Un projet canadien de transformation du soya voit le jour

Prograin fait partie du conglomérat qui compte ouvrir une usine au coût de 27 M$.

Un projet canadien de transformation du soya voit le jour

Plusieurs entreprises de l’industrie canadienne du soya s’associent en vue de construire d’ici l’année prochaine une usine d’ingrédients protéiniques à partir de soya cultivé au pays. Il s’agit de la première usine de production d’isolat ou de concentré de protéines de soya au Canada. Le but est de répondre à la demande croissante de produits protéiques à base de plantes d’étiquette épurée, ici et au niveau mondial.

Parmi les partenaires se trouve la société québécoise Prograin qui se joint au projet estimé à 27,3 M$. Canada Protein Ingredients – Ingrédients Protéiques du Canada (CPI-IPC), DJ Hendrick International, Agrocorp Processing et Synthesis Network sont les autres partenaires de l’initiative.

L’emplacement de l’usine est encore à déterminer, mais elle devrait débuter ses activités dans les 18 prochains mois, selon le communiqué de presse.

Le but du projet est « de développer et de commercialiser des ingrédients protéiques de soya de haute qualité et non génétiquement modifiés qui sont fabriqués au Canada ». Le rôle de Prograin sera justement de développer et de mettre à l’essai de nouvelles variétés de soya non génétiquement modifiées.

Canada Protein Ingredients (CPI-IPC) transformera les récoltes dans l’usine projetée. Une fois achevée, l’usine commerciale devrait transformer 25 000 Mt de cultures par an, avec la possibilité d’augmenter la capacité et de transformer d’autres cultures.

« Il n’existe actuellement aucune capacité de production d’isolat ou de concentré de protéines de soya au Canada, bien que le soya soit une culture importante pour les agriculteurs, indique  Jim Millington, PDG de CPI . CPI est prêt à commercialiser la science canadienne, à transformer davantage le soya canadien et à répondre à un marché mondial avide de protéines à base de plantes. »

« Le procédé de CPI-IPC offre la possibilité de commercialiser les ingrédients alimentaires "faits au Canada" – et pas seulement le grain entier. La transformation à plus grande échelle au Canada était l’un des éléments essentiels du rapport Barton publié en 2016 », a pour sa part déclaré Alain Létourneau, PDG de Prograin.

Parmi les 27,3 M$ du projet, environ 20 M$ provient de CPI-IPC et des membres du consortium, auquel s’ajoute 7,3 M$ de Protein Industries Canada. Celui-ci est un organisme sans but lucratif dirigé par l’industrie et l’une des cinq supergrappes d’innovation du Canada. Il a pour but de « positionner le Canada comme une source mondiale de protéines végétales et de coproduits à base végétale de haute qualité ».

La ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire Marie-Claude Bibeau a présenté l’annonce comme « une première étape importante dans la commercialisation de nouveaux produits du soya intéressants cultivés au Canada ».

Une demande grandissante

En entrevue, Alain Létourneau explique que le projet vise à répondre à la demande grandissante pour les produits de protéines végétales à base de soya. Surtout qu'en ce moment, les sociétés utilisant ce type de protéines doivent se tourner vers d'autres marchés puisqu'aucune usine de ce genre n'est en activité au Canada, à l'exception de celles transformant les pois. "Il y a un manque de protéines de soya en ce moment. C'est un produit très en demande". À ce chapitre, il souligne que l'Amérique du Nord est décalé de quelques années par rapport à l'Europe. .

M.Létourneau fait valoir que la demande va exploser, ce qu'il illustre en présentant des tendances de plus en plus marquantes, que ce soit les produits imitant la viande comme Beyond Meat, les changements dans le Guide alimentaire canadien ou encore la jeune génération qui se tourne de plus en plus vers une alimentation à base de produits végétales. Le pdg est confiant du bien fondé du projet. "Les astres sont alignés". Des clients canadiens auraient déjà fait part de leur intérêt au projet. La nouvelle usine utilisera un nouveau procédé breveté de transformation de soya en isolat qui sera fait de manière plus naturelle. Son lieu sera déterminé selon plusieurs critères dont la logistique, l'approvisionnement, le terrain et la proximité des marchés.

Pour Prograin, la prochaine usine est un dossier "très intéressant" qui vient se greffer à ce que l'entreprise fait déjà et qui se trouve en continuité avec ses activités, entre autres en génétique cellulaire et en génétique avec marqueur.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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