Blé d’hiver : le billon à la rescousse

Les 80 acres de la Ferme Bograin ont très bien traversé l’hiver. Ces producteurs croient que leurs billons y sont pour quelque chose

Il y a des hivers dont le blé ne peut pas sortir indemne. Après quelques hivers plutôt favorables, celui qui vient de s’achever a fait la vie dure au blé (et aux prairies d’ailleurs). C’est le cas, entre autres, dans le Centre-du Québec. D’où notre surprise, début mai, d’apercevoir à Saint-Germain-de-Grantham, près de Drummondville, ce champ qui formait une tache verte éclatante dans un environnement uniformément brun beige.

La parcelle de 80 acres appartient à la Ferme Bograin. Martin Bourgeault, qui en est copropriétaire avec son père, se dit agréablement surpris de sa condition. «Il paraît que le blé se fait détruire une fois sur cinq, dit celui qui en est seulement à sa deuxième année de blé d’automne. Si celui-ci a passé au travers cette année, je me dis que peut-être on réussira cinq années sur cinq!»

«Je dirais que la perte dans ce champ est d’environ 10 %, indique-t-il. En fait, elle est due principalement au fait qu’une partie du champ a été inondée quand il y a eu un embâcle dans le petit cours d’eau qui passe à côté.»

Le producteur croit que le fait qu’il cultive son blé sur billons, comme d’ailleurs tous ses autres champs, a pu faire la différence. «Les billons donnent une chance au blé quand il se forme de la glace puisque celle-ci tend à s’accumuler dans l’entre-rang», dit-il, tout en précisant que le billon a la forme d’un trapèze, ce qui permet d’y semer quatre rangs espacés de six pouces avec un entre-rang de douze pouces.

«Comme nous cultivons sur billons depuis plusieurs années, ajoute-t-il, nous avons aussi appris à faire notre nivellement de surface différemment. Nous nous assurons que l’eau s’évacue de façon longitudinale avec une pente continue. S’il est impossible de conserver une pente minimale, nous fabriquons une rigole d’interception pour diriger l’eau vers un avaloir.»

Un producteur qui ne cultive pas sur billons pourrait-il s’inspirer de cette technique? «Peut-être, croit Martin Bourgeault. J’ai vu quelque part qu’un producteur se servait des disques arrière de son décompacteur – un DMI- pour créer des ondulations dans son champ. Ces ondulations aident à concentrer l’eau entre les rangs. Les dents vrillées d’un chisel donneraient le même résultat, je pense.»

Le résident de Saint-Germain-de-Grantham demeure tout de même conscient qu’après seulement deux années d’essais, il est encore trop tôt pour crier victoire. C’est pourquoi il a préparé un plan B au cas où son blé serait détruit. «Ce ne serait pas une grande perte, explique-t-il. Mon coût de semence est faible puisque je resème mon propre blé. Je planterais du maïs et le blé aurait alors servi d’engrais vert.»

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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