Vendre ou non du soya pour l’an prochain

Jean-Philippe Boucher agr., MBA
Jean-Philippe Boucher agr., MBA

Présentement, plusieurs jonglent avec l’idée de produire et vendre du soya l’an prochain. Mais est-ce vraiment une bonne affaire ?

Si on se fit au ratio soya/maïs, celui-ci gravite pour la prochaine récolte (celle de 2014) autour de 3 depuis déjà plusieurs semaines. Autrement dit, selon ce ratio, la valeur du soya est le triple de celle du maïs. Pourquoi ?

Essentiellement, il s’agit d’une perception que contrairement au maïs, la situation dans le soya reste précaire. En fait, même si la récolte américaine aura été moins endommagée que prévu par la sècheresse du mois d’août dernier, les inventaires américains de l’année commerciale en cours (2013-14) demeurent serrés. Combinés à des ventes américaines à l’exportation de soya qui auront été jusqu’ici plus élevées que ne le suggèrent les dernières prévisions du USDA, ainsi qu’une demande soutenue de tourteau, les marchés demeurent donc nerveux. Cette situation se sera d’ailleurs reflétée non seulement sur le ratio soya/maïs, mais bien entendu directement sur le prix lui-même du soya qui cherche présentement à gagner davantage de terrain à la bourse.

Il y a donc effectivement place à se questionner sur l’intérêt de profiter ou non de cette situation pour déjà anticiper de produire et vendre du soya pour 2014. Mais, attention…

Les marchés demeurent très dynamiques et proactifs. C’est-à-dire que leur comportement actuel est le reflet de ce qu’ils perçoivent comme lecture des informations qu’ils ont sous la main. Elle pourrait cependant rapidement changer sur la base de certains éléments importants à garder à l’esprit :

  • Présentement, les semis et le début de saison en Amérique du Sud se veulent très prometteurs. À moins que les conditions tournent au vinaigre pour les cultures dans les prochaines semaines, ce qui n’est pas impossible bien entendu, le Brésil devrait récolter une production record de 88 millions de tonnes. De son côté, la récolte de l’Argentine ne sera pas un record, mais pas loin de l’être avec une production prévue de 53,5 millions de tonnes.
  • Après plusieurs années de prix exceptionnels dans le maïs qui aura incité les producteurs à forcer leurs rotations à l’avantage de cette culture, l’attrait financier actuel du soya pourrait maintenant en amener plus d’un à semer cette fois-ci d’importantes quantités de l’oléagineux et ce, que ce soit au Québec, comme dans le reste du Canada (Ontario…) et aux États-Unis.

S’il y a sentiment que la situation est actuellement serrée dans le soya, elle pourrait donc rapidement changer du tout au tout assez rapidement. Ceci est spécialement vrai si les conditions météorologiques demeurent de la partie dans un 1er temps en Amérique du Sud, puis par la suite en Amérique du Nord à partir du printemps prochain.

Est-ce dire qu’il vaut tout simplement mieux attendre encore avant de prendre des décisions par rapport au soya ? Pas nécessairement… L’opportunité semble bien réelle et des outils et méthodes de travail existent pour en profiter. Par exemple, il est déjà possible de réaliser des contrats à l’avance avec les acheteurs de soya. Pour ceux qui sont confortables avec l’idée de travailler avec les outils de la bourse, différentes stratégies de « protection » contre la baisse du prix du soya sont aussi envisageables. L’équipe de courtier de Scotia en donne d’ailleurs un bon exemple ici (Lettre sur l’agriculture du 25 novembre 2013).

Comme toujours, lorsqu’on pressent qu’une opportunité pourrait être disponible, il faut donc bien en mesurer les pour et les contres et décider d’agir ou non. Et, dans le cas qui nous intéresse ici avec le soya, il y a sans aucun doute quelque chose d’intéressant présentement dans le marché. Reste à savoir ensuite comment bien en profiter sans tout mettre ses œufs dans le même panier.

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ratio soya_mais

Le ratio soya/maïs consiste à diviser le prix à la bourse du soya par celui du maïs. Plus le résultat est élevé, plus il est “intéressant” de semer et vendre du soya. À l’inverse, si le ratio est faible, c’est plutôt le maïs qui est avantagé. À l’équilibre, on dit que le ratio s’établit généralement autour de 2,25-2,30. (Graphique – www.grainwiz.com)

 

 

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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