Remettre les pâturages à la mode

Dépassé comme concept? La Journée à foin du CQPF a tenté de prouver le contraire avec une brochette d'experts invités à l'événement

Les vaches paissant dans les prés des campagnes pourraient devenir plus qu’une image de carte postale ou encore un souvenir nostalgique. Loin d’être réservés aux bovins de boucherie ou encore aux producteurs de lait bio, les pâturages ont du bon pour tout le monde et auraient le mérite d’être de nouveau envisagés dans les modèles de gestion en production laitière, ont fait valoir différents spécialistes invités à la Journée à foin du Conseil québécois des plantes fourragères (CQPF).

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C’est sous un soleil radieux que l’événement a eu lieu à la ferme Macdonald sur le campus de l’Université McGill, située à Sainte-Anne-de-Bellevue. Près de 160 participants ont pris part à l’activité, dont une soixantaine d’étudiants de 2e et 3e année du programme Farm Management Technolgy de l’Université McGill. La matinée a été consacrée à de nombreuses présentations d’experts ainsi qu’à un témoignage d’éleveurs de bovins, tandis que l’après-midi a fait place à des démonstrations sur le terrain.

Robert Berthiaume, agronome et consultant indépendant a lancé le bal en discutant du choix des espèces dans un contexte de changements climatiques. Avec l’objectif d’obtenir un pâturage qui offrira suffisamment aux animaux durant toute la saison, le défi est en effet complexe. Le choix des espèces doit se baser selon lui sur quelques règles simples, tel qu’éviter la surpaissance, respecter le temps de repos des plantes et de resemer si la terrain est trop dégradé, que ce soit par le piétinement ou des aspects climatiques. Le guide des plantes fourragères du CRAAQ édité en 2005 est toujours de mise. Quelques pratiques valent la peine d’être étudiées en plus, que ce soit les céréales d’automne  ou l’apport des annuelles. Quelques nouveautés valent aussi le détour, comme le trèfle d’Alexandrie dans les légumineuses ou le festulolium pour les graminées de climat froid ou encore les hybrides sucrés du genre sorgho|soudan. La variété est aussi un atout pour un approvisionnement tout le long de la saison, avec le lotier à considérer dans les mélanges.

La séquestration du carbone dans les sols en production fourragère est un enjeu également à peser comme producteur, a fait valoir Denis Auger, chercheur à Agriculture et Agroalimentaires Canada, au centre de recherche de Sainte-Foy. Les sols cultivés au Québec ont vu une détérioration de leur matière organique de l’ordre de 25 à 29%, selon des données du début des années 1990. En plus d’adopter des pratiques culturales qui favorisent la captation de carbone, comme le semis-direct, les études ont démontré que les cultures fourragères permettaient de capter deux fois plus de carbones que les cultures annuelles, en plus de d’apporter une meilleure structure du sol grâce aux systèmes racinaires.

François Labelle, agronome expert en production laitière biologique pour Lactanet a démontré de quelle façon les producteurs jumelaient à la fois les pâturages et les robots de traite. Quelques principes doivent être en effet respectés pour assurer une traite régulière et un passage efficace aux prairies. Un pâturage en parcelles assure une meilleure reprise des plantes. La perspective d’herbes fraiches incite en plus les animaux à se diriger aux endroits déterminés, après la traite. La transition entre le pâturage se fera mieux aussi si la vache peut apercevoir la ferme de son lieu de paissance, ce qui évitera qu’elle reste au champ. Et pour lier le tout, le chemin de ferme doit convenir tout le long de la saison, un investissement qui vaut la peine selon l’expert.

Les propriétaires des Ferme Barrette, Ferme Mario Hamelin et Ferme Mathieu Palerme ont pour leur part témoigné de leur utilisation du pâturage pour leurs troupeaux de bovins, qui va de 180 à 150 jours. Même avec des stratégies différentes qui leur ont permis de moins souffrir de la sécheresse, ils se sont dit gagnants quant à leurs choix. En faisant paître leurs animaux dans des prairies bien entretenues, ils ont évité la fauche et le stress lié aux foins. Un choix également économique, soit presque deux fois moins cher en coût de production par bête par année.

Maxime Leduc, agronome et stagaire postdoctoral a présenté la remise en état des pâturages du campus McDonald. Le projet de 72 000$ a permis d’installer des haies brise-vent ainsi que des clôture, le tout grâce à un programme pan-canadien de la Canadian Forage and Grassland Association et de nombreux partenaires. Le but était de mettre au champ une trentaine de vaches taries et en gestation en utilisant de bonnes pratiques de gestion, tout en ayant en tête le bien-être animal et la perception des consommateurs. “On voulait montrer que des pâturages peuvent être cool et sexy”.  Malgré les ressources, le projet a dû faire face aux même problème que tous, soit des conditions difficiles au printemps.

Les quatre ateliers mettaient en vedette la configuration de pâturage, les haies brise-vent, les outils technologiques au pâturage, ainsi que le déchaumage et le sursemis. René Vézina, spécialiste en agroforesterie, a rappelé quelques principes de base. Celui qui a suggéré la configuration et le choix des espèces au campus MacDonald a indiqué qu’il fallait privilégier habituellement une orientation est-ouest pour garantir de l’ombre au troupeau. Une variété d’espèces d’arbustes et d’arbres dans les feuillus vont aussi apporter suffisamment d’ombre, sans empêcher les cultures de pousser.

Dans un autre atelier, Marie-Élaine Smith, agronome et conseillère en production laitière biologique pour Lactanet, a indiqué que le rendement des pâturages était assuré par une bonne rotation des parcelles, ce qui veut dire que les vaches auront complété en un mois le tour du pâturage. L’important est de bien gérer les superficies selon la race et le poids et de privilégier les sorties en tenant compte du bien-être de l’animal, soit des sorties de nuit ou de matinée seulement par grandes chaleurs.

Maxime Leduc est revenu sur les principes de base d’un bon pâturage: une bonne clôture, une bonne gestion et un bon mélange, le tout en tenant compte de la possibilité d’ajouter de l’ombre. Dans la photo plus haut, un parasol pliant pouvant abriter de 12 à 14 bêtes a été acquis dans ce but. Selon M.Leduc, l’équipement provenant du Wisconsin et munie d’une remorque se repli en cinq minutes. Et malgré les grands vents de cet été, le “Shade Haven” selon son nom anglais, a résisté aux bourrasques.

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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