Comment produire plus d’aliments?

“Nourrir la planète en 2050” était le thème d’une conférence du Forum économique international des Amériques

Il est estimé que la population mondiale atteindra plus de 9 milliards d’habitants d’ici 2050. Comment réussirons-nous à nourrir tout le monde? Cinq spécialistes ont débattu sur le sujet lors du Forum économique international des Amériques qui avait lieu à Montréal du 10 au 13 juin dernier.

Une belle brochette de professionnels du domaine agroalimentaire a exposé diverses solutions à cette problématique. L’un des premiers constats qui a été fait : il n’y a pas de solution unique et universelle applicable à l’ensemble du globe. Plusieurs outils devront coexister selon le contexte, le pays, le sol et les conditions météorologiques.

Pour Karim Lotfi Senhadji, directeur général OCP Africa, il est clair que le défi alimentaire passe par l’Afrique, d’autant plus qu’une large part de l’augmentation de la population mondiale sera attribuable à ce continent. “Sachant qu’en Amérique et en Europe, on a déjà atteint des niveaux de production élevés, ce qui reste c’est l’Afrique, a-t-il soutenu. Mais il faut faire les choses différemment, car la notion de réchauffement climatique doit être maintenant prise en compte.”

Selon lui, le continent a tout ce qu’il faut pour produire d’une manière pérenne, notamment les sols, en plus des ressources humaines et technologiques. “On est déjà en train d’améliorer la productivité.” Toutefois, il faut aider l’Afrique, exhorte-t-il. Des chercheurs doivent venir s’installer en Afrique pour développer des engrais, des semences et des pesticides adaptés aux conditions locales. “Il faut renforcer les liens nord-sud aussi dans une optique win-win, pas dans l’exploitation ou le donneur de leçon pour le bien de la planète.”

Molly E. Brown, scientifique en chef chez 6th Grain, a renchéri. “Il y a 400 millions d’agriculteurs dans le monde et le quart d’entre eux sont en Afrique. Ils n’ont pas assez de bonnes données statistiques sur les cultures et sur les sols. Il faut améliorer les données et les transformer en outils de prise de décision.” Sans compter que cette information doit pouvoir se rendre aux agriculteurs. La scientifique a d’ailleurs proposé des partenariats avec des entreprises de téléphones cellulaires. Ceci pour créer des moyens de communication efficaces afin que l’information arrive jusqu’au champ.

Raj Khosla, professeur d’agriculture de précision de l’Université de l’État du Colorado, a avancé que suffisamment d’aliments pour nourrir tout le monde sont déjà produits sur la planète, mais qu’il y a trop de gaspillage. Une autre forme de gaspillage a lieu au champ également, indique le professeur qui a fait l’apologie de l’agriculture de précision. “Nous ne pouvons pas continuer à appliquer uniformément les intrants dans les champs. Ils doivent être appliqués à la bonne dose, au bon endroit, au bon moment. La gestion appropriée de l’azote est essentielle. Il faut exiger des changements de pratiques.” Depuis l’invention de la charrue, on a toujours perturbé le sol pour cultiver des aliments, un autre aspect qui pose problème d’après le professeur. “Il faut changer ça, tranche-t-il. Selon chaque région, chaque type de sol, il faut trouver LA solution adaptée et abordable économiquement. Chaque agriculteur doit être capable de gagner sa vie.”

Enfin, tous les panellistes se sont montrés optimistes face à la réalisation de ce défi colossal. Toutefois, une réelle prise de conscience planétaire est nécessaire. “Il est temps que les pays de la planète convergent autour de cet enjeu. En tant qu’individu, il faut se demander quel rôle peut-on jouer pour influencer les décideurs de ce monde”, indique Karim Lotfi Senhadji. “Il y a 50 ans, on a décidé d’envoyer un homme sur la Lune, dit Raj Khosla. Il s’agit d’en faire une priorité.”

 

 

 

à propos de l'auteur

Journaliste et rédactrice en chef adjointe

Marie-Claude Poulin est journaliste et rédactrice en chef adjointe au Bulletin des agriculteurs.

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