Bilan de 2020: Le maïs hâtif, un choix plus payant pour les producteurs

Le développement des épis de maïs, plus prometteur que lors de la Tournée des Grandes Cultures l'an dernier.

Non, la catastrophe n’a pas été celle que plusieurs ont craint pour le maïs, et ce, à différents moments de 2020. Les événements de cette année, mais aussi ceux de 2019 amènent toutefois plusieurs producteurs à réfléchir sur leur choix d’hybrides pour 2021 et sur la meilleure manière d’arriver à bon port au moment des récoltes.

Il s’avère en effet que les rendements de 2020 seront les meilleurs depuis quatre ans, soit 2016, relève Gilles Tremblay, agronome et conseiller grandes cultures au MAPAQ. « Les rendements estimés moyens pour 2020 devraient être de 10,1 tonnes à l’hectare. Les rendements des quarante dernières années sont allés en augmentant avec un sommet en 2016 à 10,6 tonnes à l’hectare. En 2017-2018 et 2019, les rendements ont eu tendance à diminuer. Ils ont été catastrophiques l’an dernier avec un rendement moyen de 8,9 tonnes à l’hectare. L’année 2020 devrait être bonne pour le maïs, autant au point de vue du rendement, de la qualité que du poids spécifique. »

La saison avait bien débuté avec du temps sec qui a permis de profiter de bonnes conditions et d’aller rapidement au champ. La situation s’est gâtée par la suite avec des gels en mai et une sécheresse qui s’est installée très tôt. Par contre, ce qui a nui le plus au maïs est le temps très chaud du printemps, avec une canicule dès la fin de mai. « Le temps sec n’aurait pas été si grave s’il avait fait froid. Les semis auraient bénéficié d’une certaine humidité du sol. Mais les mois de mai et de juin ont été très chaud et la mortalité a augmenté », signale l’agronome. Mais à quelque chose malheur est bon puisque les plants de maïs ont dû développer leur système racinaire en profondeur, ce qui leur a permis d’aller chercher les nutriments et les minéraux présents dans le sol.

La sécheresse a cependant eu un autre impact qui a été notable durant toute l’année, soit la grande variabilité dans la croissance des plants d’un champ à l’autre et parfois, dans le même champ. « Les gens ont travaillé le terrain, mais n’ont pas été capables de mettre le semis dans de la fraîche. La terre a peut-être aussi été trop travaillée, mais le manque d’eau est vraiment la principale raison que les plants aient été très variables cette année. » La présence de résidus au champ a peut-être augmenté l’irrégularité des semis, surtout pour ceux qui ont fait un « apprentissage involontaire » au semis direct. L’agronome rappelle qu’il faut au moins de trois à cinq ans pour maîtriser une nouvelle technique comme celle des semis direct.

M. Tremblay note que la floraison s’est bien déroulée ensuite grâce aux pluies tombées à partir de juillet. « En juillet le maïs s’est rétabli, mais le déficit hydrique a laissé des traces (…) ce qui a été perdu, on ne peut plus le regagner. »

Le gel du 20 septembre a ensuite fait craindre le pire. « Ça aurait pu être un énorme problème, comme en 2014 (qui a aussi enregistré un gel hâtif), mais comme le maïs avait emmagasiné beaucoup d’UTM à cause de la chaleur, 50% du maïs était déjà à maturité à cette date là. »

Quelques constats

À la lumière des résultats de 2020, aurait-il été possible d’éviter certains des problèmes connus cette année? Par exemple, aurait-il été préférable de semer plut tôt que tard? « Mon conseil est vraiment d’attendre de bonnes conditions pour faire les semis. On finit toujours par perdre au change si le sol est un peu trop humide, que ce soit en mode bio, conventionnel ou en semis direct. C’est ce qui a le plus d’impact sur le rendement », rappelle M. Tremblay.

Le débat est aussi relancé sur le type d’hybride à utiliser. Hâtif ou tardif? L’agronome s’est penché sur les résultats des trois dernières années. À la suite de ses observations, un constat s’impose. “En utilisant un hybride 2750, on se débrouille très bien, autant au niveau du rendement que du poids spécifique. Si on compare par exemple avec un 2800 et en récoltant dix jours plus tôt, on est gagnant sept fois sur dix. Pour le soya, c’est encore mieux, soit huit fois sur dix. (…) Pouvoir récolter de dix à 15 jours plus tôt, c’est un scénario de plus en plus intéressant. On réussit à diminuer son stress au moment des récoltes sans perdre de rendement.” Il note que l’intérêt pour le soya est encore plus grand de récolter tôt puisque plus la récolte tarde, plus les rendements sont affectés.

Malgré les changements climatiques, la prudence semble donc de mise, même si la saison culturale s’est prolongée dans les dernières années. « Les gens peuvent toujours jouer avec le choix des hybrides. En théorie, c’est toujours possible d’étirer l’élastique, mais dans le monde du vivant, il faut que ça se vérifie vraiment. Quand le scénario se répète quatre fois sur cinq, on tient quelque chose de sérieux. »

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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