Comment améliorer le bilan carbone des sols québécois

Voici quelques pratiques pour améliorer le bilan carbone des entreprises agricoles québécoises

Les changements climatiques sont indéniables et le monde agricole devra contribuer à la réduction des gaz à effet de serre. La séquestration du carbone est un des moyens pour améliorer le bilan carbone des entreprises agricoles québécoises, mais comment?

État de la situation au Québec

Variation de la teneur en carbone organique du sol (en kilogramme par hectare par année) au Canada en 2011. Source : Agriculture et Agroalimentaire Canada.

La figure ci-dessus, produite par Agriculture et Agroalimentaire Canada, démontre la variation de la concentration de carbone organique dans le sol au cours de l’année 2011. On peut constater que les sols de l’est du Canada émettent du carbone au lieu d’en séquestrer, contrairement aux sols dans l’Ouest canadien. Cette perte de matière organique n’entraîne pas uniquement une augmentation des émissions de CO2, mais réduit également la fertilité des sols et leur résilience à la sécheresse. L’agriculture québécoise a donc un fort potentiel d’amélioration par rapport aux provinces de l’Ouest. Voici donc quelques pratiques permettant de rattraper le retard.

Travail du sol réduit

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Une des raisons expliquant la bonne performance des provinces des Prairies par rapport à la séquestration du carbone est l’abandon de la mise en jachère et du travail intensif du sol au cours des 30 dernières années. Ces deux pratiques sont des facteurs importants favorisant les émissions de carbone. L’absence de travail du sol permet d’améliorer la stabilité des agrégats et la proportion de micropores dans le sol, ce qui ralentit la décomposition de la matière organique en surface dans le sol et l’augmente du même coup.

Conserver ou incorporer les résidus de culture au sol

La conservation ou l’incorporation de la paille ou des résidus de céréale a pour effet d’améliorer la structure du sol, améliorer la rétention de l’eau et réduire les risques d’érosion. Aussi, cette pratique peut améliorer le statut nutritif du sol. Par contre, l’effet de cette pratique sur la séquestration du carbone peut varier. Il peut aller de positif à nul en fonction des quantités et de la qualité des résidus de cultures retournés au sol, du climat et de la texture du sol.

Gestion de la fertilisation des sols

L’utilisation de fumier d’élevage, d’engrais vert, de compost, de biosolides et de résidus de culture représente une source directe de carbone pour le sol et de nutriments pour les plantes. D’ailleurs, il a été démontré que l’utilisation de compost et de biosolides, possédant du carbone organique plus stable, permet d’augmenter plus rapidement la matière organique du sol comparativement aux engrais verts et aux fumiers. Bien que l’utilisation en trop grande quantité de fertilisant azoté puisse diminuer le pH du sol, une gestion intégrée de la fertilisation des cultures (inorganique et/ou organique) a pour effet de stimuler la photosynthèse et le développement de biomasse aérienne et souterraine et aussi d’augmenter la matière organique du sol.

Meilleure rotation des cultures

L’autre raison expliquant le bilan négatif en matière de séquestration du carbone au Québec et en Ontario est l’abandon des cultures vivaces (plante fourragère) et le remplacement par des cultures annuelles. Certaines cultures annuelles, comme le soya et la pomme de terre, retournent très peu de résidus au sol et conduisent à des pertes de carbone et de matière organique. Elles se font en plus en conditions de travail intensif du sol avec labour notamment et sarclage mécanique des mauvaises herbes. L’intégration de cultures vivaces et de cultures intercalaires a démontré des effets positifs sur la séquestration du carbone.

Agroforesterie

Durant de nombreuses années, les producteurs agricoles ont éliminé les arbres de leurs prairies pour agrandir leur superficie en culture et améliorer l’efficacité du travail. Par contre, il est maintenant démontré que l’agroforesterie ou encore l’utilisation de haie brise-vent a des effets positifs, car elle permet d’augmenter la séquestration du carbone par hectare, de réduire l’érosion éolienne des sols et d’augmenter la longévité des prairies de luzerne et la survie des céréales d’automne durant l’hiver. À noter que des aides financières sont disponibles pour implanter des haies brise-vent sur les fermes.

L’intégration d’élevage et de culture commerciale

L’intégration d’élevage de bétail aux cultures de céréale a plusieurs avantages pour la séquestration et la réduction des émissions de carbone. Dans un premier temps, l’utilisation de cultures produites à la ferme pour nourrir le bétail réduit le coût des importations d’aliments. Les fumiers générés par le bétail peuvent constituer une source primaire de nutriments pour la production agricole. Sans oublier que l’élevage de ruminants encourage la culture de plantes fourragères pérennes comme les légumineuses.

La beauté de l’agriculture québécoise est sa diversité, mais cette diversité représente aussi un grand enjeu. Étant donné que chaque ferme est unique, il est important de trouver une solution adaptée à chaque situation pour s’assurer de son implantation. Ainsi, les solutions doivent avoir une perspective globale de l’entreprise. Pour arriver à cette fin, de bons outils d’aide à la décision sont nécessaires.

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à propos de l'auteur

Collaborateur

Ayant complété son doctorat en sciences animales et étant copropriétaire de la ferme sur laquelle il a grandi, Maxime Leduc est pleinement conscient de la réalité des agriculteurs, en particulier des difficultés qu'ils rencontrent. Il souhaite fournir aux producteurs des outils adaptés et efficaces qui favoriseront la croissance de leur entreprise.

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