La nouvelle réglementation sur l’utilisation des antibiotiques modifiera les pratiques en production laitière

Une enquête menée juste avant l’entrée en vigueur du règlement permettra d’évaluer les changements

Une enquête menée auprès d’une centaine de fermes laitières et les médecins vétérinaires praticiens a démontré que les entreprises laitières québécoises utilisent souvent des antimicrobiens de catégorie I comme premier choix. Les antibiotiques de catégorie I ont été identifiés par Santé Canada de très haute importance en médecine humaine.

L’enquête menée par l’étudiante au doctorat Hélène Lardé de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal a été effectuée juste avant l’entrée en vigueur du Règlement modifiant le Règlement sur l’administration de certains médicaments le 25 février 2019. Depuis l’hiver dernier, les antimicrobiens de catégorie I ne peuvent plus être utilisés en première instance chez les animaux d’élevage pour la consommation humaine, sauf s’il est possible de justifier leur utilisation.

Hélène Lardé a présenté les résultats de sa recherche dans le cadre du Colloque sur la santé des troupeaux laitiers organisé par l’Association des médecins vétérinaires praticiens du Québec (AMVPQ) le 26 novembre 2019 à Drummondville.

L’enquête a été effectuée au début 2018 auprès de 101 producteurs laitiers. À l’automne 2018, la chercheuse a questionné les 400 membres de l’Association des médecins vétérinaires praticiens du Québec. De ce nombre, 172 ont remplis intégralement le questionnaire alors que 32 l’ont complété partiellement.

Hélène Lardé, sous la supervision des professeurs Marie Archambault, Simon Dufour et David Francoz et aidée par des collaborateurs de la Faculté de médecine vétérinaire, des vétérinaires du MAPAQ et de l’AMVPQ, a voulu décrire les pratiques d’utilisation des antibiotiques par les producteurs et leurs vétérinaires.

Le choix des antibiotiques varient selon la maladie et selon que le choix est effectué par le producteur ou le médecin vétérinaire.

C’est dans le cas de la mammite sévère que l’utilisation d’antibiotiques de catégorie I lors de traitement par voie intramammaire est la plus importante. En effet, dans 80 à 85% du temps, un antibiotique de catégorie I est utilisé par voie intramammaire.

En entrevue, Hélène Lardé explique que les options d’antibiotiques ne sont pas nombreuses dans cette situation. Dans une mammite sévère, là où le risque est élevé pour la santé de la vache, il est courant de traiter à la fois par traitement injectable (muscle ou veine) et intramammaire. Hélène Lardé explique que les stratégies d’interventions seront possiblement modifiées à l’avenir s’il est possible d’identifier les cas qui ne nécessitent pas de traitement intramammaire.

« Le règlement n’interdit pas l’utilisation d’une catégorie I, mais il faut le justifier, explique-t-elle. C’est la justification qui est compliquée. » Pour les mammites sévères, en intramammaire, il n’existe que quatre produits dont deux comportant un antibiotique de catégorie I. Des deux autres, un est en rupture de stock.

Dans la suite de l’étude, le reste des données des questionnaires seront analysées. De plus, un projet est actuellement en cours pour comparer l’avant et l’après de la nouvelle réglementation.

Le projet d’Hélène Lardé a été réalisé grâce à une aide financière du programme Innov’Action Agroalimentaire, un programme issu de l’accord Cultivons l’avenir 2 conclu entre le MAPAQ et Agriculture et Agroalimentaire Canada.

Assistance record

La 15e édition du Colloque sur la santé des troupeaux laitiers a connu une assistance record de quelque 350 participants, dont environ le tiers étaient des producteurs laitiers.

Dans la bande dessinée «Les Aventures extrANTIBIOrdinaires des 6 fantastiques», Hélène Lardé était Wonder H.
photo: FMV

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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