Changer d’hybride ou pas cette année?

La question se pose avec la météo défavorable des dernières semaines

Avec un scénario de pluie-froid qui tourne en boucle depuis le début du printemps, rares sont les producteurs qui ont eu la chance de semer ou même d’entrer dans les champs. La patience est toujours de mise habituellement dans ces circonstances et le conseil revient aussi de la part des agronomes. En règle général, il est toujours possible de semer son hybride de maïs jusqu’au 25 mai si celui-ci correspond aux UTM de la région. Mais avec le sol froid et humide de cette année, avons-nous atteint un point limite?

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Gilles Corno, agronome pour Semences Pride dans la région de Saint-Hyacinthe, pointe deux éléments essentiels à bien saisir dans son processus de décision, dans le cadre de cette saison “hors nomes”, dit-il, particulièrement difficile dans le sud de la province. “Des recherches dans les dernières années ont démontré que les hybrides de maïs disposaient d’une certaine adaptabilité par rapport à leur date de semis. Il est question d’un gain net de 10 jours quant à leur atteinte à la maturité (le point noir). Et ce n’est pas seulement une étude mais plusieurs qui le démontrent”.

L’agronome illustre également qu’il faut se fier cette année au calendrier agronomique plutôt que le calendrier numérique. “Regardez les arbres: les bourgeons des arbres viennent à peine de sortir. On est en retard cette année d’environ 10 jours. Alors si on avait l’habitude de semer le 20 mai avec son hybride 2900 et que tout allait bien, on peut aller cette année jusqu’au 30 mai. Il y a un délai cette année et il faut le considérer”.

En plus des fenêtres de beaux temps difficiles a obtenir cette année, il faut compter sur le temps froid qui tarde à réchauffer les sols imbibés d’eau. Malgré les conditions défavorables, le modus operandi doit demeurer le même quand vient le temps de semer le maïs, soit une température de 10 degrés Celsius du sol, avec un sol suffisamment sec. La profondeur de semis doit aussi être respectée à 2 pouces du sol. “Un semis à 1 pouce et trois-quart peut pardonner mais cette profondeur est primordiale pour que le maïs puisse développer un bon système racinaire. Il faut respecter les sols, ce sont eux qui priment”.

Malgré toute la patience du monde, il sera permis de se poser de sérieuses questions si rien n’est encore semé passé le 31 mai. Tout dépendra alors des conditions des sols qui seront alors plus chauds. Il est permis de croire que le démarrage des plants se fera rapidement à cette datte puisque la chaleur devrait aussi être présente. Le développement des cultures dépendra aussi d’une autre inconnue, soit l’allure que prendra l’automne. Si l’automne 2018 n’est pas de bon augure, celui de 2017 a permis de sauver la saison. En tenant compte de ces variables,  des hybrides  2900 et 2800 début juin seraient toujours recommandés, peut-être même 2700, toujours en considérant  la zone selon laquelle l’hybride est classé et son usage habituel, mais M.Corno n’irait pas plus bas.

Interrogé à savoir s’il se rappelait un début de saison pareil, le représentant de Semences Pride admet que le printemps 2019 est hors normes. “On s’enligne pour avoir 80% du maïs non semé en juin, c’est presque du jamais vu”. Il se souvient toutefois que 2006 avait offert des conditions à ce point difficiles que des producteurs avaient dû resemer non pas une, mais deux fois. Travailler un sol humide cause plus de problèmes qu’il n’en règle, rappelle t-il, dont l’apparition de champignons.

L’agronome a bon espoir cependant de ne pas voir l’histoire se répéter. Les champs sont mieux drainés, fertilisés et entretenus qu’il y a 13 ans. La machinerie est également plus performante et plus précise. Et les connaissances ont également évolués. Dans le doute, il est toujours aussi possible de consulter son agronome, fait valoir Gilles Corno. Et il faut rester rationnel dans ses décisions qui ont été mûrement réfléchies au préalable.

“Il faut demeurer observateur et prudent. Si la nature nous pousse dans cette direction, elle a peut-être raison de le faire. Il faut arrêter de regarder la date!”

 

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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