Pas de solution facile à la pénurie de foin

La rareté du foin est plus criante que jamais et les problèmes pourraient prendre des années à se résorber

Le MAPAQ et le ministère fédéral de l’Agriculture annonçaient plus tôt en février un supplément d’aide de 12 millions de dollars, destinés aux producteurs aux prises avec une pénurie de foin causée par la sécheresse de l’été dernier.

Si le coup de main soulagera bon nombre de producteurs qui ont dû dépenser plus que prévu pour mettre la main sur des fourrages, l’aide ne permettra pas de combler les besoins actuels puisque du foin, il n’y en a plus, ou à des prix très élevés.

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Coupe de foin

« On a eu une rencontre la semaine dernière des commerçants de foin au Forum québécois du foin commercial. Quelqu’un  a demandé si un d’entre nous avait du foin à vendre. La réponse est non.  Le foin qui reste est déjà vendu », indique Germain Lefebvre, commerçant de foin et ancien directeur du Conseil québécois des plantes fourragères (CQPF). « C’est clair qu’on n’est pas capable de fournir à la demande ».

Même son de cloche du côté d’Éric Desrosiers, également commerçant. « Plus ça va aller, plus on va en manquer ».

Les commerçants sont dans certains cas en déficit de 20 000 ou 30 000 balles de foin. L’Ontario, qui a connu une meilleure saison que le Québec pour les cultures fourragères et qui en cultive aussi davantage, a déjà été ratissé de long en large.

La saison 2018 a été difficile pour le foin au Québec. Certains producteurs ont dû passer leur tour à la 2e coupe par manque de fourrage.  Les granges seront vides au printemps ou le sont déjà, avance M. Lefebvre. D’autres ont dû faire preuve d’imagination et modifier leur ration, ou encore acheter de l’ensilage de maïs. Le commerçant s’attend même à ce que certains vendent des animaux.

L’autre solution est d’avancer l’argent pour une denrée qui se vend à prix d’or, une réalité qui ne plait pas à tous, mais sur laquelle les commerçants ont peu de marge de manœuvre. Le foin est difficile à entreposer à long terme et dans le cas d’une pénurie pas seulement locale, mais internationale, tout le monde manque de foin. M. Desrosiers vend son foin 15% plus cher que l’an dernier, mais aurait besoin de 40% plus de foin pour satisfaire la demande.

Plusieurs défis à relever pour les fourrages

L’autre question de l’heure concerne les conditions des prairies après un hiver particulièrement rude. Le Centre-du-Québec et l’Est ont reçu un bon couvert de neige tandis que les prairies dans le sud reposent sous un épais couvert de glace. « Le prochain challenge sera de voir comment les prairies seront endommagées (…) Ça pourrait être très serré au printemps pour certains producteurs. Et est-ce qu’on aura refait l’inventaire de la prochaine année en juillet? Je ne crois pas », avance M. Desrosiers.

Le CQPF plaide depuis plusieurs années pour un retour de la culture fourragère dans la province. Selon M. Lefebvre, les superficies de prairies ont reculé de 15% depuis les années 2000. « C’est ce qu’on répète depuis plusieurs années. À force d’étirer l’élastique, on va se retrouver avec un gros nœud. Comme on dit, pour en avoir assez, il faut en avoir trop ».

Éric Desrosiers approuve aussi un meilleur équilibre entre les grandes cultures et les cultures fourragères, tout en plaidant pour de meilleurs soins prodigués aux prairies, même devant les changements climatiques. « C’est plus dans la façon qu’on a de cultiver les plantes qui fait une différence que dans les espèces. Si le sol est en santé, les plantes vont mieux réagir ».

Un programme du MAPAQ pourrait redonner le goût de faire du foin, indique le commerçant. Le protocole étudié proposerait aux producteurs de grandes cultures de louer leurs terres à des producteurs laitiers afin qu’ils puissent produire du foin. Le programme ne serait pas suffisamment fignolé pour la présente saison, mais pourrait être disponible en 2020.

Germain Lefebvre avertit qu’il faudra des solutions à long terme. Des producteurs de grains pourraient être tentés de profiter du prix du foin et en cultiver quelques années. « Ce n’est pas une question de deux ou trois ans. Il faudra revenir à un équilibre et ajouter des terres en prairies pour régler le problème de pénurie  ».

Tout ça est sans parler des mesures utilisées pour peser le foin, ou encore la qualité et le type de foin vendu, que ce soit entre commerçants, producteurs laitier et le gouvernement. Bref, on n’a pas fini de parler de foin.

 

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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