà depuis un bon moment que la récolte américaine sera en baisse. Ce qu’on n’avait toutefois pas nécessairement vu venir de manière aussi prononcée est le ralentissement de la demande (… et des exportations) du côté américain. Ça brasse du côté de l’industrie de l’éthanol avec plusieurs points d’interrogation en suspens, et sur les marchés internationaux, les exportateurs américains se sont fait damer le pion par une forte compétition en provenance du Brésil.

À l’opposé, je commence à croire de plus en plus que le soya pourrait surprendre. Je reste toujours très sceptique, voire cynique, concernant un éventuel accord États-Unis et Chine. Bien sûr, un accord in extremis devrait certainement dynamiser le marché du soya. Mais à savoir quand, bonne chance…

Non, mon attention se porte plutôt vers l’Amérique du Sud où tranquillement, on s’inquiète de plus en plus de conditions beaucoup trop chaudes et sèches dans les principales régions de production au Brésil. Dans le sud, les ensemencements sont déjà en retard et on commence à envisager que ce sera le cas aussi dans les autres régions, spécialement le Mato Grosso, 1er État producteur de soya au Brésil.

Évidemment, certains diront que c’est encore tôt en saison là-bas pour s’inquiéter. C’est tout à fait vrai. Sauf qu’un premier stress météo a pris forme, et c’est exactement ce dont ont besoin les marchés pour ne pas laisser le marché du soya s’effriter davantage. Ensuite, si la mauvaise météo persiste au Brésil, et que la récolte américaine est réduite davantage cet automne, nous pourrions alors nous surprendre de voir le marché du soya grimper.

La partie n’est pas nécessairement gagnée d’avance pour autant, que ce soit pour le maïs comme le soya. Mais contrairement au début septembre dernier où les prix étaient en chute libre, on peut maintenant se permettre un brin d’optimisme…

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

Commentaires