Brésil : un nouveau pas vers la légalisation des transgéniques

Rio de Janeiro (Brésil), 15 octobre 2004 – Malgré les réticences de la ministre de l’Environnement et des organisations de consommateurs brésiliens, le président Luiz Inacio Lula da Silva a autorisé pour la troisième année consécutive la culture et la commercialisation de la récolte de soja transgénique en attendant une loi définitive sur les OGM au Brésil.

« Le provisoire est en train de devenir définitif. On est devant la loi du fait accompli et les transgéniques s’étendent dans le pays qui est le premier exportateur mondial de soja conventionnel », a déploré Gabriel Fernandes, porte-parole d’un grand réseau de mouvements pour un Brésil libre de transgénique (ASPTA).

Selon lui « Lula a cédé au lobby de l’agroalimentaire au détriment du ministère de l’Environnement et en dépit de ses engagements internationaux puisque le Brésil est signataire de la Convention de la Biodiversité ».

Greenpeace a qualifié « d’absurde » le décret signé par Lula, dont le Parti des Travailleurs (PT-gauche) a toujours été farouchement opposé à la libération des OMG.

« Le problème majeur de ce nouveau décret est qu’aucune étude d’impact du soja transgénique sur l’environnement n’a encore été présentée », a déclaré Gabriela Couto de Greenpeace.

En mars 2003, Lula avait autorisé la vente du soja transgénique, produit illégalement dans l’Etat du Grande do Sul (sud du pays) avec des graines achetées en contrebande d’Argentine. Il voulait ainsi éviter de grosses pertes financières aux producteurs de la région. En septembre, il avait réédité le décret pour 2004, en attendant l’adoption de la polémique et définitive « Loi de la Biosécurité ».

En février de cette année, la Chambre des députés a approuvé un texte de projet de loi en accord notamment avec les orientations de la ministre de l’Environnement, Marina Silva, et des représentants de la société civile. Mais ce projet a été modifié le 6 octobre au Sénat et devra être soumis une nouvelle fois au vote des députés, en novembre. Les députés devront voter intégralement le projet ou le rejeter en bloc, n’ayant pas le droit de le modifier.

Comme la loi sur la Biosécurité n’a pas été votée à temps pour régulariser la récolte 2005, dont l’ensemencement débute en octobre, les parlementaires et agriculteurs partisans des OGM tablaient sur un nouveau décret présidentiel.

Pour ASPTA et Greenpeace le nouveau décret « contrarie » la Constitution brésilienne qui stipule des études scientifiques avant d’autoriser les OGMs dans le pays.

C’est aussi « un manque de respect » envers les Brésiliens dont 80% s’opposent aux OGMs.

De plus, selon ces organisations, cela « compromet » les avantages commerciaux que le Brésil détient par rapport aux pays qui exportent du soja transgénique.

Des trois principaux exportateurs mondiaux de soja, le Brésil est le seul capable de répondre à la demande du marché international, notamment l’Union Européenne, pour des produits sans OGM puisque la production des deux autres (Etats-Unis et Argentine) est transgénique.

Le Brésil, premier exportateur mondial de soja conventionel, a produit 4,1 millions de soja transgénique (développé par la multinationale américaine Monsanto) lors de la récolte 2003-2004, ce qui représente 8,2% de la production nationale de soja, selon le Ministère de l’Agriculture.

Les 88,1% de la récolte de soja transgénique (d’un montant total de 900 million de dollars), ont été cueillis dans l’Etat de Grande do Sul (extrême sud).

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Greenpeace Canada
http://www.greenpeacecanada.org/

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