Un Québec à l’envers ce printemps

Un Québec à l’envers ce printemps

La chaleur précoce d’avril laissait croire à une saison hâtive des semis. Si ce scénario s’est concrétisé dans plusieurs régions du Québec, d’autres, comme la Montérégie, doivent prendre leur mal en patience. En date du 5 mai, l’avancé des semis de maïs-grain était en effet inégale.

Selon Vincent Chifflot, agronome pour Dekalb posté dans la région de Québec, les semis de maïs seraient de l’ordre de 25% à 30%. « Les faibles précipitations et les sols plus légers de la région nous ont favorisé et les producteurs ont été capables de semer plus de maïs (qu'ailleurs)».

Depuis deux semaines, le semencier procède à l’implantation de plusieurs parcelles situées de la Rive-Nord à la région de Québec, en passant par Drummondville, et partout, les projets ont pu aller de l’avant. Jusqu’à ce mardi, des producteurs s’affairaient encore dans les champs afin d’avancer les travaux le plus possible avant la pluie prévue mercredi. L’agronome observe d’ailleurs que les régions plus à l’est ont connu moins d’épisodes de pluie, ce qui les a avantagés. L'avancement des semis varie et si certains débutent, d'autres en sont à 50% de leurs champs et d'autres ont déjà terminés. « Des producteurs ont semé du maïs le 28 avril dans le Centre-du-Québec et le 30 avril dans l'est. C'est très tôt pour la région. Ce sont davantage des dates qu'on voit dans l'ouest de la province. »

L’agronome Cynthia Lajoie à l’emploi de Pioneer arrive au même constat. « Selon le compte-rendu de mes équipes ce matin (mercredi), la situation varie beaucoup d’une région à l’autre (...) Par exemple, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, 85% des semis de maïs-fourrager sont terminés. Sur la Rive-Nord, on a systématiquement moins d'eau alors que la Montérégie en reçoit plus. Il y aurait 15% des semis faits sur la Rive-Nord. En Montérégie et dans l’ouest, c'est moins de 5%. » Elle ajoute que certains champs de soya auraient également été semés dans la région.

La bonne nouvelle est que la plupart des petites céréales sont déjà en terre dans l’ensemble du Québec. Les fosses ont été vidées et l’épandage a eu lieu, ce qui fait en sorte que les producteurs auront pu rayer ces tâches de leur liste. Mme Lajoie estime que lorsque la météo collaborera de nouveau, les travaux pourront se faire à la vitesse grand V.

L’Est du Québec semble aussi avoir écarté pour le moment les problèmes liés à la sécheresse, après un hiver très peu enneigé. Vincent Chifflot indique que les niveaux dans les cours d’eaux étaient très faibles. Les champs avoisinant le lac Saint-Pierre ont même pu être semé. Mais un scénario comme en 2020 semble pour le moment écarté. « Le spectre de la sécheresse s'éloigne. La pluie de la fin avril a été la bienvenue et les sols absorbent beaucoup les pluies tombées depuis. »

Il est encore également assez tôt en saison pour entrevoir de bonnes fenêtres de semis et des périodes favorisant un rendement maximum, estime Vincent Chifflot. Les producteurs devraient procéder en respectant la logique des semis, en y allant des hybrides plus tardifs à hâtifs.

« D’ici le 18-20 mai, on est pleinement capable de semer selon les maturités. On a encore beaucoup de temps », ajoute Mme Lajoie. Avec les très bons prix des grains sur les marchés, particulièrement pour le maïs, elle n’anticipe pas de changement dans les intentions de semis vers le soya, bien qu'elle exprime quelques craintes quant aux semis de soya déjà réalisés, en raison des possibilités de gel tardif. « Certains producteurs ont encore en tête 2019 et veulent semer tôt », dit-elle, en faisant allusion au printemps très mouillé qui avait retardé les semis jusqu'en juin.

Une gelée printanière tardive est en effet un risque, comme ce fut le cas en 2020. Pour l’instant, la germination est sur pause en raison du temps frais qui persiste. Il faudra attendre le retour de la chaleur pour voir les choses évoluer et voir l'état de la levée des semis.

Questionnés sur l’approvisionnement chez les deux semenciers, autant Mme Lajoie que M. Chifflot n’ont signalé aucun problème. Avec la pandémie et ses bouleversements sur la chaîne d’approvisionnement, certains fournisseurs ont averti qu’ils pourraient subir des retards dans les commandes. Ce ne serait pas, par contre, le cas pour Dekalb ou Pioneer nous ont rassuré les deux agronomes. « On a des produits disponibles dans toutes les maturités pour le moment », assure Mme Lajoie. « Il n’y a eu aucun problème de production de semences et les livraisons sont bonnes », ajoute pour sa part M. Chifflot.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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