CSN : protéger les régions, les emplois et la sécurité alimentaire

Montréal (Québec), 23 janvier 2002 – En participant au forum social mondial de
Porto Alegre, au Brésil, le président de la Fédération du commerce de la CSN,
Jean Lortie, veut développer des convergences entre syndicats du Nord et du
Sud. La mondialisation néolibérale, la dérégementation et l’élimination des barrières tarifaires en agroalimentaire et dans le textile, le vêtement et la chaussure ne sont pas sans conséquences pour les travailleuses et les travailleurs de ces secteurs du Québec. L’ouverture des économies nationales

doit se faire différemment et avoir pour objectif le développement durable
plutôt qu’une maximisation des profits des entreprises. Telle est l’approche
que privilégie la Fédération du commerce face à la mondialisation.

Selon Jean Lortie, qui fera partie de la délégation de la CSN au Forum
social mondial, le Forum social mondial est l’endroit par excellence pour
concilier les positions des syndicats et des autres organisations opposés à la
mondialisation néolibérale, qu’ils proviennent du Nord ou du Sud. « Une
déréglementation tous azimuts du secteur de l’agroalimentaire serait fatale
pour les régions ressources. Au Québec, on a choisi de protéger cette
industrie, ce qui a permis en outre le développement d’une industrie de
transformation partout au Québec. C’est clair qu’une ouverture aveugle de nos
frontières commerciales serait néfaste pour les régions qui peineront à

concurrencer les exportations massives provenant de géants comme le Brésil,
particulièrement dans le secteur de la volaille et des autres viandes »,
craint-il.

« En même temps, pour se développer, les économies du Sud ont besoin de
pouvoir accéder aux marchés des pays riches. Ces deux constats ne s’opposent
pas nécessairement, poursuit Jean Lortie. Seulement, il faut voir la
mondialisation d’une façon différente. Il faut viser d’abord le développement
et la redistribution des richesses plutôt que la seule libre circulation des
capitaux, des produits et des services. C’est cette vision que le mouvement
syndical du monde entier s’efforce de matérialiser. Afin de protéger
l’agriculture locale, nos gouvernements doivent s’entendre pour inclure le
concept de sécurité alimentaire dans tout accord commercial. C’est-à-dire
reconnaître le droit de chaque nation à encourager une agriculture diversifiée

sur son territoire. » Parce que ce droit n’est pas reconnu, l’Organisation
mondiale du commerce (OMC) a jugé que les exportations laitières du Québec
étaient subventionnées, ce qui a eu pour conséquence la fermeture de l’usine
de Lactel-Agropur au Saguenay-Lac Saint-Jean.

En outre, la protection de l’environnement doit être une préoccupation
centrale. « Notre première exportation agroalimentaire au Québec, c’est le
porc. L’industrie est source de nombreux emplois mais en même temps, elle a
des impacts écologiques. Si la question se pose ici, bien qu’il existe des
normes à respecter, elle se pose avec encore plus d’acuité au Sud. Il faut
avoir le courage de s’attaquer à ces questions et de chercher à encourager un
développement le plus harmonieux possible », plaide-t-il.

Des bonnes conditions de travail au Nord comme au Sud Quant à l’industrie
québécoise du textile du vêtements et de la chaussure, il va sans dire qu’elle
est directement menacée par la mondialisation néolibérale. On a vu ces
dernières années, au Québec, plusieurs entreprises déménager leurs productions
sous des cieux fiscalement et syndicalement plus cléments pour les
investisseurs. Les exemples des fermetures de Fruits of the Loom, Celanese et
Cavaliers, entre autres, ont montré à quel point la libéralisation des
produits et des capitaux peut être dommageable pour les travailleuses et
travailleurs, ainsi que pour les économies locales. A ceux qui rappellent que
les investissements au Sud créent des emplois, le président de la fédération
réplique : « Oui mais quel genre d’emplois? Les vrais gagnants de la
délocalisation d’une entreprise, ce sont ses actionnaires. Si une compagnie
déménage ses activités, c’est bien parce que ça lui permet d’augmenter sa
marge de profits. Or, la richesse, ce sont les travailleuses et les
travailleurs, du Nord comme du Sud, qui la créent. Cette richesse doit être
partagée. »

« La concurrence entre les pays ne doit pas se faire sur le dos des femmes
et des hommes. Il est de la responsabilité ses Etats nationaux de protéger les
droits des travailleuses et des travailleurs, enchaîne Jean Lortie. A la
fédération, nous refusons le réflexe facile du bête protectionnisme qui ne
saurait être vu comme une panacée à la mondialisation du capital. Le
développement du Québec, de ses régions et le développement des Amériques ne
sont pas contradictoires, bien au contraire. » « Lorsqu’on exige le respect des
normes fondamentales du travail, ce n’est pas dans le but de freiner le
développement dans les pays plus pauvres. Au contraire, c’est parce que nous
ne pouvons pas admettre que les conditions de travail et de vie demeurent dans
certains pays, en 2002, pires qu’elles ne l’étaient dans les économies
industrielles, il y a des décennies, voire des siècles. De plus, la
concurrence entre les Etats qui découle de ce régime d’injustice et d’iniquité
engendre une régression dans les conditions de travail au Nord. On ne peut pas
demander aux syndicats de fermer les yeux là-dessus », poursuit-il.

Par ailleurs, la Fédération du commerce insiste pour que les
gouvernements canadiens et québécois mettent tout en oeuvre pour limiter les
effets néfastes qui découlent des délocalisations de production. « Il faut que
nos gouvernements reconnaissent que la libéralisation des échanges peut
parfois s’avérer dévastatrice pour des régions entières. Il faut donc mettre
l’accent sur le perfectionnement et le recyclage des travailleuses et
travailleurs qui oeuvrent dans les industries à risque et responsabiliser les
employeurs. Syndicalement, notre défi est d’amener les entreprises à investir
dans l’amélioration des techniques de production et obtenir de véritables
assurances, pour les travailleuses et les travailleurs, qu’ils conserveront
leurs emplois. »

Solidaires du nord au sud

« Bref, nous devons trouver une voie de développement acceptable pour
toutes et tous. Il n’y a pas de réponse unique que le mouvement syndical
puisse opposer à la mondialisation néolibérale. Les alternatives sont
multiples et complexes. Ce que nous allons faire au Forum social mondial,
c’est nous brancher sur le monde et sortir du fatalisme et de l’inertie. Les
mouvements sociaux du monde entier travaillent ensemble, plus qu’ils ne l’ont
jamais fait. Un autre monde est possible et les organisations syndicales ont
évidemment un rôle central à jouer dans sa construction. » La FC-CSN représente
plus de 18 000 travailleuses et travailleurs oeuvrant dans les industries de
l’agroalimentaire et du secteur textiles-vêtements-chaussures.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Conseil central du Montréal métropolitain (CSN)

http://www.total.net/~ccmm2/

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