Dans le désert de Chihuahua, de prometteuses économies d’eau dans l’agriculture

Delicias (Mexique), 16 mars 2006 – Les économies d’eau dans l’agriculture, qui absorbe 70% de l’eau dans le monde, et l’amélioration des rendements constituent une priorité: un projet novateur d’irrigation dans le désert de Chihuahua, dans le nord du Mexique, a donné de bons résultats dans ce sens.

Dans la région de Delicias, les sécheresses des années 1990 avaient mis à genoux les agriculteurs, qui cultivent luzerne, oignons, melons et noyers sur les rives de la rivière Conchos. Un nouveau système d’irrigation dessiné par le World Wide Fund (WWF) et financé par les pouvoirs publics mexicains permet d’économiser 40% d’eau.

« C’est un exemple d’efficacité et de bon rendement. Il n’y a pas beaucoup de programmes qui permettent aussi rapidement d’économiser de l’eau à grande échelle », souligne Jamie Pittock, directeur des programmes hydriques au WWF.

Le Rio Conchos étant asséché sur une centaine de kilomètres, l’eau du barrage La Boquilla, en amont, s’écoule dans un canal bétonné, afin de limiter au maximum les pertes.

De là, un réseau de canaux et tuyaux irriguent 90 000 hectares de champs désormais verdoyants, dans une région où 90% de l’eau est destinée à l’agriculture.

Les autorités mexicaines ont investi 150 millions de dollars (120 millions d’euros) dans le projet, qui a été lancé en 2002.

Les 12 000 agriculteurs n’ont pas eu à débourser un peso mais ce sont eux qui gèrent et assurent la maintenance des infrastructures (canaux d’irrigation, systèmes de vannes, de rampes d’arrosage motorisés, de tuyaux poreux sous-terrains, nivellation).

Miguel Maciel, un agriculteur qui exploite 120 hectares de terres, fait ses comptes avec un sourire aux lèvres.

Sur 20 hectares irrigués par un système de tuyaux perforés, « j’économise 50% d’eau, c’est la meilleure technique pour réduire la consommation d’eau. Le plus merveilleux, c’est qu’en plus d’économiser l’eau, j’ai augmenté ma productivité de 20 à 50%, on gagne de l’argent », jubile ce prospère agriculteur.

« Pour les piments, je suis passé d’un rendement de 40 à 65 t/ha, de 60 à 100 pour les oignons et de 40 à 70 pour les pastèques », dit ce Mexicain de 45 ans, à l’allure de cow-boy, en pointant du doigt les champs qui s’étendent à perte de vue.

Environ 50% des parcelles bénéficient des nouveaux systèmes d’irrigation.

Les champs verdoyants sont bordés de pistes où chaque véhicule soulève un nuage de poussière.

Certains agriculteurs sont encore réticents au programme du WWF et préfèrent continuer avec les techniques traditionnelles, gourmandes en eau.

« Il est urgent de faire des économies d’eau, de mieux gérer l’eau des rivières, elles sont surexploitées. Le Mexique est leader en Amérique du nord pour les économies d’eau », souligne Jamie Pittock.

Il espère que ce programme pourra être étendu à d’autres régions du monde en situation de « stress hydrique ».

Le WWF essaie désormais de développer le système d’assainissement des eaux usées des municipalités de la région de Delicias, car la qualité de l’eau se détériore en raison des rejets des eaux d’égoûts dans le Rio Conchos, qui se jette 250 km plus loin dans le Rio Grande, frontière naturelle entre le Mexique et les Etats-Unis.

Source : AFP

Commentaires