Est-ce plus rentable d’acheter sa moissonneuse-batteuse ?

*Article de Dominique Archambault publié dans l’édition de juillet-août 2017 du Bulletin des agriculteurs.

Des solutions pour une récolte à tout prix

Est-ce plus rentable d’acheter sa propre moissonneuse-batteuse pour ses travaux de récolte ou d’embaucher un forfaitaire? Là est la question!

Voici quelques pistes de réflexion pour faire son choix.
La récolte est une étape cruciale avant la commercialisation des grains. Elle est pour le producteur de grandes cultures une dépense importante et peut avoir une incidence majeure sur la qualité et la conservation des grains. Pour le gestionnaire averti, ce qui compte, c’est de sortir un maximum de qualité du champ afin d’en obtenir le meilleur prix! Pour y parvenir, il faut trouver la solution entre faire les travaux soi-même à l’aide d’une machine neuve ou usagée, ou l’utilisation de services de travaux à forfait. Voici une réflexion pour vous aider à mûrir votre choix.

CALCULER POUR MIEUX CHOISIR
Tout d’abord, posséder une moissonneuse doit être logiquement possible lorsque chaque hectare de terrain paie son utilisation de façon rentable. C’est comme si chaque parcelle de terre louait les services d’une machine pour la récolte de ses grains. Ainsi, il est important de répartir les frais fixes de la possession et les frais variables à l’utilisation sur la totalité de la superficie à couvrir. Selon des données du ministère de l’Agriculture et des Affaires rurales de l’Ontario (MAARO), les coûts de battage moyens sont d’environ 119 $/ha ou 333 $ par heure. Prenons par exemple une superficie de 405 ha. Il en coûterait 48 200 $ annuellement. Donc le coût d’achat d’une machine neuve ou usagée incluant les frais variables ne devrait pas être plus grand que 48 200 $ par année ou mieux.

 

DISPONIBILITÉ DES ÉQUIPEMENTS

Un budget respecté est essentiel, c’est pourquoi plusieurs se tourneront vers une stratégie de copropriété (CUMA). Or, puisque la récolte doit se faire dans une fenêtre de temps très limité au Québec, certains copropriétaires devront affronter les caprices de Dame Nature plus tard en saison. En effet, une météo peu clémente peut rendre les sols trop humides. Le poids imposant des appareils peut endommager la structure du sol et par le fait même, nuire au développement des racines pour les années à venir. La récolte doit se faire lorsque les sols sont secs, alors les équipements doivent être disponibles. L’utilisation commune n’est pas toujours une solution avantageuse. De plus, la fiabilité de la machine doit permettre une efficience dans la fenêtre de travail.

 

DISPONIBILITÉ DE LA MAIN-D’ŒUVRE ET MAINTENANCE
Les frais d’entretien font partie des coûts fixes. Trop souvent, lorsqu’il y a plusieurs utilisateurs, la maintenance peut être négligée et l’équipement est soumis à une usure prématurée. Sa valeur de revente diminue et son efficacité est compromise. De plus, la disponibilité de la main-d’œuvre compte pour beaucoup. Pour une utilisation efficace, l’utilisateur doit être attentif et à l’écoute de la machine. Il doit être patient et doit planifier les ajustements des composantes de battage à tout moment afin d’assurer une qualité des grains. La mobilisation d’un utilisateur d’expérience doit être considérée.

 

LE CHOIX D’UNE MACHINE
L’industrie propose deux modèles, dont l’axiale et la conventionnelle. Les besoins d’une production orienteront votre choix vers une «machine à maïs» axiale, ou une «machine à céréales» conventionnelle. Ce choix doit être primordial, même si chaque modèle peut être utilisé pour des céréales, du maïs et du soya. Même pour les services à forfait, ces modes de battage doivent être sélectionnés pour assurer la qualité du grain et la performance au champ.

 

QUALITÉ DU BATTAGE
Les grains doivent être bien battus. Ils ne doivent pas démontrer de marques ni être craqués ou fendus. Ils doivent être nettoyés et dépourvus de poussières et de panicules. L’échantillon analysé doit correspondre aux normes de classement. Les grains endommagés peuvent amener des problèmes de conservation dans les cellules d’entreposage. Ainsi, les germes de moisissure se développent très bien lorsque les grains sont abîmés. Les fissures sont de bonnes portes d’entrée aux germes et ont pour effet une augmentation de la température dans la masse de grains. En effet, une quantité importante de points chauds peuvent se proliférer jusqu’à endommager une récolte complète. Posséder sa propre machine peut nous donner la chance de faire autrement. Il est important de prendre le temps de faire les bons ajustements afin d’assurer une conservation exemplaire sur une longue période de temps, ce qui nous laisse plus de latitude pour commercialiser.

La possession d’une machine de récolte peut être justifiée par le calcul des frais fixes et variables. Elle peut être comparée avec les coûts des travaux à forfait de sa région. La charge d’une machine de récolte doit être répartie sur la totalité de la superficie à couvrir. Mais il y a plus que ça. La fenêtre de récolte très courte doit être respectée. Les conséquences d’un mauvais timing auront un lien direct sur l’humidité des grains, les coûts de séchage et le classement des échantillons analysés. Faire l’achat d’un équipement en CUMA peut être une bonne solution économique, mais peut aussi donner des maux de tête à ceux qui seront servis les derniers. La qualité des grains est importante pour le classement, mais surtout pour la conservation.

 

Dominique Archambault est producteur de grandes cultures à Saint-Bernard-de-Michaudville. Il est aussi professeur à l’Institut de technologie agroalimentaire.

à propos de l'auteur

Commentaires