Il n’y a pas de produit pour remplacer l’huile de palme

Les producteurs laitiers devront travailler sur différents aspects pour combler les besoins de la vache

Il n’y a pas de produit pour remplacer l’huile de palme

Depuis que les Producteurs de lait du Québec ont demandé à leurs membres de ne plus utiliser des dérivés de l’huile de palme dans l’alimentation des vaches laitières, les producteurs qui en utilisaient devront trouver d’autres façons de combler les besoins énergétiques de leurs vaches.

C’est 22% des producteurs laitiers qui utilisaient des dérivés de l’huile de palme à la ferme, selon une enquête effectuée par Lactanet en 2018 auprès d’environ 1500 producteurs pour le compte des Producteurs laitiers du Canada.

En entrevue, Débora Santschi, directrice de l’innovation et du développement chez Lactanet, et Mario Boivin, président du comité ruminants de l’Association québécoise des industries de nutrition animale et céréalière (AQINAC), disent qu’il n’y a actuellement pas de produit pour remplacer les produits d’huile de palme. L’huile de palme et ses dérivés avaient l’avantage de ne pas déstabiliser le rumen de la vache et de ne pas causer des problèmes de santé. Le maïs est une bonne source d’énergie, mais il y a des limites à ce qu’on peut mettre dans la ration.

Ces produits d’huile de palme étaient principalement utilisés pour fournir de l’énergie à la vache à des moments spécifiques, comme le début de lactation, ou encore pour maintenir un bon test de gras lorsque la qualité des fourrages était moins bonne. En effet, les producteurs laitiers ne contrôlent pas la météo et ne contrôlent donc pas toujours la qualité de leurs fourrages.

Quoi faire alors?

Donc, s’il n’existe pas de produit de remplacement, quelle option reste-t-il aux producteurs laitiers? Il y avait quand même tout près de 80% des producteurs qui n’en utilisaient pas.

Selon Mario Boivin et Débora Santschi, il sera plus important que jamais de se faire accompagner par son spécialiste en alimentation, tant pour l’ajustement de l’alimentation de ses vaches que pour améliorer la régie du troupeau.

Il est très difficile de donner des recommandations générales. Ce sera du cas par cas selon la réalité de chaque troupeau. D’ailleurs, l’AQINAC, Lactanet et les Producteurs de lait du Québec travaillent ensemble afin de trouver des solutions à proposer aux producteurs laitiers.

« Il y a des principes de base comme avoir une bonne régie, avoir des bons fourrages, bien faire manger les vaches, avoir un environnement confortable… tout ça reste primordial, explique Débora Santschi. Pour les troupeaux qui ont des besoins extrêmement précis, il va y avoir des défis pour trouver des remplaçants et ça, l’industrie va se pencher pour trouver des alternatives, mais pour l’instant, je ne peux pas donner de réponse à cela parce que ça va être plus difficile que ce qu’on pense. »

« Si j’ai un conseil à donner, c’est que ça va être important pour les producteurs d’en parler à leur conseiller pour qu’ils évaluent ensemble à la ferme les points d’amélioration, ajoute Mario Boivin. Les alternatives à une ferme A pourraient être très différentes à celles d’une ferme B. »

Il ajoute qu’il faut viser à maintenir l’équilibre dans le rumen de la vache. Certains devront travailler sur l’homogénéité de la ration alors que d’autres devront travailler davantage sur le nombre de repas par jour, ou encore le nombre de refus ou l’espace mangeoire. Ce sont des exemples de points qui devront être évalués.

Attention au premier mois de lactation

Un des points clés qui devront être évalués avec les conseillers sera la préparation au vêlage et le début de lactation.

« La période la plus difficile pour la vache, probablement, c’est le premier mois et demi de lactation, dit Mario Boivin. La vache n’a pas un appétit à la mesure de ses besoins d’énergie. On vient d’enlever quelque chose qui densifie la ration en énergie. Donc, il faut tout faire pour faire en sorte que la consommation de cette vache-là s’améliore rapidement. »

Et pour cela, la préparation au vêlage devient excessivement importante. « Tout ce qui se fait avant le vêlage est super important aussi pour s’assurer qu’en début de lactation, ça reparte vraiment bien », ajoute Débora Santschi.

Quelques pistes de solutions

Voici, pêle-mêle, quelques-uns des aspects que les producteurs laitiers devront évaluer avec leurs conseillers, selon ce que les deux experts ont mentionné au fil de l’entrevue :
Avoir de bons fourrages
Surveiller les refus
Homogénéité de la ration
Environnement confortable
Espace à la mangeoire
Substances tampons
Moduler les quantités d’aliments
Moduler quand on sert les aliments
Consommation d’eau
Préparation au vêlage
Génétique
État de chair au tarissement
Quantité de fibre effective suffisante
Digestibilité de la fibre
Santé des vaches
Utilisation des outils disponibles (analyses diverses)

« Toutes ces petites choses-là vont avoir des effets bénéfiques pour le producteur qui les améliore », explique Débora Santschi. Ça risque donc d’améliorer la régie des élevages.

« C’est un dossier de filière, dit Mario Boivin. Donc, autant les gens de chez Lactanet, que les gens des meuniers, que les médecins vétérinaires, on va trouver les alternatives ensemble qui vont faire qu’à chaque ferme, on va pouvoir transiter en respectant la vache telle qu’elle est avec ses besoins et ses niveaux de performances attendues pour en arriver à ne plus utiliser ces produits-là. »

Que font les meilleurs? Ils placent leurs animaux dans les conditions pour faire en sorte qu’ils réussissent à performer à leur optimum. « Et là, l’animal est capable d’exprimer son plein potentiel génétique », dit Mario Boivin.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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