Des drains et des hommes

Toute médaille a son revers. Si le mauvais temps empêche de débuter les travaux de semis, il offre toutefois une excellente occasion de faire le point sur le système de drainage des champs et de son efficacité. « C’est une bonne année pour faire ce type d’observation », confirme l’agronome Valérie Bouthillier-Grenier, spécialisée en drainage souterrain. « Avec le débit d’eau actuel, c’est le temps de faire une inspection visuelle pour voir si le système de drainage ne serait pas bloqué ».

Ce qu’il faut surveiller? Si le drain coule avec un bon débit et si l’eau s’écoule par la sortie. L’agronome recommande aussi d’observer les patterns d’assèchement des champs et l’apparition d’accumulation d’eau en surface, une indication que des travaux seront nécessaires pour niveler le terrain. L’observation de la survie des plantations automnales et des luzernières est également un moyen d’évaluer l’efficacité du système en place.

La vitesse d’assèchement des champs pourrait aussi être un indice de problème éventuel. Si le champ semble prendre plus de temps à changer de couleur par rapport aux terres voisines, il faut se poser des questions. Est-ce que l’égouttement de surface est adéquat?

« Ce qu’on veut, c’est que ça sèche le plus vite possible. Le plus vite sera le mieux. La récurrence de problèmes dans un endroit peut signaler qu’il y a un problème ».

Après l’inspection, diverses solutions se présentent comme redrainer, nettoyer et déboucher les drains bloqués. Le temps est aussi tout indiqué pour repérer les sorties de drains et les identifier avec un appareil GPS, avant que la végétation ne cache leur emplacement. En bonus, on peut de plus observer si l’érosion occasionne un décrochement des berges, une situation assez facile à repérer en suivant le chemin fait par l’eau. Un problème d’érosion va d’ailleurs miner par le fond les cours d’eau.

Dans la situation actuelle, Mme Bouthillier-Grenier ne s’attend pas à ce que les champs soient prêts rapidement. En Montérégie, avec du soleil et du vent, quatre jours de beau temps pourraient être nécessaire avant d’entrer dans les champs. « Tout dépend de la température et du vent. Mais ça ne sera jamais assez vite, c’est sûr ».

Un système de drainage bien fait et bien installé devrait faire le travail, même après plusieurs années. Un printemps comme celui qu’on connaît confirme selon l’agronome la nécessité de drainer, un coût minime si on compare la valeur des terres à l’heure actuelle. Les drains sont utiles tout au long de l’année. Les coups de pluie de plus en plus fréquents en été en sont un bon exemple. « Ce n’est pas un caprice. Il y a encore des sceptiques qui pensent qu’une bonne quantité de vie dans le sol va faire le travail. Si ça ne marche pas, on redraine, c’est aussi simple que ça. ».

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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