Crise alimentaire : Les nouvelles propositions de l’OMC ne feront que l’empirer

Longueuil (Québec), 20 mai 2008 – Les coalitions québécoise, GO5, coalition pour un modèle agricole équitable, la gestion de l’offre et ontarienne, FarmGate5, dénoncent le nouveau texte sur les modalités d’un accord sur l’agriculture à l’OMC, rendu public par le président des négociations sur l’agriculture, Crawford Falconer. « La libéralisation des marchés agricoles imposée aux pays en développement est la cause profonde de la crise alimentaire actuelle. Elle a détruit leur agriculture vivrière et les a rendus dépendants des importations, avec le résultat qu’on connaît aujourd’hui. Cette libéralisation tous azimuts nous a conduit au bord du gouffre et l’OMC nous invite à faire un pas en avant. Le Canada doit s’y opposer » ont déclaré les porte-parole des deux coalitions, Mme Carolynne Griffith, présidente des Producteurs d’oeufs de l’Ontario et porte-parole de FarmGate5, et M. Christian Lacasse, président de l’UPA et porte-parole de la coalition GO5.

Selon les porte-parole, la crise alimentaire actuelle démontre que les produits agricoles ne peuvent être traités comme n’importe quelle marchandise alors que l’agriculture et l’alimentation sont des secteurs vitaux pour tous les pays. La flambée des prix des aliments et ses conséquences dévastatrices pour les pays en développement montrent le cul-de-sac où nous conduit cette politique de libéralisation. De plus, dans le contexte des coûts croissants de l’énergie et du réchauffement de la planète, augmenter la dépense énergétique et la production de gaz à effet de serre pour faire voyager des aliments sur des dizaines de milliers de kilomètres est un non-sens.

« La solution à long terme, tant sur le plan de l’environnement que sur celui de la sécurité alimentaire, c’est de permettre aux pays d’exercer leur souveraineté alimentaire pour développer une agriculture destinée d’abord à nourrir leur population » a affirmé Christian Lacasse. Il a rappelé que moins de 10 % des aliments produits dans le monde sont commercés entre les pays. « L’OMC devrait se contenter de réguler le commerce mondial de ces aliments et laisser les pays décider de leurs politiques agricoles internes et de leur degré d’autonomie alimentaire » a ajouté Mme Griffith.

La gestion de l’offre au Canada menacée par la nouvelle proposition
Les deux coalitions, qui représentent les secteurs du lait, de la volaille et des oeufs de leur province, s’inquiètent des conséquences très négatives pour la gestion de l’offre de cette nouvelle proposition qui imposerait d’importantes réductions des tarifs et augmentions des importations. La gestion de l’offre épouse concrètement les objectifs de la souveraineté alimentaire. Elle permet aux producteurs de vivre décemment, sans subvention, de leurs ventes planifiées pour le marché intérieur et assure aux Canadiens un approvisionnement en produits de grande qualité, à des prix stables et raisonnables. Grâce à la gestion de l’offre par exemple, le Canada a été à l’abri de la flambée des prix des produits laitiers sur le marché mondial au cours de la dernière année.

Rappelons que la Chambre des communes, le 22 novembre 2005, adoptait une motion unanime mandatant les négociateurs pour qu’à l’issue des négociations de l’OMC, les productions sous gestion de l’offre n’aient pas à subir de réduction des tarifs et à concéder d’accès supplémentaires à leurs marchés. Le Canada veut se prévaloir, pour ce faire, de dispositions qui permettraient aux pays de protéger un certain nombre de produits sensibles. Mais les règles, telles que rédigées dans la nouvelle proposition, ne concordent pas avec le mandat établi par la motion. « Ce nouveau texte ne respecte pas les objectifs de négociation du Canada. Il est inacceptable pour notre pays », affirme Mme Griffith.

Les porte-parole des deux coalitions comptent maintenant sur les ministres canadiens du Commerce, M. Emerson, et de l’Agriculture, M. Ritz, pour négocier un accord conforme aux objectifs du Canada lors de la prochaine conférence ministérielle de l’OMC. M. Lacasse rappelle à ce propos la déclaration récente du secrétaire d’État à l’Agriculture, Christian Paradis, lors de l’assemblée générale des Éleveurs de volailles du Québec, telle que rapportée par l’hebdomadaire La Terre de chez nous le 24 avril : « M. Ritz, s’il se rend à Genève pour une rencontre ministérielle, ne s’engagerait pas dans un accord qui toucherait aux trois piliers de la gestion de l’offre » avait déclaré M. Paradis. M. Lacasse ajoute : « Nous n’avons pas de raison de penser qu’il ne respectera pas cet engagement. Mais nous jugerons aux résultats ».

Les productions sous gestion de l’offre jouent un rôle essentiel dans l’agriculture canadienne. On compte au Canada plus de 19 000 fermes laitières, de volaille et d’oeufs. La gestion de l’offre a généré des recettes monétaires agricoles de plus de 6,6 milliards de dollars, soit 20 % des recettes agricoles canadiennes et une activité économique totale de plus de 42 milliards de dollars. La production et la transformation des secteurs sous gestion de l’offre procurent plus de 250 000 emplois directs et indirects aux Canadiens. On peut trouver plus d’informations sur la gestion de l’offre et sur les activités des coalitions dans les sites Internet de GO5, Coalition pour un modèle agricole équitable, la gestion de l’offre et de FarmGate5 : http://go5quebec.ca et http://www.farmgate5.org.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

GO5 Coalition pour un modèle équitable, la Gestion de l’Offre
http://www.go5quebec.ca

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