Le Canada a encore du chemin à parcourir s’il veut tirer profit des 44 G$ que l’équipe de réflexion de RBC entrevoit pour les dix prochaines années. Lisa Ashton, directrice des politiques agricoles à l’institution bancaire, a déclaré lors du récent Forum SaskCrops les 13 et 14 janvier dernier que le potentiel est immense, mais que d’énormes défis se présentent également.
Le pays a pris du retard en agriculture, alors que ce secteur devrait être une priorité nationale, a-t-elle affirmé. L’écosystème de recherche et développement est moins diversifié qu’à l’époque des pics de productivité, et les investissements publics dans la production de connaissances agricoles, notamment la recherche et le développement, ont diminué de 15 % au cours des 15 dernières années, a-t-elle ajouté.
Selon Lisa Ashton, la recherche externalisée du secteur public vers les universités a diminué de 77 % au cours des cinq dernières années, et le nombre d’entreprises menant des recherches en agriculture et en alimentation a baissé de 29 % au cours de la dernière décennie.
Le taux d’offres d’emplois demeure, quant à lui, supérieur à la moyenne nationale. « Ce qui est très alarmant, c’est de constater que moins de 1 % des étudiants en STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques) et en commerce choisissent l’agriculture et les domaines connexes pour faire carrière », a-t-elle déclaré.
Ce n’est pas si surprenant, car seulement 1,6 % de la population est réellement sensibilisée à ce secteur, a ajouté Lisa Ashton. Les possibilités qu’il offre sont méconnues.
Lisa Ashton a également indiqué que le Canada ne figure pas parmi les cinq premiers pays en termes de dépôt de brevets dans les principaux domaines des technologies agricoles, notamment la gestion des ravageurs et des maladies, l’adaptation et la génétique des cultures, l’élevage, ainsi que la cartographie et l’imagerie. Les investissements dans les technologies agroalimentaires américaines sont 22 fois supérieurs à ceux du Canada.
Son équipe est actuellement en train de consulter et d’échanger avec les parties prenantes afin de mieux comprendre ce qui pousse les entreprises vers le sud.
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« Le capital est essentiel, mais il faut aussi des processus réglementaires plus rapides, une mise en marché plus rapide et un marché plus vaste et concret », a-t-elle déclaré.
Alors que le secteur cherche à répondre à la demande croissante, 99 % de la croissance proviendra de la productivité plutôt que de l’acquisition de nouvelles terres.
Lors de récentes tables rondes avec RBC, des multinationales ont indiqué que le Canada occupait autrefois le cinquième ou le sixième rang pour les brevets sur les produits chimiques et les ingrédients, mais qu’il se situe maintenant au 31e rang.
« De plus, si l’on examine les déficits commerciaux liés aux produits chimiques, aux pesticides et aux services agricoles, on constate qu’ils ont augmenté de 159 % au cours des dix dernières années », a-t-elle déclaré.
Le Canada pourrait s’inspirer de pays comme l’Australie, qui a accéléré son processus et fait preuve de plus de transparence quant aux échéanciers et aux procédures.
Lisa Aston a déclaré que le pays devait miser sur ses atouts pour accroître ses exportations sur les marchés existants, se développer là où la croissance est forte et où les consommateurs sont plus disposés à dépenser pour des produits de meilleure qualité, et renforcer son influence en matière de diplomatie alimentaire. L’investissement et la production à valeur ajoutée sont essentiels.
Le groupe de réflexion s’intéresse également au climat, un sujet qui, comme l’a souligné Lisa Ashton, peut s’avérer délicat. Le groupe a suivi les progrès réalisés en matière de politiques, d’investissements, d’actions menées dans les exploitations agricoles et d’initiatives sectorielles sur une période de trois ans.
Les données publiées le 13 janvier ont révélé que les agriculteurs affichent une efficacité accrue d’une année sur l’autre. Les émissions du secteur agricole sont restées globalement stables, mais, selon Lisa Ashton, la production des agriculteurs et des fabricants de produits alimentaires a augmenté.
« Cela signifie que notre intensité d’émissions a diminué d’environ 7 % depuis 2019 », a précisé Lisa Ashton.
Cet article de Karen Brière publié dans The Western Producer a été traduit et adapté par Le Bulletin des agriculteurs.