Une fin d’année plus difficile pour les céréales prévoit FAC

Financement agricole Canada (FAC) table sur des prix plus faibles pour le reste de l’année en raison de la demande et de la météo des prochains mois. Les perdants seraient le maïs, le soya, l’orge et les pois. Les prix du canola et du blé de printemps devraient se situer au-dessus de la fourchette observée récemment avec les lentilles qui poursuivraient leur tendance à la hausse. Le prix du blé dur devrait se maintenir.

Parmi les responsables, le coronavirus, mais aussi les tensions commerciales. Reste à voir comment les économies reprendront d’ici la fin de l’année après le choc du printemps et quelle sera la demande, le tout sur fond de disputes entre la Chine et les États-Unis. La météo a, pour sa part, déjà perturbé les cultures au pays depuis le printemps, mais les conditions de croissance, autant ici qu’au Sud de la frontière, auront un impact sur le rendement et par conséquent l’offre.

Lors de sa mise à jour, l’organisme rappelle qu’il avait ciblé trois tendances pour 2020 au début de l’année.

  1. L’influence des tensions commerciales sur l’économie mondiale et les marchés agroalimentaires.
  2. Les perturbations de la peste porcine africaine sur les marchés du bétail et de la viande.
  3. L’accroissement des stocks mondiaux, malgré des conditions de cultures difficiles.

Ce que personne n’avait prévu, c’était une pandémie qui bouleverserait la chaîne d’approvisionnement, de la ferme en passant par les usines de transformation jusqu’au consommateur. Malgré l’impact majeur de la COVID-19, FAC note que le commerce des céréales, des oléagineux et des légumineuses du Canada a donné un bon rendement au cours du premier semestre de 2020. Selon la Commission canadienne des grains, les livraisons des producteurs ont augmenté de 13,5 % depuis le début de l’année et les exportations de 8,1 %. Les exportations sont en concurrence avec une forte demande intérieure : Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) prévoit que l’utilisation intérieure des principales grandes cultures pour l’année de récolte de 2019-2020 sera de 3 % supérieure à celle de l’année dernière.

Les relations difficiles entre la Chine et les États-Unis, malgré une entente signée en janvier, continuent de faire les manchettes. Signe positif à ce chapitre, les ventes de la part de la Chine ont augmenté dernièrement, mais il semble probable que Pékin n’arrivera pas à augmenter de 50% ses achats, tels que prévu dans la phase 1 de l’entente. Les relations entre le Canada et la Chine demeurent “plutôt tièdes”, en raison du différent sur la cheffe d’entreprise de Huawei détenue au Canada. Les ventes de lentilles ont toutefois rebondi après une réduction des droits de douane de l’Inde. La COVID-19 a, pour sa part, perturbé la demande pour plusieurs céréales, ce qui amène FAC à réviser ses projections pour le reste de l’année.

Graphique montrant l’évolution des prix des cultures commerciales.

Prévisions

La production canadienne de maïs devrait augmenter de 3 %, car les rendements plus élevés devraient compenser la diminution des acres plantés. Plusieurs régions de l’Ontario et du Québec sont plus sèches que la normale. Le resserrement de l’offre intérieure en 2019-2020 a soutenu les prix locaux du maïs, malgré le fait que les contrats à terme du maïs américain approchent les 3 $ US en raison des réductions considérables de la production d’éthanol de maïs.

Dans l’ensemble, la production américaine de maïs devrait augmenter de plus de 10 % en 2020 étant donné un accroissement des acres plantés de maïs, soit 92 millions d’acres, une augmentation de 2,5 % par rapport à 2019. Des pluies au bon moment seront essentielles pour que les États-Unis puissent produire la grande récolte de maïs attendue. L’USDA prévoit un rebond de la production d’éthanol au cours du second semestre de 2020, à condition que la consommation de carburant continue d’augmenter, une perspective très incertaine pour le moment.

Les fluctuations liés au maïs proviennent surtout des conditions aux États-Unis. La production devrait augmenter de 10 % en 2020 avec l’accroissement des superficies semées en maïs. Dans les bonnes conditions, les rendements pourraient être élevés. Reste à voir si la demande favorisera une reprise de la production d’éthanol qui a chuté dans la 1re moitié de l’année. Au pays, la production est prévue augmenter de 3% malgré une diminution des acres plantés et des conditions de sécheresse en Ontario et au Québec au printemps.

Pour le soya, le prix se jouera au niveau de la demande de la Chine. Les exportations suivent pour le moment les projections américaines avec une diminution prévue des stocks de fin d’année. Les superficies semées en soya ont toutefois augmenté de 11% aux États-Unis. Les projections pour le canola sont bonnes en raison de la demande de la part de l’Europe.

À court terme, la demande intérieure de protéines végétales reste forte compte tenu des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement en viande et de l’inflation qui en résulte.

Il faudra voir toutefois qu’elle sera la demande des ménages. Si l’économie reprend du mieux avec le déconfinement, des pertes d’emploi plus tard en année pourraient miner une reprise.

D’autres part, les taux d’intérêt devraient rester bas jusqu’en 2022, selon les prévisions de la Banque du Canada. FAC prévoit aussi un dollar canadien inférieur à 0,75 $ US en moyenne pour le reste de l’année.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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