Sécheresse et azote : deux mots qui vont ensemble?

L'azote a des bienfaits importants pour les prairies.

*Si vous suivez à chaque semaine les chroniques Experts Fourragers, vous avez sûrement remarqué que la première coupe y occupait pas mal de place.  Rien de plus normal puisqu’en se promenant dans les rangs ces temps-ci, on voit de beaux paysages, avec des andains énormes par terre, prêts à être ramassés.  Oui, la première coupe est très bonne!  Cependant, comme l’an passé, une ombre plane : où est l’eau?  Je n’ose même pas prononcer le mot; va-t-on encore subir cette année une séche…res…se?  Devrais-je fertiliser mes prairies?  Est-ce que ça en vaut le coût?  Je trouvais donc opportun de vous rappeler quelques notions de fertilisation afin de vous aider dans votre décision à fertiliser ou non.

Tout d’abord, il faut se rappeler que les graminées ont un besoin que je qualifie « d’énergivore » face à l’azote.  Dans l’étude de Hall, M.H., Beegle, D.B., Bowersox, R.S., et Stout, R.C.,publiée en 2003, intitulée « Optimum Nitrogen Fertilization of Cool-Season Grasses in the Northeast USA. Agron. J. 95: 1023-1027 »,on relève les doses optimales d’azote suivantes selon les espèces :

Considérant ces doses, on comprend bien que les graminées ont littéralement soif d’azote! Mais, s’il fait sec, sont-elles capables d’assimiler l’azote?  On dit qu’une image vaut mille mots, alors voici une petite anecdote :

Au printemps 2018, un producteur (qu’on ne nommera pas ici évidemment) avait oublié de partir son PTO sur le tracteur – et oui, ça arrive parfois J. Tout l’engrais (224 kg/ga de 14-17-12, donc 31 kg/ha d’azote) a été épandu sur 1 pied de large au lieu de 50 pieds.  Examinez bien la photo, voyez-vous une différence?  Et bien même rendu au mois juillet 2018, en pleine sécheresse, on voyait encore l’endroit où cet engrais avait tout coulé…

Source: Stéphane Pouleur, agr PhD, William Houde, juillet 2018.

Bon, plusieurs peuvent penser que ce n’est pas très scientifique, et ils ont raison.  Alors, voici un résumé préparé par Gaétan Parent d’AAC, faisant état de quelques recherches qui démontrent une meilleure utilisation potentielle de l’eau avec une fertilisation azotée :

  • brome inerme (Power, 1985)
  • ray-grass (Stout et al., 1997)
  • panic maximum (Pieterse, Rethman et Van Bosche, 1997)
  • fléole des prés (Bender et Berge, 1976)
  • panic érigé (Byrd et May, 2000)

Quelle est donc la relation entre l’azote et la résistance à la sécheresse?  Il en existe plusieurs : un meilleur développement du système racinaire, une augmentation de la biomasse qui se traduit par une diminution de l’évaporation de l’eau du sol due à un couvert végétal plus dense, une limitation des pertes d’eau par respiration pendant la nuit avec apport d’azote, et probablement d’autres que j’oublie. Mais pourquoi doute-t-on encore que ça vaut le coût de mettre de l’azote dans les graminées? Probablement parce qu’on doit épandre l’azote avant la sécheresse afin qu’il soit métabolisé dans la plante. Évidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire. Bonne réflexion!

*Texte réalisé en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères. Les propos exprimés dans le texte relèvent toutefois de l’auteur et n’engagent pas le CQPF.

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