Il faut mettre les agriculteurs au centre des données

L'intelligence artificielle occupe de plus en plus de place en productions animales

Il faut mettre les agriculteurs au centre des données

Les équipements et systèmes informatiques à la ferme génèrent une quantité phénoménale de données. Plusieurs défis sont à relever. Des chercheurs, intervenants et entreprises se penchent sur la question. Mais un fait demeure : l’agriculteur doit être au centre des décisions entourant le développement des outils technologiques.

Lors d’un atelier de formation sur l’intelligence artificielle dans le secteur bioalimentaire dans le secteur des productions animales du 7 avril dernier, le producteur laitier, de grandes cultures et d’œufs Jean-François Messier a livré un plaidoyer sur l’importance de mettre les producteurs agricoles au cœur du développement des applications en intelligence artificielle.

« On regarde la valorisation de la donnée par rapport à la filière et je trouve qu’on se pose moins la question de comment la donnée peut être valorisée pour l’agriculteur, pour que l’agriculteur puisse augmenter ses marges », dit-il. Il explique que lorsqu’un producteur fait des choix technologiques, c’est dans le but d’augmenter ses marges.

« Si dans les offres qui sont faites par les différents chercheurs ou la filière, il n’y a pas un retour concret, je ne serai pas un fournisseur de données fiables, ajoute-t-il. Le temps investi pour être capable de fournir une data dans laquelle je ne vois aucun retour concret. Il est où mon intérêt si je n’ai pas le temps déjà ? »

Jean-François Messier invite aussi les chercheurs à travailler tout au long du processus avec les producteurs qui auront à utiliser la technologie. Ce processus peut se dérouler sur plusieurs années. « Il faut que les utilisateurs finaux soient autour de la table », dit-il. Les besoins et les choix dans un contexte de recherche et de ferme ne sont pas les mêmes. « Si on n’est pas capable de les intéresser à notre projet de recherche pour qu’ils y participent, peut-être qu’ils ne comprendront pas plus dans deux ans le transfert technologique qu’on va pouvoir faire avec eux », dit Jean-François Messier.

Les propos du producteur ont eu échos auprès du chercheur Candido Pomar d’Agriculture et Agroalimentaire Canada qui est intervenu tout de suite après. Selon lui, les agriculteurs et les intervenants du milieu, comme les meuneries, doivent être au cœur du développement des technologies.

L’associé de recherche à l’UQAM Maxime Leduc abonde dans le même sens. Pour lui, l’aspect humain est très important, notamment pour recruter des élèves et des producteurs. « Quand on veut collaborer avec les producteurs, il faut leur démontrer qu’ils vont avoir de la valeur et qu’ils sont capables d’avoir un retour sur l’investissement. » Et pas seulement trois ans plus tard. Pour que les producteurs adhèrent dans un projet, ils doivent avoir un avantage tout de suite et pas seulement dans trois ans.

Plusieurs autres questions ont été soulevées lors de cet atelier qui a vu défilé une quinzaine de chercheurs, intervenants et utilisateurs de données. Ainsi, à qui appartiennent les données ? Comment éviter la double saisie de données par les producteurs ? Comment donner de la valeur aux données déjà collectées à la ferme ?

L’atelier faisait partie d’une série d’ateliers sur l’ntelligence artificielle dans le secteur bioalimentaire organisé par l’Observatoire international sur les impacts sociaux de l’intelligence artificielle et du numérique (OBVIA). Ils sont sous la responsabilité des chercheurs Marc-André Sirard et Éric Paquet de l’Université Laval. Il est possible de les voir ou revoir sur le site de l’OBVIA. L’atelier du 7 avril devrait être en ligne prochainement. Les autres sont disponibles.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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