Nouveau livre sur les indésirables en agriculture

Les agriculteurs en savent un rayon sur les plantes indésirables ou les mauvaises herbes mais le biologiste Claude Lavoie propose un livre destiné autant aux spécialistes qu’au grand public avec un volume intitulé 50 plantes envahissantes: protéger la nature et l’agriculture. Le livre aborde la physiologie des plantes, leur habitat et les moyens de les combattre, le tout accompagné de cartes qui répertorient les territoires qu’elles occupent au Québec, ainsi qu’en Ontario et dans les Maritimes.

Pour M.Lavoie, il était évident que le livre devait s’intéresser aux plantes présentes en agriculture. En plus de comprendre le contexte agricole pour avoir passé plusieurs années sur une ferme laitière, 85% des plantes qu’on retrouve dans les champs sont en fait des plantes exotiques qui ont toutes les caractéristiques associées aux plantes envahissantes. Le chercheur a d’ailleurs joué avec l’idée de donner comme titre à son livre les 50 plantes nuisibles; sur le total des plantes explorées, 29 d’entre-elles concernent l’agriculture. Et bien que les impacts pour toutes les mauvaises herbes n’aient pas été étudié, il est clair qu’elles affectent le rendement, dans certains cas jusqu’à 50 à 90%.

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Jeunes plants de maïs.

Parmi les plantes explorées se retrouvent entre autres le roseau commun (ou phragmite), la petite et grande herbe à poux, l’amaranthe à racines rouges, la folle avoine, le chénopode blanc ou la sétaire glauque. M.Lavoie explore les impacts de ces plantes et les divers moyens de les contrôler, comprenant les herbicides, le tout étayé par des faits et des références qui ont été vigoureusement vérifiés, tient à préciser le professeur. Celui qui est fréquemment consultés par les municipalités sur les moyens de contrôler les plantes envahissantes s’interroge toutefois  sur l’efficacité de certains moyens et du phénomène de résistance. “J’ai répertorié dans le cas de l’herbe à poux plus de 600 produits pour l’éradiquer. C’est un indicateur assez clair de l’ampleur du problème”.

En plus des coûts entrainés par la perte de rendement, la lute aux mauvaises herbes en est une qui coûte cher au producteur en produits, matériel et carburant. Avec près de 70% des coûts en phytosanitaire reliés aux mauvaises herbes, l’impact financier est énorme, sans compter les impacts sur l’environnement. Le biologiste salue l’apport des herbicides mais en questionne leur usage à grande échelle. “Un taux d’éradication à 90%, est-ce vraiment nécessaire? La réponse est non mais c’est ce qu’ils (les agriculteurs) veulent. Ce n’est pas un jugement de valeur sur les herbicides. Je rapporte tout simplement les faits.”

Claude Lavoie déplore d’ailleurs que les impacts des mauvaises herbes sur les cultures soient peu étudiés. Les seules études qu’il a pu trouver datent des années 80 et 90. “Il y a des recherches pour le centre des États-Unis mais pour l’Est de l’Amérique du Nord, il n’y a pas beaucoup de chiffres.”

Le chercheur aimerait que son livre puisse servir de pont entre des secteurs de l’étude de l’environnement et des sols, les malherbologues et les agronomes, qui travaillent trop souvent selon lui en vase clos. Il cite entre autre le projet sur la revitalisation des terres noires qui veut utiliser certaines plantes comme engrais verts. Il y a des précautions à prendre selon lui pour éviter une propagation de plantes potentiellement envahissantes.

Il souhaite aussi que les intervenants en agriculture repensent leur vision malheureusement campée trop souvent dans une position, le bio versus le conventionnel. Selon lui, il y a de place pour les deux et chacun peut profiter de l’autre, ce qui est aussi vrai pour une diversification des cultures. On pourrait par exemple profiter de l’adaptabilité du roseau pour le cultiver et le vendre à l’étranger où cette fibre est en forte demande pour son usage en chaume.

La clef dans le contrôle demeure toutefois la prévention. La prolifération de la grande herbe à poux dans le Midwest américain en est un bon exemple.

Et pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus, Claude Lavoie donnera des webinaires en association avec le CRAAQ sur le roseau commun, la renoué du Japon et l’alpiste roseau.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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