Pour diminuer les pertes de récolte

Garder l’équilibre idéal entre le gaspillage de récolte et l’efficacité est tout un défi. Voici comment y parvenir.

Joel McDonald, de l’Institut de la machinerie agricole des Prairies (Prairie Agricultural Machinery Institute, PAMI), a vu des producteurs foncer à travers champs à pleins gaz, mais qui laissaient derrière eux une part appréciable de la récolte. Il en a aussi vu qui faisaient traîner leur moissonneuse-batteuse à 2,4 km/h pour ne céder aucun grain, mais qui se retrouvaient les derniers à moissonner dans la région, en fin de saison.

Un mauvais réglage de la batteuse ou une vitesse trop grande peuvent en effet laisser beaucoup d’argent au champ. Cependant, selon l’Institut PAMI, les producteurs n’auront jamais idée à combien s’élève cette perte avant d’avoir fait l’effort de la calculer.

Toutefois, garder l’équilibre idéal entre le gaspillage de récolte et l’efficacité demeure tout un défi, selon Joel McDonald, et c’est une marche sur la corde raide que les agriculteurs doivent entreprendre avec beaucoup de bon sens.

Les céréaliculteurs qui ne mesurent pas leurs pertes à la récolte pourraient perdre beaucoup plus qu’ils ne pensent, à défaut d’accorder quelques petites minutes d’attention et d’user d’un peu de prévention de base, a-t-il déclaré au cours d’un séminaire sur les moissonneuses-batteuses tenu à Brandon, au Manitoba, en mars dernier. « La clé, c’est d’y prêter attention », dit Joel McDonald.

Penser en tonnes, pas en hectares

Selon Joel McDonald, les producteurs devraient penser en tonnes ou en kilogrammes récoltés à l’heure plutôt qu’en hectares battus, ce qui permettra d’intégrer automatiquement la perte de cueillette dans l’équation.

Les chercheurs de l’Institut PAMI ont découvert que les pertes augmentent dès que la moissonneuse-batteuse atteint une vitesse d’environ 4,8 km/h — bien qu’un réglage léger de la moissonneuse-batteuse puisse empêcher ces pertes de monter en flèche — et que les pertes au tablier de coupe s’accroissent « substantiellement » au-dessus d’une vitesse de 6,4 km/h. De même, les pertes de récolte au niveau du crible font un bond à partir de 3,2 km/h à 4,8 km/h, et des pertes surviennent aussi au rotor avec l’accélération de la cadence du ramassage.

Cependant, Joel McDonald ne prétend pas que tous les agriculteurs doivent ralentir. Il est le premier à admettre que l’équilibre parfait entre le risque de perte et la vitesse de récolte est une cible mouvante. Chaque agriculteur tolère différemment ces pertes, et cela peut d’ailleurs changer au cours de la saison, voire au cours d’une même journée. Pour la plupart des producteurs, l’urgence de récolter l’emportera sur la crainte de perdre du rendement à l’approche d’une météo défavorable, et ce qui est une « perte acceptable » peut varier entre le premier et le dernier jour du battage, quand le temps finit par manquer.

Le spécialiste convient aussi qu’il est normal que les producteurs jonglent avec les chiffres quand ils considèrent, d’un côté, la diminution de la qualité que peut causer la pluie et de l’autre côté, la baisse de l’efficacité de la moissonneuse-batteuse lorsqu’elle accélère.

« Si vous couvrez beaucoup d’hectares ou que votre culture possède une grande valeur commerciale, alors il est possible que de filer à travers les huit derniers hectares, pour s’en débarrasser, ne soit pas la meilleure option du point de vue économique », dit-il.

Les trucs du métier

Les participants à ce séminaire sur les moissonneuses-batteuses ont appris que même une préparation sommaire peut réellement nous aider à surveiller les baisses de rendements.

