Le mot d’ordre ce printemps est “vigilance” dans les champs

Les conditions de semis difficiles seront proprices à plusieurs problèmes dans les champs

Les difficultés se poursuivent en cette saison de semis. Bien que les situations soient particulières d’un endroit à l’autre, il est acquis que des semis de maïs se termineront en juin, ce qui est sans parler des semis de soyas qui sont dans certains cas à leur tout début. La Financière agricole a d’ailleurs annoncé la prorogation des dates de semis pour plusieurs cultures et régions. C’est le cas  du blé et du maïs-grain dans les grandes cultures. La date limite est repoussée au 5 juin, plus précisément pour les hybrides de 2450 UTM et plus dans le cas du maïs.Dans son dernier rapport, la Financière indique que seulement 39% du maïs était semé en date du 28 mai et 16% du soya.

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Jeunes plants de maïs.

En plus des semis difficiles, les conditions qui ont retardé les travaux demeurent toujours présentes. La pluie et le froid retardent l’émergence des cultures et les plants qui pointent sont déjà hypothéqués. Dans l’hypothèse d’un été froid et mouillé (comme le prévoit Météomédia) les conditions sont réunies pour assister à une éclosion de problèmes, en passant des maladies aux insectes. Certaines précautions seront à prendre pour essayer de prévenir ou encore contrôler ce qui pourrait apparaître dans les champs.

Le mot d’ordre pour cette année semble “adaptation”, que ce soit dans le choix de l’hybride, du taux et date de semis, ou encore des pratiques communes telles que les pulvérisations pour les phytosanitaires. Lysanne Émond, agronome et représentante de Corteva pour le Québec le constate aussi; ce printemps n’a rien de normal. “C’est très éclectique d’un champ à l’autre, d’un producteur à l’autre. Un des enjeux pourrait être à ce moment-ci le contrôle des mauvaises herbes. S’il le faut, on revoit ses plans d’intervention. On revient à la base qui est de contrôler la compétition dans le champ en mélangeant plusieurs herbicides si ça s’applique encore. Et si on n’a pas pu faire les applications en pré-levée, on y va en post-levée.”

La combinaison de pluie et couvert nuageux pourrait aussi être propice à l’apparition de maladies fongiques, surtout pour les céréales. Les maladies foliaires pourraient faire également leur apparition. Une application deux en un, fongicide et herbicide, pourrait être la solution.

Pour ce qui reste à semer, il faut continuer à observer ce qui se passe sur le terrain et agir en conséquence. Augmenter le taux de semis du soya et resserrer les rangs dans le cas du soya est une alternative en ce moment, puisque le soya répond surtout à la luminosité, fait remarquer Mme Émond. Dans le cas du maïs, la question de l’hybride plutôt que l’augmentation de la population se pose. “Plus on avance dans le calendrier, plus il devrait faire chaud, donc il n’est pas nécessaire de d’augmenter le taux de semis.”

Le cas des insectes est plus difficile à prévoir puisque les dernières années ont apporté leur lot de prédateurs. Le ver occidental du haricot pourrait être à surveiller, ainsi que le ver-gris noir dont les captures sont importantes pour ce temps de l’année. “Il faut installer des pièges et utiliser des ressources pour l’identification, comme proposé par le Réseau d’avertissement phytosanitaire”, recommande Mme Émond. Une étude de la Iowa State University souligne d’ailleurs que les relevés et observations faits dans les années précédentes pour chaque champ pourraient permettre d’anticiper les problèmes.

Il est important, rappelle l’agronome, de suivre l’évolution des champs. Puisque la saison et par conséquent les travaux sont décalés cette année, il ne faut pas se fier à la date et aux interventions faites dans les années précédentes. Et surtout, il faut aller marcher les champs pour observer encore plus étroitement l’évolution sur le terrain. “Le but reste le même: on doit garder le cap sur de bons rendements”. Selon la même étude américaine, les inspections seront plus importantes que jamais en 2019.

Tout n’est toutefois pas perdu pour cet été. Si Météomédia a prévu des conditions plus froides et davantage de précipitations, deux organismes misent plutôt pour de la chaleur au Québec. C’est le cas de la National Oceanic and Athmospheric Association des États-Unis et du média Accuweather. Pour les mois de juin, juillet et août, le mercure devrait monter au-dessus des normales de saison alors que les précipitations prendront le chemin inverse. Le responsable en serait les vents dominants de l’ouest qui apporteraient du temps chaud et sec, en plus du soleil. Il faudra par contre patienter encore jusqu’à la mi-juin avant de voir du temps plus sec dans la province.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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