Débat sur la viande rouge

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence de recherche de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a provoqué de nombreuses réactions à la suite d’un rapport faisant état d’un lien entre la consommation de charcuterie et le cancer.

Les réactions les plus vives ont toutefois été liées à la présomption de liens entre le fait de manger de la viande rouge et le cancer. La viande rouge a en effet été classée comme étant potentiellement cancérigène, alors que les viandes rouges traitées, comme les charcuteries, bacon et autres jambons transformés devenaient officiellement cancérigènes.

Après l’étude de quelque 800 études sur les viandes transformées, le CIRC conclut qu’elles accroissent le risque de cancer colorectal par 18 % pour chaque tranche de 50 grammes consommés quotidiennement. Pour la viande rouge, les études sont moins nombreuses et le lien est moins net. Dans ce cas, le CIRC parle d’un risque accru de cancer colorectal de 17 % par tranche de 100 g consommés chaque jour. Le cancer colorectal est le 2e cancer en importance au Canada

Plusieurs articles ont par la suite nuancé les propos. Dans son blogue scientifique, La Presse indique que si la viande rouge fait maintenant partie des substances soupçonnée d’être liée au cancer, les preuves non pas encore été établies, contrairement aux charcuteries. Les catégories du CIRC ne fournissent pas de données en effet sur l’ampleur du risque. D’autres facteurs entrent en ligne de compte et ont plus d’impacts sur les possibilités d’avoir un cancer, tels que l’obésité, la cigarette et l’alcool.

De plus, la chroniqueuse du même quotidien, Marie-Claude Lortie rappelle que la consommation de viande de bœuf a chuté de près de la moitié de 1981 à 2013, passant de 29,5kg à 19,75 kg par personne par année. La consommation de porc a aussi reculé dans le même laps de temps pour passer à 16 kg par personne par année au Canada. Pour les autres viandes rouges, certaines ont diminué comme le veau alors que d’autres ont augmenté (agneau) mais se limite à 1kg par année. Elle ne voit donc pas d’impacts importants pour les amateurs de viandes puisque les habitudes d’alimentation changent tranquillement depuis 30 ans. Elle ne voit pas non plus d’arguments pour les végétariens puisque la viande apporte son lot de bénéfices avec son apport en fer.

D’autres experts ont aussi indiqué que le mode de cuisson est le plus souvent responsable de l’apparition de composantes indésirables dans la viande, comme la cuisson sur le BBQ. Selon eux, les résultats du CIRC doivent donc être plutôt interprétés comme un argument à une alimentation variée et équilibrée.

Yves Gingras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences à l’UQAM, ajoute que manger de la  rouge ne donnera pas le cancer.  « Le problème, dans les journaux, c’est que l’on rapporte des probabilités relatives. Dire que le risque de cancer est augmenté de 18 %, ça ne veut rien dire, car on ne connaît pas le risque absolu. Tout ce que l’on sait, c’est que la probabilité augmente dans certaines conditions », explique Yves Gingras.

Sources: La Presse, Radio-Canada

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires