Du maïs aux 60 pouces

L’idée n’est peut-être pas aussi farfelue qu’il n’y paraît. Un groupe de producteurs la met à l’essai

On cultive traditionnellement le maïs avec un espacement de 30 pouces entre les rangs. Ces dernières années, certains producteurs ont réduit l’espacement à 20 pouces. Quelques audacieux ont même baissé à 15 pouces!

Voilà qu’un groupe de producteurs tout aussi audacieux est parti en direction contraire et teste le maïs à 60 pouces d’écartement. Sébastien Angers, de Sainte-Monique et Jean-Francois Messier, de Saint-Césaire ont formé une «cellule d’innovation» avec d’autres producteurs. Le groupe s’est adjoint les services d’agronomes ainsi que d’organisations actives en R&D.

En plantant le maïs aux 60 pouces (ou 150 cm), l’idée est d’en profiter pour cultiver des intercalaires, qu’il s’agisse de plantes de couverture ou de cultures commerciales. À vrai dire, l’idée n’est pas tout à fait nouvelle. Quelques producteurs américains en ont fait l’essai ces dernières années.

«On espère en retirer plusieurs avantages, indique Pierre Rémillard, chargé de projet en recherches et innovations chez Agrinova, une des organisations associées à la cellule. Comme elles disposent de beaucoup de lumière, les plantes intercalaires se développeront mieux que sous un espacement de 30 pouces et cela augmentera l’apport d’azote pour la culture de l’année suivante. Dans le même esprit, les racines des plantes de couverture auront un meilleur effet sur la structure du sol. De plus, le retour en carbone sera intéressant, en particulier en carbone labile, c’est-à-dire le carbone rapidement disponible pour les microorganismes du sol.»

«Notre hypothèse de travail, poursuit l’agronome, c’est que ces effets combinés se traduiront par une hausse de rendement des cultures les années subséquentes.»

Évidemment, la grande question, c’est de savoir quel rendement on peut atteindre avec du maïs aux 60 pouces. Comme les plants reçoivent davantage de lumière, il est logique de penser qu’ils se développeront davantage. Va-t-on atteindre ou à tout le moins se rapprocher du rendement aux 30 pouces? Précisons que les producteurs augmentent la densité des grains sur le rang, allant jusqu’à la doubler quand leur planteur le permet.

En 2019, un seul des six producteurs où des parcelles ont été aménagées a obtenu un rendement égal aux 60 pouces et aux 30 pouces. Il s’agit d’un producteur biologique du sud de Montréal qui a mesuré 9,5 tonnes à l’hectare à 14,5% m.s., ce qui est quand même impressionnant. Les autres producteurs rapportent plutôt une baisse moyenne de rendement de 20%. En théorie, il faudrait donc une hausse de 20% l’année suivante pour compenser. La marche est haute!

Une seule année d’essai ne suffit toutefois pas pour tirer une conclusion. Et le groupe est loin de jeter la serviette. Car si un producteur a réussi à maintenir son rendement, cela permet de croire que la technique présente un potentiel intéressant.

«Il faudra plusieurs années pour se faire une bonne idée du potentiel de rendement, estime Pierre Rémillard. Plusieurs éléments doivent être examinés. Par exemple, on veut vérifier quels hybrides répondent le mieux à la méthode. On a des indices à l’effet qu’ils ne réagissent pas tous de la même façon.» Il reste aussi du travail à faire en ce qui a trait à l’uniformité du semis de maïs, au positionnement de l’engrais et au contrôle des mauvaises herbes. «Les mauvaises herbes constituent un gros défi, déclare-t-il. En particulier les annuelles. Elles profitent beaucoup de toute cette lumière. Le mot d’ordre actuel, c’est de semer les intercalaires en même temps que le maïs et de choisir des espèces qui profiteront pleinement de la lumière.»

Si l’on fait actuellement les tests avec des plantes de couverture, la méthode ouvre la porte à d’autres possibilités. Ainsi, en intercalaire, on pourrait opter pour une deuxième culture commerciale. «Personnellement, confie l’agronome, j’aimerais bien tester un scénario où l’on sèmerait entre des rangs de maïs ensilage des plantes fourragères qu’on récolterait en même temps que le maïs.»

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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