Un lobby contre le soya provenant de la déforestation?

La région de Cerrado au Brésil.

Des commerçants et fournisseurs de soya, parmi les plus importants du monde, sont sous pression pour cesser d’acquérir des grains issus de régions aux prises avec la déforestation au Brésil.

Nestlé, Uniliver, McDonald, Walmart, Tesco et d’autres multinationales dans le secteur de l’alimentation veulent en effet inciter des sociétés comme Archer-Daniels-Midland, Bunge, Cargill et Louis Dreyfus à cesser l’achat de soya provenant de la Cerrado au Brésil, dès l’an prochain. Ce coin du pays est considéré comme étant une ruche de biodiversité et l’une des plus importantes réserves de carbone du pays.

«Nous achetons une grande partie de notre soya dans la région de Cerrado, il est donc vital que nous jouions un rôle de premier plan dans la protection de cette région riche en biodiversité pour les générations futures», a déclaré Anna Turrell, responsable de l’environnement chez Tesco. «Nous appelons les commerçants à renforcer leurs propres engagements et à mettre en œuvre des systèmes robustes de surveillance, de vérification et de rapport dans la région, et à fixer une date limite pour 2020 de conversion pour du soya zéro déforestation, pour le soya du Cerrado.»

La lettre a été envoyée par plus de 160 signataires de la déclaration de soutien du Manifeste Cerrado du Consumer Goods Forum. Cinq des six commerçants de soya ont répondu, mais aucun ne s’est engagé à respecter les demandes faites par les signataires de la lettre.

Cargill, qui n’a pas fait partie du groupe, a indiqué qu’il reconnaissait «l’urgence de lutter contre la déforestation et la conversion des terres végétales indigènes dans le Cerrado». Plus de 95% de sa récolte de 2019 était exempte de déforestation et d’une telle conversion, selon un communiqué.

«Cargill ne fournira pas de soya à des agriculteurs qui défrichent des terres illégalement ou dans des zones protégées, et nous avons les mêmes attentes envers nos fournisseurs», a déclaré la société.

Environ 60% du soya au Brésil est cultivé dans la région de Cerrado, qui est devenue un point focal de l’activisme contre le changement climatique ces dernières années, alors que le président Jair Bolsonaro a donné la priorité à l’expansion des intérêts économiques, y compris l’agriculture. Un mouvement dénonçant la pratique prend de l’ampleur. Un producteur norvégien de saumon, Bremnes Seashore, a déclaré qu’il n’inclurait plus le soya du Brésil dans ses aliments pour poissons.

Source: Bloomberg

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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