Coalition pour la protection du territoire agricole : le projet de l’autoroute 25 vivement dénoncé

Montréal (Québec), 16 mai 2005 – Alors que débaient les audiences du BAPE sur le prolongement de l’autoroute 25 entre l’autoroute 440 et le boulevard Henri-Bourassa et au moment où la consultation publique sur le schéma d’aménagement de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) bat son plein, la Coalition pour la protection du territoire agricole annonce l’appui de nouveaux partenaires de la société civile.

Dénonçant vivement le projet de l’autoroute 25 comme un autre exemple d’incohérence de la part du gouvernement en matière de développement et de gestion territoriale, trois groupes majeurs et influents de la société civile, Équiterre, Greenpeace et le Conseil régional de l’environnement de Montréal, joignent leurs voix à l’Union des producteurs agricoles (UPA) qui a initié la Coalition. Réunis ce matin en conférence de presse, ils en appellent à une planification d’ensemble à l’échelle de la CMM, clairement appuyée par Québec, en faveur de la protection des terres agricoles.

Pour les membres de la Coalition, « on reçoit des signaux tout à fait contradictoires de la part du gouvernement du Québec. D’un côté, on nous affirme que le développement durable est la priorité du gouvernement. De l’autre côté, on enclenche des projets tout aussi aberrants que celui de faire passer l’autoroute 30 en pleine zone agricole, sacrifiant ainsi plus de 500 ha de terres parmi les meilleures au Québec, ou encore, plus récemment, celui du prolongement de l’autoroute 25 à Laval, qui ouvre toutes grandes les portes à l’étalement urbain au nord de la métropole ».

L’agriculture est très présente sur le territoire de la CMM, avec ses quelque 2 000 fermes, en raison notamment de la très grande qualité des terres, d’un climat exceptionnel et de la proximité des marchés. Pourtant, la superficie cultivée a diminué de 15 % depuis 30 ans, soit 32 000 hectares en moins. D’ailleurs, les terres visées pour exclusion sur le territoire de la CMM au cours de la dernière année représentent des demandes deux fois plus importantes que la somme de celles reçues au cours des 15 années précédentes!

Il y a de quoi s’inquiéter, et tout nous porte à croire que cette tendance ira en s’accélérant dans les prochaines années si rien n’est fait pour y mettre un frein, maintenant. C’est pourquoi il est crucial de mettre en place une véritable planification urbaine, qui renverserait les tendances observées par le passé. Et c’est ce que l’on peut enfin envisager, après plusieurs tentatives infructueuses, avec la mise en place de la CMM, qui fait montre d’une volonté réelle d’aborder cette problématique dans son ensemble. Mais compte tenu de l’opposition manifeste de certains élus municipaux face à cette démarche, un véritable schéma d’aménagement qui envoie un message clair quant à la protection du territoire agricole à l’échelle de la CMM ne pourra se faire sans le gouvernement.

L’exemple de l’autoroute 25 est d’ailleurs tout à fait éloquent. La construction d’un pont reliant Laval à Montréal, puis le prolongement de l’autoroute 25 vers le nord-est risquent de causer des impacts fort négatifs : accroissement considérable des émissions de gaz à effet de serre, exode des familles vers la région de Lanaudière, dépeuplement de l’Île de Montréal. En plus de la perte des 700 hectares de terres encore cultivées là où passerait le tronçon projeté, terres non protégées après un dézonage consenti il y a une vingtaine d’année, ce qui inquiète par-dessus tout, c’est la pression accrue de l’étalement urbain. Ainsi, on craint la vague inexorable de demande d’exclusion de la zone verte qui déferlera sur le nord de la Métropole, à l’instar de ce qu’on a malheureusement pu constater à chaque projet de construction d’autoroute au Québec depuis les 30 dernières années. Cette région, très dynamique sur le plan agricole, se trouvera dès lors fragilisée. Ainsi, la Couronne Nord de la CMM (excluant Laval) qui compte 1 029 fermes, réparties sur 8 074 hectares en culture (données de 2001) aura-t-elle la même allure dans 10 ans ? Dans 20 ans ? On a tout lieu de s’inquiéter.

« Pourquoi s’en prendre au grenier du Québec et mettre en péril, à force de dézonage éhonté, notre souveraineté alimentaire, alors que les promoteurs disposent de 30 000 hectares en zone blanche dans la seule région métropolitaine pour y construire leurs projets d’habitations, de centres commerciaux, d’édifices à bureaux ou de complexes sportifs », de s’indigner les porte-parole de la Coalition.

Si le cas de Montréal et de sa périphérie est préoccupant, il ne faut pas croire que la menace ne pèse pas ailleurs au Québec, à divers degrés selon les régions. Les terres cultivables représentent moins de 2 % du territoire québécois. Elles sont fragiles et non renouvelables. S’il est fréquent de voir un champ de blé se transformer en autoroute, en terrain de golf ou encore en projet domiciliaire ou industriel, on n’a jamais vu l’inverse se produire. « Il faut donc agir rapidement avant qu’il ne soit trop tard et que les dommages soient irréparables », ont conclu les porte-parole de la Coalition.

Mentionnons, en terminant, que la Coalition, en plus des nouveaux membres annoncés en conférence de presse, regroupe notamment l’Association professionnelle des chauffeurs de camion et Coop des camionneurs, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), la Coop fédérée, la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), la Fondation québécoise en environnement, l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ) et l’Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN).

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE)
http://www.bape.gouv.qc.ca/

Conseil central du Montréal métropolitain (CSN)
http://www.total.net/~ccmm2/

Coopérative Fédérée de Québec
http://www.coopfed.qc.ca/

Équiterre
http://www.equiterre.qc.ca/

Fédération des travailleurs du Québec (FTQ)
http://ftq.qc.ca/

Fondation québécoise en environnement
http://www.fqe.qc.ca/

Greenpeace Canada
http://www.greenpeacecanada.org/

Ordre des agronomes du Québec
http://www.oaq.qc.ca/

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN)
http://www.uqcn.qc.ca/

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