Production laitière «bypass», du sol au «bulk tank»

*À travers les trois chroniques qu’il me reste à rédiger d’ici la fin de l’été, je vais tenter de vous présenter la ferme laitière d’une manière un peu inhabituelle. Imaginez votre ferme laitière comme un organisme vivant en soi et dont la fonction biologique consiste à produire du lait. D’entrée de jeu, j’aimerais aussi vous parler d’un concept qui prend de plus en plus d’importance en santé humaine et en agriculture : LES MICROBIOTES.

En bref, un MICROBIOTE, c’est un gros paquet de micro-organismes de différentes espèces, qui vivent en communautés à l’intérieur d’un organisme et qui participent à son bon fonctionnement. Maintenant, selon vous, quels sont les trois microbiotes les plus importants d’un écosystème laitier ? Selon moi, ce sont les microbiotes contenus dans le sol, les silos et le rumen. Eh bien ! Voilà les trois thèmes que j’aborderai d’ici la fin de l’été.

Thème 1 : Microbiote ruminal et nutrition «Bypass»

Pour commencer, définissons le terme «bypass». Les «bypass» sont des aliments ayant subi un traitement à la chaleur qui leur permet de passer directement à la caillette, sans devoir être dégradés par les microorganismes du rumen. Le fin gluten de maïs, le soya extrudé, le gras protégé et les drêches constituent des exemples d’aliments «bypass».

Selon Patrice Vincent, agronome spécialisé en nutrition laitière, les populations microbiennes du rumen ne peuvent fournir à elles seules les nutriments permettant aux hautes productrices laitières de produire leurs super rendements laitiers. Certes, ces hautes productrices ont besoin d’apport en aliment «bypass», mais par contre, trop en servir fait en sorte que nous nourrissons les vaches plutôt que le microbiote du rumen. Comme résultats, les populations microbiennes chutent par manque de nourriture, ce qui limite leur potentiel de contribution alimentaire. En fin de compte, les rendements en lait diminuent, les coûts alimentaires augmentent (les «bypass» coûtent cher) et les marges bénéficiaires chutent. Aujourd’hui, les producteurs qui optent pour des stratégies alimentaires axées sur la santé et l’efficacité ruminale s’en sortent beaucoup mieux.

Pour atteindre des super rendements laitiers, le rumen doit contribuer au maximum. Pour ce faire, son microbiote doit pouvoir compter sur des fourrages bien balancés en énergie et en protéines, et bien fermentés. Par exemple, un mélange de fétuques, de dactyle, de luzerne et de trèfle rouge, récoltés au bon stade de maturité apportera suffisamment de fibres, de gras, de sucres et de protéines pour satisfaire aux besoins du microbiote ruminal et des vaches hautes productrices.

En conclusion, si on revient à l’idée première de la ferme laitière en tant qu’organisme vivant, on constate que le microbiote contenu dans le rumen constitue un formidable capital microbien. Si les super performances laitières nécessitent d’avoir recours aux aliments «bypass», l’efficacité globale de la ferme en tant qu’entité biologique ainsi que les hauts rendements laitiers passent d’abord par des fourrages de haute qualité et par un MICROBIOTE RUMINAL bien entretenu.

Donc je vous donne rendez-vous au mois d’août pour les thèmes 2 et 3.

Je remercie Patrice Vincent pour son apport au présent texte.

*Texte réalisé en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères. Les propos exprimés dans le texte relèvent toutefois de l’auteur et n’engagent pas le CQPF.

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