Percée dans le contrôle des émissions d’ammoniac

En réponse aux protestations de groupes de citoyens exigeant l’adoption d’une réglementation gouvernementale sur les émissions d’ammoniac fétides provenant de fermes laitières, des scientifiques ont découvert que l’ajout d’extraits végétaux naturels aux aliments donnés aux vaches pouvait réduire d’un tiers le niveau de gaz émis, tout en réduisant le besoin d’enrichir les aliments avec des suppléments protéiques coûteux. C’est à l’occasion de la 242e réunion et exposition nationale de l’American Chemical Society (ACS), en septembre dernier, que cette importante découverte a été dévoilée.

Le Dr J. Mark Powell a décrit les résultats de trois études menées afin de déterminer la manière dont l’ajout de substances végétales sous forme de « tanins » aux aliments pour vaches peut affecter l’émission d’ammoniac en provenance du sol des étables à vaches laitières et des champs fertilisés à l’aide de mélanges de fumier et d’urine de vache.

« Dans les fermes laitières, l’urine de vache constitue la source du problème des émissions d’ammoniac », affirme le Dr Powell, membre de l’équipe du service de recherche agricole (Agricultural Research Service, ARS) du Department of Agriculture (USDA) des États-Unis.

« Les vaches laitières excrètent une grande quantité d’urine, soit environ 3,5 gallons par jour par vache. Cela correspond à presque 1 300 gallons par année. Or, on compte environ 10 millions de vaches laitières aux États-Unis seulement. On nourrit généralement les vaches avec des aliments riches en protéines, ce qui entraîne la production de différents produits azotés lors de la digestion. Les vaches excrètent principalement l’excédent d’azote dans leur urine; les enzymes le transforment alors en ammoniac. »

Pollution de l’air
L’ammoniac, en plus de son odeur âcre et de son effet de larmoiement, a des effets potentiellement nuisibles pour la santé, chez les vaches comme chez les humains. En plus de son odeur désagréable, l’ammoniac pollue l’air en créant des particules qui se déplacent sur de longues distances et qui contribuent à aggraver certains problèmes environnementaux, notamment le smog, les pluies acides et la pollution par les éléments nutritifs.

Ce sont les protéines riches en azote contenues dans les aliments pour vaches qui sont responsables du problème d’émission d’ammoniac. Étant donné l’inefficacité du système digestif de la vache, seul un tiers de la quantité d’azote contenue dans les aliments est acheminé dans le lait. Le reste est éliminé dans l’urine et les excréments. L’azote contenu dans l’urine, sous forme d’urée, est rapidement converti en gaz d’ammoniac par les enzymes contenues dans le fumier se trouvant sur le sol de l’étable.

Il semblerait que les tanins réduisent la production d’urée en permettant de faire dévier une plus grande quantité de protéines de la digestion dans l’estomac, les acheminant plutôt vers les intestins, où la vache les utilise pour produire des protéines laitières.

Le Dr Powell espère que l’ajout de tanins aux aliments pour animaux deviendra une pratique plus répandue à la lumière des conclusions tirées au sujet de leur potentiel pour le contrôle des émissions d’ammoniac. Il affirme que les extraits de tanins utilisés dans le cadre des études, déjà approuvés pour l’ajout aux aliments pour animaux, ne coûteraient que quelques cents par jour.

Les tanins sont plus connus pour leur utilisation dans le tannage du cuir; le quebracho et le châtaignier sont d’ailleurs des sources répandues en matière de tannage du cuir et d’alimentation du bétail. Le Dr Powell affirme qu’il serait possible de produire des tanins synthétiques à une fraction du prix.

La prochaine étape, pour lui, consiste en la réalisation d’études visant à déterminer si les tanins peuvent également contribuer à réduire les émissions de méthane, un puissant gaz à effet de serre jouant un rôle important dans le réchauffement climatique, dans la production bovine. Environ 25 % des émissions de méthane aux États-Unis proviennent de la fermentation entérique (par l’éructation principalement) chez le bétail domestique.

Source : American Chemical Society

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