Ligne de temps

Il reste 75% des truies à installer en parcs

Même si les entreprises porcines québécoises s’adaptent rapidement au passage vers les truies gestantes en liberté, ce n’est que 25,4% des truies qui sont aujourd’hui logées dans ce type de logement.

Le sujet des truies gestantes en liberté était le sujet central des Soirées Techni Porcs 2018 et il faut croire qu’il était bien choisi puisque les salles de Drummondville, au Centre-du-Québec, le 13 février et de Sainte-Marie, en Beauce, le 14 février étaient remplies à pleine capacité. Il y avait 225 personnes à Drummondville et 140 à Sainte-Marie.

« C’est probablement le changement le plus fondamental que notre industrie aura vécu depuis 20 ans », a dit l’animateur de l’activité, le vétérinaire Camille Moore, dès l’ouverture de la soirée. Il a ajouté qu’il faut bien planifier ces modifications puisque les producteurs de porcs auront à travailler dans ces installations pendant les 20 prochaines années.

Les options

Sébastien Turcotte du Centre de développement du porc du Québec, « Monsieur Truies en parc » comme l’a surnommé Camille Moore, a dressé un tour d’horizon de la situation actuelle et des expériences vécues jusqu’à maintenant au Québec.

En effet, le Québec commence déjà à cumuler une certaine expérience des truies en groupe. En 2010, il n’y avait que 4,5% des truies qui étaient logées en groupes. Aujourd’hui, ce sont 25,4% des truies. Il reste donc du travail à faire d’ici 2022 ou 2024, selon l’acheteur de porcs. Il faut dire que le Québec a bénéficié de l’expérience européenne où les éleveurs avaient jusqu’au 1er janvier 2013 pour transférer toutes leurs truies aux nouvelles normes de bien-être animal.

Au Québec, les installations choisies diffèrent : 37% des truies ont de la compétition pour manger, 60% mangent dans des DAC et 3% ont des réfectoires autobloquants. Les DAC autobloquants ne sont arrivés sur le marché qu’en 2015, mais ce sont déjà les plus populaires.

Lorsqu’elles ont de la compétition pour manger, il faut s’assurer que toutes les truies puissent manger. Un truc important est d’alimenter en un seul repas et s’assurer que toutes les truies puissent manger en même temps.

Pour les DAC, il faut s’assurer de bien positionner la puce électronique si l’on veut que la truie puisse manger. Il faut aussi prévoir beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps à l’entraînement des cochettes. D’autres éléments doivent être bien planifié, comme la propreté de l’eau et le plancher en bon état.

Performances

Le généticien de PIC, Daniel Godbout, a présenté quelques résultats comparant les truies en groupe et les truies en cages. Ceux-ci proviennent de bases de données reconnues.

« Dans le fond, ce n’est pas tant le système d’élevage, mais la compétence des personnes qui s’occupent des truies qui est importante », a dit Daniel Godbout. L’apprentissage de ce type d’élevage y joue aussi pour beaucoup.

Un autre constat est que ce n’est pas parce que les truies sont en groupe qu’elles mangeront nécessairement plus. Des résultats ont démontré que des truies trop grasses occasionnaient des taux de mortalité plus élevés.

« Il n’y a pas de raison de croire que les truies en groupe donneront des performances inférieures qu’en stalles, a dit Daniel Godbout. Et c’est plus beau. »

Remplacement

Chez Isoporc, 63,7% des truies sont déjà en liberté, soit 7 sites sur les 13 maternités associées. Total de truies : 18 700. La gestion en parc offre l’avantage de mieux voir les boiteries, mais il faut aussi être plus alerte et sortir les truies qui boitent au besoin, explique le superviseur technique chez Isoporc, François Pellerin. Le premier tour de roue est particulièrement difficile pour l’adaptation des vieilles truies et l’introduction des cochettes.

Planifier le remplacement

Saviez-vous que le remplacement des truies représente le 3e poste de dépense d’une entreprise? Il en coûte en effet 85$ par truie en inventaire par année. C’est ce que le conseiller technique Bruno Bélanger des Consultants Denis Champagne a expliqué. « C’est le double du coût de médecine vétérinaire (médicaments et vétérinaire) et de l’énergie », dit-il.

Pour maximiser l’immunité des truies, la moitié des truies doivent être entre la parité 3 et la parité 6. De plus, c’est à partir de la parité 3 qu’une truie commence à se payer.

La planification des cochettes est un élément central de la gestion en groupe. En début d’élevage, c’est particulièrement déchirant puisque pour éviter de se retrouver avec trop de truies à réformer dans deux ans, il faut tout de suite commencer à réformer des jeunes truies.

Colostrum

La réforme des truies au bon moment permet de maximiser le nombre de truies ayant le maximum d’immunité. Cette immunité est transmise aux porcelets par le colostrum. La chercheur Chantal Farmer du Centre de recherche et de développement de Sherbrooke d’Agriculture et Agroalimentaire Canada a présenté quelques résultats de recherche visant à maximiser l’apport en immunoglobulines dans le colostrum.

L’injection d’ocytocine 16 heures après la mise bas permet notamment d’auggenter ce taux. Le protocole est à discuter avec son vétérinaire.

Des recherches sont en cours. « On a encore beaucoup à apprendre », dit modestement cette chercheure de renommée mondiale.

Les présentations seront disponibles d’ici quelques jours sur les sites internet de l’Université Laval, de l’Université de Montréal, ainsi que le CIPQ et PIC.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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