Quels seront les effets du froid et de la sécheresse sur le maïs?

Maintenant qu’on en a fini avec le froid, c’est la sécheresse du sol qui risque de préoccuper les producteurs

«Chat échaudé craint l’eau froide!» Dans les zones les plus chaudes comme le sud de Montréal, plusieurs ont entrepris leurs semis de maïs dès les premiers jours de mai… et certains les ont même déjà terminés. Il y a longtemps qu’on avait semé si tôt! Les sols avaient atteint les 9-10 degrés visés, la terre était sèche et elle se travaillait bien.

Mais voilà, la semaine dernière est survenu ce que les météorologues appellent un «vortex polaire», qui a fait descendre le mercure nettement sous zéro plusieurs nuits consécutives. La germination du maïs prend normalement six ou sept jours. Pour le maïs semé avant cette vague de froid, cela s’annonce nettement plus long. Et cette prolongation n’est pas sans risques pour la germination.

On saura exactement à quoi s’en tenir quand le maïs commencera à lever. D’ici là, producteurs et agronomes se rabattent sur les observations, l’expérience et les connaissances scientifiques. Ainsi, l’agronome Gilles Corno, des Semences Pride, rapporte avoir détecté des germinations en tire-bouchon à plusieurs endroits. «Il y a un risque que les réserves du grain s’épuisent avant la levée», déduit-il. Le spécialiste a aussi observé un décalage entre le développement du mésocotyle et celui des racines. «Les racines ont commencé à se développer plus tôt que le mésocotyle. Normalement, quelques heures seulement les séparent», indique-t-il.

Les sols légers étaient les plus à risque, car cette qualité qu’ils possèdent de se réchauffer vite devient un défaut quand le mercure chute puisqu’ils refroidissent plus vite. «C’est d’ailleurs pourquoi je déconseillais de semer dans les sables la semaine dernière», confie l’agronome.

Il signale au passage que les météorologues mesurent la température à une hauteur de quatre pieds. Or, s’il fait 3 oC à quatre pieds, ce sera plutôt zéro au niveau du sol. Heureusement, contrairement à l’an dernier, les sols n’étaient généralement pas saturés d’eau. «Un sec sol procure un effet d’isolement, souligne-t-il. Ça aide à protéger le germe.»

Le spécialiste se dit néanmoins préoccupé par les effets de l’absorption d’eau froide par le grain. «L’eau froide peut endommager les cellules et ces dommages sont irrémédiables.»

Dernier facteur de risque qu’il perçoit actuellement: les insectes. «L’émergence est très ralentie, ce qui donne une chance aux insectes, observe-t-il. C’est là que les traitements de semence deviennent importants. Il est clair que les semis hâtifs exigent un traitement de semence.»

Maintenant qu’on en a (apparemment) fini avec le froid, c’est la sécheresse du sol qui risque de préoccuper les producteurs. Comme le confirme un article paru plus tôt cette semaine sur leBulletin.com, le temps est anormalement sec, en particulier dans la région de Montréal.

«Sur la base d’essais réalisés au champ, rapporte Gilles Corno, le fabricant d’équipement Precision Farming affirme que l’humidité du sillon lors du semis doit être supérieure à 30% afin d’atteindre une certaine uniformité à l’émergence.»

«L’objectif devrait être d’assécher le sol le moins possible pendant les travaux aratoires, dit-il. Ce serait une bonne idée de réduire le nombre de passes de vibro. Les producteurs en semis direct seront avantagés dans les conditions actuelles, car ils ne gaspillent pas d’humidité.»

«À la rigueur, si c’est très sec, on peut aussi envisager de semer un quart ou un demi pouce plus creux que les 1 ¾ – 2 pouces recommandés, ajoute l’agronome. Mais ce n’est pas une recommandation qu’on aime trop faire!»

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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