Toutes les filières s’unissent pour affronter la COVID

Ce qui est peu connu, c’est à quel point les filières sont unies face à l’ennemi invisible

Tous les matins, sept jours par semaine, depuis le début de la crise de la COVID-19, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), André Lamontagne, réunit au téléphone neuf filières du secteur agricole : les producteurs agricoles, la transformation alimentaire, les restaurants, les commerces de détail, les camionneurs, l’AQINAC. Tous y sont présents.

«Ce qui était important pour nous de faire et ce qu’on a fait, ça a été vraiment de se mobiliser, ajoute-t-il. Vous l’avez fait par filière, mais ce qui était important pour nous, c’est que les filières se parlent.»

Comme il l’explique, la situation est d’une grande ampleur. «Ce qui se passe en ce moment, c’est de l’inédit», dit-il lors d’une conférence Zoom organisée par l’Association québécoises des industries de nutrition animale et céréalière (AQINAC). En raison de la pandémie, l’AQINAC a troqué son traditionnel souper aux homards pour un format numérique regroupant plusieurs intervenants pour parler de la situation dans les secteurs que cette association couvre.

Selon le ministre, l’élément crucial est les liquidités. Il souligne le travail fait par le gouvernement et la Financière agricole à ce niveau.

Le ministre est très inquiet pour la filière porcine. Pour lui, il est urgent de régler la problématique des porcs en attente.

Voici un tour d’horizon de la situation générale et des différents secteurs.

Impact

Tel que présenté par Jean-Guy Côté, directeur de l’institut du Québec, la COVID-19 a frappé alors que le Québec vivait une situation de plein emploi. En janvier, il y avait même 150 000 postes vacants au Québec. Jean-Guy Côté a présenté les résultats de l’étude faite à la demande de l’AQINAC sur l’impact de la COVID.

À l’opposé, le taux de chômage atteint un niveau jamais vu. «Plus que le début des années 1980 et que la crise de 2008», souligne Jean-Guy Côté. Il explique que les chiffres de chômage actuel, de 17% sont sous-estimés du fait que certaines personnes ne recherchent pas d’emploi. Ils attendent tout simplement d’être rappelés. Cela porterait à 20% le nombre de sans-emploi occasionnés par la COVID. Le secteur des services est beaucoup plus touché.

«On est en récession même si on ne peut pas le dire officiellement parce qu’on n’a pas eu deux trimestres négatifs de suite», ajoute-t-il. Il explique même que la situation est pire qu’après la deuxième guerre. «Il y a eu une petite récession, mais jamais aussi grosse, dit-il. Heureusement que les deux gouvernements ont réagi rapidement.»

Il y a actuellement une baisse de consommation parce qu’il y a une baisse de revenus et que des opportunités de dépenser sont perdues en raison de la fermeture de commerces. C’est une perte concrète qui ne sera pas nécessairement rattrapée. «La vraie question est : combien de temps va-t-on être confinés?», se questionne-t-il.

Grains

Dans sa présentation, le directeur général des Producteurs de grains du Québec, Benoit Legault, explique que la baisse de la demande de l’éthanol a un impact sur le prix du maïs. Selon une étude de l’Université de l’Iowa, de 15 à 20$ la tonne de baisse de prix serait attribuable à la COVID. Heureusement, le prix de la base n’a pas été affecté par l’éthanol. Autre élément qui fait mal, c’est l’écart entre les subventions au Canada et aux États-Unis.

Volaille

La COVID a créé tout un casse-tête pour Les Éleveurs de volaille du Québec alors que la consommation des ménages a radicalement changé. Une part importante de la volaille, 30%, est destinée aux restaurants.

La directrice générale des Éleveurs de volaille du Québec, Marie-Ève Tremblay, explique qu’une cellule de crise a été créée pour résoudre les différents problèmes : distanciation dans les usines, baisse de consommation en raison de la fermeture des restaurants, redirection des ventes vers le détail mais dans des coupes et des volumes différents, impact sur toute la chaîne de production jusqu’aux poussins. Même si le cycle de production est court, le cycle de la filière est plus long. Des poules continuent de pondre.

«Nous avons dû réagir rapidement pour diminuer la production, explique-t-elle. Nous avions la préoccupation de l’impact sociétale. On ne voulait pas devoir tuer des poulets dans les poulaillers.»

C’est pourquoi la production a été diminuée de 15% pour la période de production A-163 et A-164. En gestion de l’offre, la production doit suivre la consommation. L’impact occasionne une baisse de revenus de 34 millions de dollars pour les éleveurs de poulets du Québec. Les pertes financières nettes sont de 11,6 millions $.

Porcs

La filière porcine a commencé à vivre les effets négatifs à partir du 30 mars, explique le directeur général adjoint des Éleveurs de porcs du Québec, Mario Rodrigue. La fermeture de l’abattoir de Yamachiche pendant 2 semaines et le ralentissement dans d’autres usines d’abattage a fait augmenter le nombre de porcs en attente. Pour faciliter, les coupes ont été simplifiées.

Le Québec n’est pas le seul. L’Ontario a aussi connu un ralentissement de l’abattage. Aux États-Unis, une « chute brutale » est survenue dès le début avril. L’impact se fait sentir sur les marchés à terme pour les producteurs. «Le marché est très volatile et son évolution future est imprévisible», explique Mario Rodrigue.

La filière porcine a choisi de quelle façon aurait lieu l’abattage humanitaire. Ce serait dans un endroit unique. Ce ne serait donc pas à la ferme et ce ne serait pas fait par les éleveurs eux-mêmes.

Avant la présentation de Mario Rodrigue, le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne a exhorté les producteurs de porcs de ne même pas envisager cette option. C’est une question d’opinion sociétale. «S’il fallait que ça arrive, ce serait catastrophique pour notre filière, pour l’aspect sociétal dans l’après-COVID», dit-il.

«Pour moi, il y a une urgence de descendre à zéro les porcs en attente, ajoute le ministre. La raison pourquoi c’est urgent de régler ça, c’est que si une autre usine doit fermer, ce sera catastrophique. Si on ne profite pas de la fenêtre qu’on a actuellement pour régler ça et qu’une autre usine ferme, on s’en va dans un mur. La situation est urgente. Je ne suis pas certain que cette urgence-là est bien comprise par toutes les parties.» Le ministre est toutefois encouragé par les améliorations qui ont été effectuées dans les mesures sanitaires déployées dans les abattoirs.

Lait

Le secteur laitier a été très affecté par la fermeture des hôtels, restaurants et institutions (HRI), explique le président des Producteurs de lait du Québec, Daniel Gobeil. Les HRI représentent 35% des ventes, 65% dans le cas de la crème et près de 50% pour les fromages fins. Il en a résulté une baisse des quotas de 2% sans possibilité d’utiliser les marges.

Autre élément qui fait mal, c’est l’entrée en vigueur de l’ACEUM le 1erjuillet. Comme l’année laitière débute le 1eraoût, l’année 1 de l’entente ne sera que d’un mois.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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