« Si la tâche paraît difficile et ennuyeuse, vous ne serez pas enclin à l’effectuer, n’est-ce pas?? » demande Joel McDonald. « Alors, rendez-la facile… prenez une bassine, un bac, un plateau ou tout autre récipient qui vous convient pour mesurer les pertes sous la batteuse, que vous l’achetiez ou le fabriquiez vous-même dans votre atelier. »

Et là, une fois qu’ils ont séparé les impuretés des grains dans le récipient, les producteurs peuvent commencer à dénombrer les kilos perdus à l’hectare. S’ils préfèrent, les producteurs peuvent prendre le temps de rédiger un aide-mémoire ou écrire rapidement les données directement sur le récipient de mesure plutôt que de sortir la calculatrice pour convertir sur-le-champ les pertes en kilos à l’hectare, suggère-t-il.

Est-ce rentable?

Un vaste éventail d’accessoires destinés à estimer les pertes existent aujourd’hui sur le marché, sans oublier les systèmes maintenant intégrés à la moissonneuse-batteuse par les fabricants.

On retrouve, par exemple, des dispositifs à bac ou plateau-récepteur d’une valeur de quelques milliers de dollars, mais on peut utiliser un système aussi simple qu’un « couvercle de poubelle » lancé sous la batteuse, a expliqué Cole Fraser, de l’entreprise Combine World. « En matière d’investissement, tout dépend de ce que l’on veut faire », a mentionné Cole Fraser, au sujet des options commerciales offertes. « S’il s’agit d’un bac-récepteur, le prix va de 1000 $ à 3000 $ en partant. Si l’on vise un appareil de suivi du rendement, la somme pourrait atteindre 2000 $ à 6000 $. »

La méthode du « couvercle de poubelle » ne fournira pas des résultats d’une précision scientifique comme le feraient les dispositifs modernes, admet Cole Fraser. Mais ce système nous donnera quand même une idée de ce qui reste au champ.

Cole Fraser a mis l’accent sur les outils de contrôle des pertes avec lesquels on peut optimiser les moissonneuses-batteuses existantes. Le détaillant en pièces de machinerie a parlé notamment des accessoires comme le Seed Saver ou le sauve-canola (canola catcher), des écrans de plastique transparent ou de tissu à mailles de type moustiquaire qui sont accrochés au-dessus du tablier de coupe pour empêcher le grain d’être projeté à l’extérieur et les débris de s’accumuler sur le haut du tablier. « Malgré l’investissement, quoi que l’on fasse avec ces accessoires, ils seront toujours rentables plus tôt que tard? », affirme Cole Fraser.

Peu de clients connaissent les solutions proposées pour réduire leurs pertes, ajoute Sheri Dale, représentante, elle aussi, pour Combine World. « Que ce soit chez nous ou ailleurs, procurez-vous ces outils, car ils vous aideront », a-t- déclaré.

Quand devient-on trop précis?

D’après Joel McDonald, il n’y a pas vraiment de raison de calculer jusqu’à la troisième décimale les kilos perdus à l’hectare. « Nous savons que la précision elle-même a ses limites et que ce n’est pas nécessaire d’être aussi exact, dit-il. Calculer le nombre de kilos à l’hectare sans décimale après la virgule, c’est plus qu’assez. » Et même dans ce cas, une hausse ou une baisse de cinq kilos à l’hectare a peu de chances d’affecter lourdement la récolte, fait remarquer le spécialiste.

Joel McDonald dit s’inquiéter davantage de l’étendue de la perte. « Je me préoccupe surtout de l’effet macroscopique : sommes-nous à près de 50 kilos perdus à l’hectare ou sommes-nous loin de notre zone de confort, c’est-à-dire à100 ou 150 kilos, par exemple », illustre-t-il. Les céréaliculteurs, selon lui, ne doivent pas évaluer leurs pertes de récolte tous les jours, mais au moins à chaque nouvelle culture ou après tout changement de météo qui pourrait modifier fortement les conditions de récolte.

Le réglage automatique, souvent vanté comme une façon de gagner du temps, a du potentiel, poursuit Joel McDonald. Toutefois, prévient-il, les agriculteurs devraient quand même mesurer leurs pertes périodiquement pour vérifier ces réglages. Mais avant tout, il recommande avec insistance de se fier aux chiffres davantage qu’à son instinct. « On prend beaucoup de décisions par intuition plutôt que d’après les données réelles, dit-il, et cela peut finir par nous coûter cher. »

 

 

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